prix du gaz en hausse

Hausse du cours du gaz naturel en juin 2025 : Analyse des causes

En juin 2025, les prix du gaz naturel augmentent en raison de facteurs économiques, géopolitiques, climatiques et des dynamiques d’offre et de demande, exacerbant la volatilité et maintenant des défis d’approvisionnement en Europe et au-delà.

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Le cours du gaz naturel connaît en juin 2025 une hausse marquée, portée par une conjonction de facteurs économiques, géopolitiques, climatiques et par les dynamiques d’offre et de demande. Après un pic hivernal, les prix européens du gaz ont atteint début 2025 leur plus haut niveau depuis deux ans (près de 60 €/MWh début février) avant de redescendre vers ~32 €/MWh en avril. Toutefois, ils restent nettement supérieurs à l’an dernier et poursuivent leur progression à l’approche de l’été. Nous examinons ci-dessous les causes de cette flambée, en nous appuyant sur des données à jour et des déclarations d’organismes de référence.

Facteurs économiques (inflation, croissance, spéculation)

Sur le plan économique, la reprise post-pandémie et une inflation élevée entretiennent une pression haussière sur les cours de l’énergie. La persistance d’une inflation significative renchérit les coûts d’extraction, de transport (fret GNL) et de stockage du gaz, incitant les producteurs à maintenir des prix de vente élevés. Parallèlement, la croissance économique robuste de certains pays stimule la consommation gazière. En 2024, la demande mondiale de gaz a ainsi atteint un niveau record (+2,7% sur un an), tirée aux trois quarts par les économies émergentes d’Asie grâce à une expansion économique soutenue. D’après l’Agence internationale de l’énergie (AIE), cette dynamique devrait se poursuivre en 2025, la demande mondiale continuant de s’accroître – en particulier en Asie – dans un contexte de marché tendu. Une demande gazière structurellement forte (industrie, électricité, usages résidentiels) crée un socle de consommation élevé qui contribue au renchérissement des prix.

En outre, des mouvements spéculatifs accentuent les fluctuations à la hausse. Les investisseurs financiers et hedge funds ont pris des positions longues massives sur les marchés à terme du gaz européen, pariant sur une hausse des cours. En 2024, leurs positions représentaient près de 22% du total sur le TTF néerlandais, un niveau sans précédent, ce qui a contribué à exacerber la volatilité des prix indépendamment des fondamentaux. Ces acteurs réagissent très vite aux nouvelles géopolitiques et anticipent des déséquilibres futurs, amplifiant les mouvements de marché. Par exemple, dès fin 2024 ils ont parié sur des tensions à l’été 2025, compte tenu du risque de stocks bas et du manque de nouvelles capacités de production avant cette date, alimentant une hausse spéculative des contrats d’été 2025. Ce phénomène de spéculation – favorisé par la liquidité des marchés et la recherche de protection contre l’inflation – tend à propulser les cours du gaz au-delà des niveaux justifiés par l’offre et la demande réelles.

Facteurs géopolitiques (conflits, sanctions, tensions régionales)

Les facteurs géopolitiques jouent un rôle déterminant dans la hausse actuelle des prix du gaz. En premier lieu, la guerre en Ukraine et les sanctions internationales contre la Russie ont profondément bouleversé le marché gazier européen. Historiquement principal fournisseur de l’UE, la Russie a drastiquement réduit ses exportations de gaz vers l’Europe depuis 2022, forçant les Européens à se tourner vers d’autres sources plus coûteuses (GNL, Norvège, etc.). La cessation totale du transit du gaz russe via l’Ukraine au 1ᵉʳ janvier 2025 illustre cette rupture. Si l’UE a pu éviter une pénurie immédiate grâce à la diversification de ses approvisionnements, la disparition du gaz russe bon marché a resserré les fondamentaux du marché et accru la dépendance au GNL. L’AIE avertit qu’en 2025 cette situation – peu de gazoducs russes et une forte concurrence sur le GNL – resserre l’offre disponible et tend le marché. En d’autres termes, le conflit ukrainien et les sanctions ont retiré du marché une part importante de l’offre, créant un vide difficile à combler à court terme, ce qui pousse les prix à la hausse.

