La transition écologique est un défi majeur de notre époque. Au cœur de cette transformation, les gigafactories, ces usines géantes, sont-elles la clé d’une industrie décarbonée ?
« Nous avons une transformation à faire de notre tissu industriel et productif si on veut relever le défi du changement climatique », a déclaré Emmanuel Macron. Le Président a défendu sa politique « d’investir massivement dans plusieurs plans dès 2018 sur les batteries ». La voiture électrique devient l’emblème du renouveau de l’industrie française.
Selon l’Ademe, l’agence de la transition écologique, « une voiture électrique roulant en France a un impact carbone 2 à 3 fois inférieur à celui d’un modèle similaire thermique ». La transition de l’industrie automobile du thermique à l’électrique est de plus poussée par l’Union européenne, qui a acté en octobre la fin des moteurs à essence en 2035 dans la zone. Des efforts enfin motivés par le poids des puissances étrangères dans la course à l’électrique.
Pour rattraper ce retard, la France comme d’autres pays européens misent sur des usines d’un nouveau type : des « gigafactories », ou mega-usines. Le terme a été imaginé en 2014 aux États-Unis, par Elon Musk pour désigner son usine Tesla géante au Nevada. « Les gigafactories devraient avoir une capacité totale de stockage d’énergie dans les batteries d’environ 25 gigawattheures à horizon 2030 », explique Jacques Boonaert, enseignant-chercheur à l’IMT Nord Europe.
La région Hauts-de-France accueillera d’ici quelques mois quatre gigafactories de batteries électriques. Surnommé la « vallée de la batterie électrique », le nord de la France s’appuie largement sur ces usines gigantesques pour redynamiser l’emploi dans l’ancien bassin minier. Selon les chiffres de la région, plus de 13 000 emplois vont être créés à l’horizon 2026 grâce à l’activité de ces méga-usines.
Reste que la construction d’usines gigantesques n’est pas sans aucun risque pour l’environnement. Dans son avis paru en février 2023 sur le projet de construction de l’usine Verkor à Dunkerque, l’Autorité environnementale précise que « le dossier se cale sur les obligations environnementales réglementaires », mais recommande à l’entreprise de chiffrer plus précisément les conséquences écologiques d’une telle installation.
Si en France, les projets de gigafactories ont été soutenus par les pouvoirs publics et les habitants, ce n’est pas le cas partout. En Allemagne, l’usine Tesla construite près de Berlin est vivement critiquée par les militants écologistes. Ces derniers accusent l’entreprise américaine de mettre en péril les ressources en eau potable de la région. Car la production de batteries est très demandeuse en eau.
Autre critique récurrente, le poids environnemental et social de l’extraction des minerais, essentiels à la fabrication des composants des batteries. En février 2022, un rapport du Commissariat général au développement durable rappellait que l’extraction minière à ciel ouvert dans des pays « où les règles environnementales sont peu développées », comme la Chine, le Brésil, ou le Mozambique, avait de lourdes conséquences sur la déforestation, l’érosion des sols, ou encore la pollution des eaux.
« Dans le salar d’Atacama, au Chili, les activités minières ont consommé 65 % des ressources en eau » dans l’extraction du lithium, précise le rapport. Ses auteurs alertent : « le développement exponentiel du marché du véhicule électrique va induire une forte augmentation de la consommation des métaux de batteries. […] L’accès à des ressources qui concilie coûts compétitifs et approvisionnement responsable pourrait devenir le principal défi pour permettre l’acceptabilité et l’accessibilité des véhicules électriques ».
Dans ce sens, le Parlement européen votera le 13 juin prochain une proposition de règlement pour encadrer l’extraction des composants, la production, et la gestion de fin de vie des batteries. Un approvisionnement transparent et responsable en matières premières serait par exemple imposé à tous les constructeurs.
Ce règlement européen a aussi pour objectif « de construire une industrie européenne du recyclage plus forte, notamment pour le lithium, et un secteur industriel compétitif dans son ensemble » selon Achille Variati, rapporteur italien du texte. Le recyclage des batteries, qui intervient en général après une dizaine d’années d’utilisation, pourrait réduire drastiquement l’extraction de minerais rares dans les années à venir. Selon un rapport de l’Université de Sydney, la demande mondiale du lithium pourrait diminuer de 25 % en 2040, et jusqu’à 55 % pour le cuivre par exemple, grâce au recyclage.
La technologie en développement de batteries solides représente un autre espoir de verdissement de l’industrie. Contrairement aux batteries actuelles, les batteries solides pourraient stocker plus d’énergie avec moins de matériaux. Elles seraient aussi moins dangereuses. Selon une étude commandée par l’ONG européenne Transport & Environnement, les batteries solides pourraient réduire jusqu’à 39 % leur empreinte carbone, « si elles étaient fabriquées avec des matériaux provenant des sources les plus durables ».
Jacques Boonaert assure de-même travailler à « l’amélioration continue des procédés, pour les rendre plus efficaces et frugales en consommation de matières premières et d’énergie ». Pour Marie Chéron, responsable des politiques véhicules chez Transport & Environnement France, « l’empreinte carbone des batteries diminue chaque année ».

