séquestration de carbone par les arbres

La séquestration de carbone par les arbres : une capacité sous-estimée de 31% selon une nouvelle étude

Les forêts et la végétation mondiale jouent un rôle bien plus important dans la lutte contre le changement climatique que ce que l’on pensait jusqu’à présent. Une récente étude révèle que les plantes séquestrent 31% de carbone supplémentaire par rapport…

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Les forêts et la végétation mondiale jouent un rôle bien plus important dans la lutte contre le changement climatique que ce que l’on pensait jusqu’à présent. Une récente étude révèle que les plantes séquestrent 31% de carbone supplémentaire par rapport aux estimations précédentes. Cette découverte majeure pourrait influencer considérablement les stratégies environnementales des entreprises et des gouvernements.

Un modèle de séquestration carbone entièrement repensé après 40 ans

Le modèle scientifique utilisé depuis les années 1980 pour évaluer la capacité des plantes à séquestrer le carbone estimait cette captation à 120 pétagrames à l’échelle mondiale. Ce chiffre, déjà considérable, représente l’équivalent des émissions de 238 millions de voitures à essence. Toutefois, le nouveau modèle développé par des chercheurs de l’Université Cornell, avec le soutien du Laboratoire national d’Oak Ridge du Département américain de l’Énergie, révèle un potentiel bien supérieur : 157 pétagrames.

Cette réévaluation s’appuie sur des méthodes plus précises. Au lieu de tenter de mesurer directement le carbone, les chercheurs ont suivi un composé facilement traçable appelé sulfure de carbonyle. Ils ont également exploité les données de la base mondiale LeafWeb sur la photosynthèse.

Autre innovation majeure : l’utilisation de données précises provenant de tours de surveillance environnementale au sol, contrairement au modèle des années 1980 qui s’appuyait sur des observations satellites. Cette approche élimine les interférences causées par les nuages, particulièrement problématiques dans les régions tropicales.

Le Dr. James Randerson de l’Université de Californie à Irvine, non impliqué dans l’étude, souligne : « Cette découverte transforme notre compréhension du cycle du carbone et renforce l’importance cruciale de protéger nos forêts existantes. »

Les forêts tropicales : des puits de carbone plus puissants qu’imaginé

La nouvelle méthodologie a permis une découverte capitale : les forêts tropicales représentent la plus grande différence entre les anciennes et nouvelles estimations. Cette révélation, corroborée par des mesures au sol, suggère que les forêts pluviales constituent un puits de carbone naturel bien plus important que ce qu’indiquaient les données satellitaires.

Ces résultats renforcent les positions d’organisations comme Rainforest Alliance qui établissent un lien direct entre la déforestation tropicale et le réchauffement climatique. L’alliance travaille avec les communautés locales et les entreprises pour mettre en œuvre des stratégies durables de conservation forestière.

Selon Global Forest Watch, entre 2001 et 2023, la planète a perdu 437 millions d’hectares de couverture forestière. Cette perte représente une diminution de 11% depuis 2000. Les forêts tropicales primaires, particulièrement précieuses pour la séquestration du carbone, ont connu une perte de 111 millions d’hectares sur cette période.

La protection des forêts existantes apparaît donc comme une priorité absolue. En effet, un hectare de forêt tropicale mature peut stocker jusqu’à 400 tonnes de carbone, soit bien plus qu’une forêt nouvellement plantée qui mettra des décennies à atteindre cette capacité.

La régénération naturelle : une alternative économique et écologique

Face aux programmes de plantation massive d’arbres souvent médiatisés par les entreprises, une approche alternative gagne du terrain : la régénération naturelle. Une étude récemment publiée dans Nature démontre que laisser la nature reprendre ses droits peut s’avérer plus efficace et moins coûteux que la plantation manuelle d’arbres.

Les chercheurs ont observé que la régénération naturelle favorise une biodiversité 56% plus élevée que les projets de plantation manuelle. De plus, l’aspect économique est frappant : alors que la plantation manuelle dans les régions tropicales coûte au minimum 105 dollars par hectare, la régénération naturelle ne nécessite que 12 dollars par hectare.

L’étude identifie 215 millions d’hectares de sites dégradés propices à la régénération naturelle dans les régions tropicales – une superficie comparable à celle du Mexique. Les chercheurs recommandent de prioriser les efforts au Brésil, en Indonésie, en Chine, au Mexique et en Colombie, qui représentent ensemble 52% du potentiel estimé de séquestration de carbone.

Toutefois, cette approche n’est pas universelle. Les terrains sévèrement dégradés ne conviennent pas à la régénération naturelle. Le succès dépend de facteurs comme la proximité de forêts environnantes et la teneur en carbone organique du sol.

Sebastián Martinuzzi, écologiste à l’Université du Wisconsin, explique : « La régénération naturelle est comme un jardin qui pousse sans jardinage constant. Elle nécessite les bonnes conditions initiales et parfois un petit coup de pouce, mais ensuite la nature fait le gros du travail. »

Vers des stratégies d’entreprise plus efficaces et durables

Les entreprises qui s’engagent dans des programmes de plantation d’arbres doivent repenser leurs approches à la lumière de ces nouvelles données scientifiques. Les promesses grandioses de plantation peuvent facilement attirer l’attention médiatique, mais échouent souvent faute de planification adéquate.

Pour garantir le succès, les entreprises doivent investir dans une planification minutieuse, une mise en œuvre réfléchie et un suivi rigoureux. Cette démarche plus exigeante est amplement justifiée par les bénéfices environnementaux désormais mieux quantifiés.

Le Forum économique mondial a fait l’objet de critiques concernant son programme « Un billion d’arbres » qui soutiendrait des pratiques de gestion forestière commerciale sans protéger suffisamment les habitats naturels. Cette controverse souligne l’importance d’une approche équilibrée qui prend en compte la biodiversité.

Les entreprises gagneraient à adopter une approche flexible et fondée sur les connaissances scientifiques. La collaboration avec les parties prenantes locales est essentielle pour éviter les échecs et maximiser les bénéfices environnementaux. Dans certains cas, la préservation simple des terres existantes peut s’avérer plus efficace que des programmes de plantation ambitieux.

Selon le Carbon Disclosure Project, plus de 2 000 entreprises ont pris des engagements liés aux forêts en 2023, mais seulement 36% ont démontré des progrès mesurables. Ce décalage entre promesses et actions concrètes révèle un besoin urgent de stratégies mieux informées et plus réalistes.

Les nouvelles données scientifiques offrent aux entreprises l’opportunité de réorienter leurs investissements environnementaux vers des solutions plus efficaces, qu’il s’agisse de protéger les forêts existantes, de soutenir la régénération naturelle ou de planter stratégiquement des arbres là où cette approche est la plus pertinente.

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