Ensuite, les tensions géopolitiques régionales et l’incertitude globale alimentent une prime de risque sur le gaz. Dans un contexte international instable, tout conflit ou contentieux impliquant un pays producteur ou des infrastructures énergétiques peut inquiéter les marchés. Par exemple, les affrontements au Moyen-Orient ou en Afrique du Nord font redouter de potentielles perturbations d’exportations de gaz. De même, les tensions en Europe de l’Est autour de l’Ukraine, ou les négociations difficiles sur le transit gazier, entretiennent la nervosité. Les opérateurs intègrent ce risque géopolitique dans les prix, d’où une volatilité accrue liée aux crises. L’AIE note ainsi que les tensions géopolitiques persistantes depuis 2022 ont continué d’alimenter la volatilité des prix du gaz en 2024-2025. Par ailleurs, certains pays producteurs utilisent le gaz comme levier stratégique, restreignant volontairement leurs volumes exportés pour des raisons politiques – ce fut le cas de la Russie précédemment, et cela reste une crainte pour d’autres fournisseurs. Enfin, les sanctions économiques (au-delà de la Russie, p. ex. restrictions technologiques vis-à-vis de l’Iran ou autres) peuvent limiter les investissements et la capacité de production de certains États, pesant sur l’offre mondiale. L’ensemble de ces facteurs géopolitiques – conflits, sanctions, incertitudes régionales – crée un environnement propice à des prix élevés, car le marché craint en permanence de nouvelles perturbations d’approvisionnement.

Facteurs climatiques (météo, vagues de chaleur ou de froid, sécheresses)

Les aléas climatiques et conditions météorologiques extrêmes contribuent eux aussi à la flambée des cours du gaz, en provoquant d’importants pics de consommation saisonniers. D’une part, l’hiver 2024-2025 s’est révélé plus rigoureux que le précédent en Europe, avec des vagues de froid tardives qui ont prolongé la saison de chauffage. Cette demande hivernale élevée en gaz pour le chauffage s’est traduite par un fort prélèvement sur les stocks. En mars 2025, les réserves européennes de gaz étaient tombées à seulement ~38% de remplissage (contre 62% un an plus tôt) après cet hiver froid, les foyers et entreprises ayant consommé beaucoup plus de gaz pour se chauffer. Ce phénomène a laissé les stocks à des niveaux bas, exerçant une pression haussière sur les prix avant même l’été. L’exemple de janvier 2024 aux États-Unis est révélateur : lors d’une tempête hivernale majeure, la consommation de gaz a atteint un record historique de 3,9 Gm³ par jour, avec une hausse de 70% de la demande résidentielle en quelques jours lors du coup de froid. Cela illustre combien des vagues de froid intenses peuvent doper la demande gazière en un laps de temps court, faisant grimper les prix spot.

D’autre part, les événements climatiques estivaux viennent également stimuler la consommation de gaz, souvent de manière inattendue. En cas de vague de chaleur, la demande d’électricité pour la climatisation explose, forçant le recours aux centrales à gaz pour satisfaire le pic de consommation. Par exemple, de puissantes vagues de chaleur en 2024 en Chine, Inde et aux États-Unis ont fait bondir la production d’électricité à partir de gaz, contribuant à hauteur d’environ 20% de la hausse de la demande gazière mondiale cette année-là. De même en Inde, l’été 2024 a vu la production électrique au gaz grimper de +32% sur mai-juillet, pour faire tourner massivement les climatiseurs. Ces situations se reproduisent en 2025 : les experts anticipent un été potentiellement chaud sur l’hémisphère nord, susceptible de créer des pointes de consommation électrique. En Europe notamment, un déficit de précipitations et de vent accentue le recours aux centrales à gaz même hors hiver. Le printemps 2025 a été très sec et peu venteux en Europe du Nord-Ouest, avec des vents atones et un faible enneigement dans les Alpes. Conséquence : les barrages hydroélectriques tournent au ralenti et l’éolien produit moins qu’attendu, obligeant à augmenter la production d’électricité fossile (gaz et charbon) pour compenser. Fin avril 2025, les analystes notaient que les niveaux d’eau des retenues hydroélectriques et le couvert neigeux en Europe étaient bien inférieurs à la normale, et que les faibles vents avaient déjà accru la consommation de gaz pour l’électricité en début d’année. Rystad Energy estime ainsi que la demande européenne de gaz pour les centrales pourrait croître de +6% en 2025 du fait de ces conditions climatiques défavorables (première vraie hausse depuis 2019).

