Les prix de gros de l’électricité et du gaz déterminent, en bout de chaîne, ce que paient les ménages et les entreprises. La Commission de régulation de l’énergie (CRE) vient de publier son rapport annuel de surveillance des marchés de gros, qui dresse le bilan de l’année 2025. Records d’exportations, explosion des heures à prix négatif, fin de l’ARENH : voici ce qu’il faut en retenir pour comprendre votre facture.
Les faits : un marché qui se normalise après la crise
Dans son rapport de surveillance des marchés de gros 2025, le régulateur note que cette 19ème édition porte sur l’année 2025, marquée par une normalisation progressive des marchés de l’énergie après la crise d’approvisionnement de 2022‑2023, tout en révélant les effets durables des transformations structurelles engagées ces dernières années. Le périmètre est colossal : en 2025, le périmètre surveillé par la CRE dans le cadre du REMIT a représenté plus de 26 millions de transactions effectuées sur les marchés de gros de l’électricité et du gaz, pour plus de 5 495 TWh échangés et 203 Mds€ en valeur, avec une hausse de +74% du nombre de transactions par rapport à l’année précédente.
Côté prix, l’électricité s’est stabilisée à un niveau bien inférieur aux pics de la crise. La CRE relève 61,1 €/MWh en moyenne des prix day-ahead, soit +6 % par rapport à 2024, et 60,9 €/MWh en moyenne des prix à terme calendaires pour l’année suivante (CAL+1), soit -20 %. Le gaz suit une trajectoire comparable, avec 35,4 €/MWh en moyenne des prix day-ahead et des prix à terme mensuels pour le mois suivant (M+1), soit +4 % et un prix à terme annuel de 32,8 €/MWh. Pour situer ces niveaux dans la durée, le tableau ci-dessous rappelle le chemin parcouru depuis le choc de 2022.
| Année | Prix moyen de gros électricité |
|---|---|
| 2022 (pic de crise) | 276 €/MWh |
| 2023 | 97 €/MWh |
| 2024 | 58 €/MWh |
| 2025 | 61,1 €/MWh |
Mise en perspective : la fin de l’ARENH change la donne
L’événement structurant de l’année est réglementaire. Avec la fin de l’ARENH le 31 décembre 2025, le marché de gros de l’électricité joue désormais un rôle prépondérant dans la formation du prix de l’électricité pour les consommateurs. Si la baisse des prix en sortie de crise a atténué les effets de cette transition vers des prix de détail sans ARENH, les consommateurs se trouvent désormais davantage exposés aux prix du marché de gros. Cette bascule, dont nous avions analysé les prémices avec le pic spot à 103 €/MWh du 20 mars et les limites du VNU, fait du prix de gros la nouvelle référence pour tous.
La bonne nouvelle pour les contrats à venir : les prix à terme de l’électricité varient la plupart du temps entre 60 et 70 €/MWh. Ils sont en ce moment plutôt bas, autour de 60 €/MWh pour les années 2026, 2027 et 2028. La France conserve par ailleurs un atout industriel : en 2025, la production nucléaire en France a enregistré une hausse pour la troisième année consécutive, atteignant 373,0 TWh, soit une augmentation de 11,3 TWh (+3%) par rapport à 2024. Conjuguée aux renouvelables, cette abondance décarbonée a fait reculer le thermique fossile : la production agrégée des filières thermiques fossiles a connu une nouvelle baisse en 2025, et atteint 18,7 TWh, contre 20,0 TWh en 2024. Ce volume constitue pour la deuxième année consécutive un minimum historique depuis 1952. Résultat, en 2025 la France a réalisé un nouveau record en termes de solde exportateur net, avec un solde net de 92,3 TWh d’exportations, dépassant le record de l’année précédente de 89,0 TWh.
Prix négatifs et volatilité : le nouveau visage du marché
Cette surabondance a un revers spectaculaire. L’année 2025 a comptabilisé un niveau record de prix nuls ou négatifs en France avec 219 heures de prix nuls, soit 11% de plus par rapport à 2024 (197 heures), 513 heures de prix strictement négatifs, soit 46% de plus par rapport à 2024 (352 heures). Le phénomène s’est concentré au printemps : le nombre d’heure de prix négatif a explosé avec plus de 130 heures en mai et en juin et notamment 7 occurrences de prix inférieurs à -100 €/MWh. Nous avions documenté l’un de ces épisodes dans notre article sur les prix négatifs de l’électricité et ce qu’il faut faire, et la CRE avait déjà alerté sur les 513 heures de prix négatifs et la réforme du solaire de grande puissance.