Ce contexte climatique met en lumière le rôle de variable d’ajustement du gaz naturel face aux fluctuations du climat. Lorsque les énergies renouvelables (éolien, solaire, hydraulique) fournissent moins d’électricité à cause d’une météo défavorable, le gaz comble l’écart pour garantir la continuité de l’approvisionnement électrique. Inversement, par grand froid, le gaz est indispensable pour le chauffage. Ainsi, le moindre aléa météo – vague de froid intense, canicule, sécheresse prolongée – se traduit immédiatement par une variation de la consommation de gaz. L’AIE souligne que la sensibilité de la demande gazière à la météo s’accentue avec le changement climatique, qui multiplie les évènements extrêmes. En 2024 déjà, un épisode de vents très faibles en Europe (novembre) avait provoqué une chute de la production éolienne et une hausse de 80% de la production électrique au gaz sur le Vieux Continent, puisant fortement dans les stocks. En 2025, la répétition de conditions extrêmes (sécheresse en Allemagne, record de faible humidité des sols en France, etc.) laisse craindre de nouveaux appels massifs au gaz. En somme, les facteurs climatiques créent des pics de consommation imprévus (hiver comme été), qui tendent le marché et font grimper les prix du gaz sur les marchés de gros.

Dynamique de l’offre et de la demande (production, stocks, flux, consommation)

Au-delà des facteurs conjoncturels, la hausse du gaz en juin 2025 s’explique enfin par les dynamiques fondamentales d’offre et de demande sur le marché de l’énergie. Côté offre, la production mondiale de gaz et les capacités d’exportation restent limitées à court terme. Peu de nouveaux projets de liquéfaction de GNL ont abouti ces derniers mois, de sorte que la croissance de l’offre de gaz liquéfié est restée en deçà des besoins en 2024-2025. L’AIE souligne que la faible augmentation des capacités de GNL a maintenu un marché tendu. Concrètement, aucune méga-installation de production n’est entrée en service début 2025 – les grands projets au Qatar ou aux États-Unis ne démarreront qu’à horizon 2026 – ce qui contraint le volume disponible sur le marché spot. Par ailleurs, certains fournisseurs ont rencontré des aléas techniques : par exemple, des opérations de maintenance en mer du Nord ou des retards ponctuels d’exportations (p. ex. en Afrique) ont pu temporairement réduire les flux. L’offre européenne en particulier dépend désormais de quelques piliers (Norvège, États-Unis, Qatar, Algérie) qui tournent déjà à haute cadence. Dans ce contexte, l’Europe doit attirer par des prix élevés un maximum de cargaisons disponibles. Les importations européennes de GNL devraient ainsi augmenter de 25% en 2025 d’après l’AIE, pour compenser la baisse du gaz russe et répondre à la demande intérieure en hausse. Cela représente ~33 Gm³ supplémentaires sur l’année, amenant les importations européennes proche de leur record historique. On observe déjà cette tendance : au premier trimestre 2025, l’UE a importé +23% de GNL de plus qu’au début 2024. Cet afflux est indispensable pour éviter une pénurie, mais il implique aussi de surenchérir sur les prix afin de détourner les cargaisons de GNL des autres clients mondiaux (Asie notamment). La demande asiatique, bien que modérée par moment (la Chine a connu un ralentissement de ses achats en début d’année), reste en compétition directe avec l’Europe. En somme, l’offre mondiale de gaz est contrainte et fortement sollicitée par l’Europe, ce qui maintient une pression haussière sur les cours.

Taux de remplissage des stockages gaziers de l’UE en fin d’hiver (en % de la capacité totale). L’hiver 2024/25 a laissé les réserves nettement plus basses qu’en 2023, accroissant d’autant les besoins de réapprovisionnement estival.

Côté stocks et demande saisonnière, l’Europe se trouve dans une situation délicate en 2025. Les réserves de gaz ont été fortement entamées par l’hiver et doivent être reconstituées avant le prochain hiver, ce qui génère une demande additionnelle sur les mois d’été. En avril 2025, les stockages de l’UE ne contenaient plus que 35 Gm³ de gaz (34% de taux de remplissage) en sortie d’hiver. Ce niveau, le plus bas depuis 2022, est très inférieur à celui de l’an dernier à la même époque. Pour atteindre l’objectif réglementaire de 90% de remplissage d’ici le 1ᵉʳ novembre 2025, il faudra injecter environ 20 Gm³ de gaz de plus que l’an passé dans les stockages (+50% par rapport à 2024). Autrement dit, la demande « artificielle » liée au remplissage des stocks est considérablement plus élevée cette année. Cette nécessité d’injecter du gaz en masse durant l’été soutient fortement les prix sur le marché de gros, car les fournisseurs doivent acheter de gros volumes malgré des tarifs élevés. Certains États européens s’inquiètent d’ailleurs de cette contrainte : les objectifs fixes de stockage, fixés par l’UE (90% au 1ᵉʳ novembre), signalent aux marchés que les Européens “sont obligés d’acheter” quel que soit le prix, ce qui tire les cours vers le haut. En mars 2025, face à des prix du gaz repartis à la hausse, l’Allemagne, les Pays-Bas et d’autres pays ont plaidé pour plus de flexibilité dans ces obligations de stockage afin d’éviter une envolée spéculative des prix. Pour l’instant, la réglementation reste en place, contribuant à soutenir la demande estivale de gaz et donc les prix.

Enfin, la consommation globale de gaz en 2025 tend à augmenter dans certains secteurs, malgré les prix élevés, ce qui pèse sur l’équilibre offre-demande. En Europe, la demande gazière repart légèrement à la hausse (+1,5%) après la forte baisse de 2022-2023, portée notamment par le secteur résidentiel et tertiaire (chauffage) qui a connu un hiver plus froid. À l’inverse, l’industrie européenne, très consommatrice de gaz, reste en retrait : les prix élevés érodent la compétitivité de certaines activités énergivores, limitant la reprise de la consommation industrielle. Dans le secteur électrique, les projections sont incertaines : l’AIE anticipait pour 2025 une baisse d’environ -10% de l’usage du gaz pour la production électrique grâce au boom des énergies renouvelables, mais comme on l’a vu, le déficit de vent et d’hydroélectricité pourrait au contraire entraîner une hausse ponctuelle de la consommation de gaz pour l’électricité. Hors d’Europe, la demande reste dynamique – l’Asie en particulier continue d’augmenter ses importations de gaz pour soutenir sa croissance économique. Tous ces éléments montrent que l’équilibre offre-demande demeure serré à l’échelle mondiale. Les stocks bas à reconstituer, combinés à une offre contrainte et à une demande qui ne faiblit pas (voire ré-augmente avec le retour du froid ou de la croissance), créent les conditions d’un marché tendu où les acheteurs doivent payer cher pour s’approvisionner.

En synthèse, la hausse du prix du gaz naturel en juin 2025 résulte d’un cocktail de facteurs : contexte économique inflationniste et demande soutenue, chocs géopolitiques limitant l’offre (guerre et sanctions), aléas climatiques provoquant des pointes de consommation, et fondamentaux offre/demande tendus avec des stocks à reconstituer et une offre de substitution coûteuse. Les données récentes des agences et des marchés confirment chacun de ces aspects – du niveau bas des stockages européens aux importations record de GNL nécessaires, en passant par la volatilité accrue due à la spéculation. Face à cette situation, les autorités (comme l’UE ou l’AIE) appellent à renforcer la sécurité d’approvisionnement et la flexibilité du système gazier. Néanmoins, à court terme, tous les signaux demeurent haussiers sur le cours du gaz tant que ces tensions économiques, géopolitiques, climatiques et structurelles perdureront. Les consommateurs et industriels doivent s’attendre à un prix du gaz élevé et volatil, au moins jusqu’à ce que l’équilibre du marché se rétablisse grâce à des stocks reconstitués, une offre élargie (nouvelles capacités de GNL) et une demande mieux maîtrisée.

Sources : AIE (Agence internationale de l’énergie), Commission européenne, rapports de marché gaziers et agences de presse (Reuters, S&P Global…), données Gas Infrastructure Europe. Les citations chiffrées proviennent des références indiquées.

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