Au-delà des prix négatifs, c’est la volatilité au sein d’une même journée qui s’installe : en 2025, 55 journées ont connu au moins 2 heures à prix inférieur à 10 €/MWh et 2 heures à prix supérieurs à 100 €/MWh. Le régulateur quantifie cette amplitude par un indicateur dédié et observe que l’année 2025 marque une intensification de cette tendance avec une progression moyenne de 25% de l’indicateur TB2 par rapport à 2024. Cette nervosité explique pourquoi le surplus renouvelable doit parfois être effacé : le volume des écrêtements de production solaire et éolienne en 2025 lors d’épisodes de prix spot négatifs a doublé par rapport à l’année précédente, et a atteint environ 3 TWh selon l’estimation de RTE, dont 1,3 TWh de production éolienne terrestre et 1,6 TWh de production solaire. Le sujet rejoint notre dossier sur le surplus renouvelable et les heures à prix négatif au niveau européen.
Impact concret : ce que cela change pour votre facture
Pour le consommateur résidentiel, la question est de savoir comment se protéger de cette exposition accrue au marché. Premier repère utile : la majorité des ménages reste ancrée sur le tarif réglementé. Selon la CRE, environ sept consommateurs résidentiels d’électricité sur dix ont souscrit une offre au TRVE ou bien indexée à celui-ci. Et le jeu de la concurrence reste favorable, puisque un consommateur sur deux en offre de marché fait des économies par rapport au TRVE, et, plus largement 70 % des consommateurs résidentiels d’électricité ont souscrit un contrat dont le prix est inférieur ou proche du TRVE. Comparer les offres reste donc l’arbitrage le plus rentable, comme nous le rappelons dans notre guide complet sur le prix de l’énergie.
Côté gaz, la transition tarifaire n’est pas achevée : 1,7 million de ménages (16,5 % de l’ensemble des consommateurs résidentiels de gaz) sont toujours dans l’offre « de bascule » vers laquelle ils ont été transférés au moment de l’extinction du tarif réglementé de vente du gaz. Pour ces foyers, vérifier son contrat est une priorité. Ces enseignements prolongent ceux du rapport CRE 2025 sur les prix, les factures et la protection des consommateurs, qui détaillait déjà les leviers de protection à disposition des ménages.
Perspectives : le gaz, variable géopolitique à surveiller
Si l’électricité française paraît bien armée, le gaz reste le point de vulnérabilité. La France s’est tournée vers le gaz naturel liquéfié : les importations françaises de GNL ont fortement augmenté en 2025 (+ 18 %), comptant désormais pour 56 % des importations françaises (49 % en 2024). La France reste le premier point d’entrée du GNL en Europe pour la quatrième année consécutive. Après une détente en fin d’année — en décembre 2025, les prix étaient ainsi revenus à leur niveau du début de l’été 2024, passant sous les 30 €/MWh quelle que soit la maturité —, la géopolitique a repris ses droits début 2026. Selon la CRE, la guerre au Moyen-Orient déclenchée le 28 février 2026 a fait croître le prix du contrat M+1 au PEG de 76 % en 2 jours, alors même que le Qatar et les Emirats Arabes Unis, dont la production est affectée par le conflit, n’ont qu’un rôle limité dans les importations européennes et plus encore françaises.
Le rapport rappelle enfin que la surveillance des marchés n’est pas qu’un exercice statistique. En 2025, le comité de règlement des différends et des sanctions de la CRE a frappé : le 20 janvier 2025, le CoRDiS a prononcé une sanction à l’encontre des sociétés Danske Commodities A/S et Equinor ASA, de 8 M€ et 4 M€ respectivement, pour violation de l’article 5 du REMIT sur les manipulations de marché dans le secteur du gaz en 2019 et 2020. Quelques mois plus tard, le 22 avril 2025, le CoRDiS a prononcé une sanction à l’encontre de la société J.P. Morgan SE de 500 000 € pour non-respect de l’obligation de communication d’informations cruciales pour les missions de surveillance de la CRE selon l’article L. 134-18 du code de l’énergie. Une vigilance d’autant plus utile que, l’ARENH disparu, le marché de gros est devenu le juge de paix de toutes les factures.
Questions fréquentes
Pourquoi la fin de l’ARENH affecte-t-elle ma facture ?
L’ARENH garantissait aux fournisseurs un accès à une électricité nucléaire à prix régulé, ce qui amortissait les variations du marché. Depuis sa fin le 31 décembre 2025, la CRE indique que le marché de gros joue un rôle prépondérant dans la formation des prix de détail : les consommateurs sont donc davantage exposés aux variations des prix de gros.
Les prix négatifs font-ils baisser ma facture ?
Pas directement pour la plupart des ménages au tarif réglementé. Les 513 heures de prix strictement négatifs de 2025 concernent le marché de gros : elles signalent une surabondance d’électricité renouvelable, mais seuls les contrats à tarification dynamique répercutent ces baisses en temps réel sur la facture.
Vaut-il mieux rester au tarif réglementé ou passer en offre de marché ?
Selon la CRE, un consommateur sur deux en offre de marché fait des économies par rapport au tarif réglementé, et 70 % des ménages ont un contrat dont le prix est inférieur ou proche du TRVE. Comparer régulièrement les offres reste l’arbitrage le plus efficace, en privilégiant les contrats lisibles et sans frais cachés.

