L’hydrogène décarboné vient de franchir une étape concrète en France : un décret publié début juillet qualifie de projet d’intérêt national majeur le projet E-CHO de développement de la plateforme multi-carburants durables de la société Elyse Energy dans le bassin de Lacq, dans les Pyrénées-Atlantiques. Ce statut, réservé à un nombre restreint d’installations chaque année, accélère les procédures administratives d’un site industriel qui doit devenir l’un des plus gros producteurs français d’hydrogène par électrolyse.
Les faits : HyLacq, un électrolyseur de 450 MW classé priorité nationale
Au cœur du projet E-CHO se trouve HyLacq, l’installation qui a valu à Elyse Energy cette reconnaissance. Selon le décret publié au Journal officiel, HyLacq un électrolyseur de 450 MW produira de l’ordre de 60 kt/an d’hydrogène décarboné. Le procédé retenu repose sur la production d’hydrogène par électrolyse de l’eau à partir d’électricité décarbonée, une technologie qui évite le recours au gaz naturel utilisé dans la fabrication classique d’hydrogène « gris ».
Le texte réglementaire s’appuie sur un cadre légal posé depuis 2021 et précisé par décret en 2023. Le décret accordant ce statut au projet du bassin de Lacq vient consacrer un dispositif dont l’objectif, fixé au niveau ministériel, est ambitieux : la stratégie nationale hydrogène vise installer une capacité de production électrolytique d’hydrogène bas-carbone de 6,5 GW en 2030 et de 10 GW en 2035. Pour tenir ce cap, l’État a mis sur la table un mécanisme de soutien de 4 Md€ sécurisant sur 10 ans la compétitivité de l’hydrogène décarboné.
Mise en perspective : comment fonctionne le soutien public à l’électrolyse
Ce mécanisme de soutien n’est pas né avec le projet HyLacq. Il a été posé par voie réglementaire dès 2023 : le dispositif de soutien à la production de certaines catégories d’hydrogène a été institué par décret quelques mois seulement après l’adoption du cadre légal fixant les grandes lignes de la stratégie française. Trois ans plus tard, ce cadre a produit son premier grand résultat concret sous la forme d’un site industriel d’ampleur classé priorité nationale.
Le dispositif dont bénéficient des projets comme HyLacq n’est pas une subvention ponctuelle mais un mécanisme structuré, encadré par le code de l’énergie. Le dispositif de soutien public prévu au présent chapitre est exclusivement réservé à la production d’hydrogène renouvelable ou d’hydrogène bas-carbone par électrolyse de l’eau, pose le code de l’énergie. Concrètement, l’autorité administrative peut favoriser le développement, sur le territoire national, des capacités de production d’hydrogène renouvelable ou d’hydrogène bas-carbone produit par électrolyse de l’eau, via une aide qui prend soit d’une aide au fonctionnement, soit d’une combinaison d’une aide financière à l’investissement et d’une aide au fonctionnement.
Les lauréats ne sont pas désignés au gré à gré : la sélection s’effectue selon une procédure de mise en concurrence, conduite dans le respect des principes de transparence et d’égalité de traitement, précisée par décret en Conseil d’Etat. La Commission de régulation de l’énergie (CRE), consultée sur le cahier des charges de cette procédure, a précisé les paramètres financiers retenus : une aide au fonctionnement, indexée annuellement, sur une durée de 15 ans. Selon l’avis rendu par le régulateur, trois périodes de candidature sont prévues jusqu’en 2027, pour un volume appelé total de 1 GW en puissance électrique d’électrolyseur installée. Une première vague de sélection a déjà eu lieu : le 30 juin 2025, le ministre chargé de l’énergie a désigné dix candidats admis à participer au dialogue concurrentiel de la première période de la procédure.
Sur le plan procédural, le ministère de la Transition écologique avait détaillé dès le lancement du mécanisme les modalités de calibrage des projets retenus : de puissance électrique comprise entre 5 MW et 100 MW pour chaque installation candidate, avec une puissance électrique cumulée des projets lauréats limitée à 200 MW au plus pour la toute première tranche. L’ADEME sera l’opérateur du ministère pour la conduite de cette procédure, chargée d’instruire les dossiers aux côtés des services de l’État.
Impact concret : des délais resserrés pour les porteurs de projets
Pour les industriels qui envisagent de candidater aux prochaines périodes de l’appel d’offres, le calendrier réglementaire est resserré. Le décret encadrant la procédure précise que le délai fixé par le document de consultation, qui ne peut être inférieur à un mois ni supérieur à deux mois, s’applique à la phase de sélection des candidats éligibles. Une fois retenu, le porteur de projet doit ensuite finaliser rapidement son dossier : le contrat de soutien est conclu dans les six mois qui suivent la demande qui en est faite par le candidat retenu. Pour un projet de l’ampleur de HyLacq, cela implique une ingénierie financière et technique bouclée en amont du dépôt de candidature.
Pour les collectivités et les riverains du bassin industriel de Lacq, la qualification de « projet d’intérêt national majeur » a une portée concrète : elle simplifie et accélère certaines procédures d’autorisation environnementale et d’urbanisme habituellement plus longues pour un site de cette taille. C’est un signal fort envoyé aux filières industrielles consommatrices d’hydrogène (chimie, verre, sidérurgie) qui cherchent à sécuriser un approvisionnement décarboné à proximité de leurs sites, comme le détaille notre dossier sur la décarbonation de l’acier, de la chimie et du ciment par l’hydrogène.
Pour les investisseurs et les bureaux d’ingénierie qui structurent ce type de dossier, le message est clair : un projet éligible doit se calibrer dès l’origine sur les fourchettes de puissance retenues par l’État, et anticiper une instruction resserrée dans le temps. À l’inverse, pour les riverains et les élus locaux du bassin de Lacq, la qualification d’intérêt national majeur ne dispense pas d’enquête publique ni de concertation environnementale : elle réduit surtout les délais de certains recours et coordonne mieux les services instructeurs de l’État sur un projet dont l’ampleur — un électrolyseur de 450 MW — dépasse largement les standards habituels des projets hydrogène recensés jusqu’ici en France.
Perspectives : deux nouvelles périodes de candidature avant 2027
Le dossier HyLacq/E-CHO n’est qu’un jalon dans un calendrier plus large. Avec un volume total visé de 1 GW réparti sur trois périodes de candidature jusqu’en 2027, d’autres projets industriels suivront le même chemin réglementaire dans les prochains mois. Les porteurs de projets qui envisagent de candidater aux deuxième et troisième périodes devront composer avec un mécanisme dont la gouvernance est conduite par le ministre chargé de l’énergie, avec l’appui de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie — un cadre stable, mais qui laisse peu de place à l’improvisation sur les plans de financement.
À plus long terme, l’enjeu dépasse la seule question du soutien financier. Atteindre les 6,5 GW visés en 2030 suppose de raccorder au réseau électrique une demande supplémentaire considérable, un défi qui recoupe les tensions déjà identifiées sur le réseau pour l’intégration des énergies renouvelables. Notre article sur les 265 offres déjà validées à l’échelle européenne montre que la France n’est pas isolée dans cette course à l’électrolyse décarbonée, alors que d’autres projets comme Normand’Hy visent 300 MW de capacité en France dès la fin 2026.
Pour mieux comprendre les choix technologiques qui sous-tendent ces mégaprojets, notamment le type d’électrolyseur retenu pour HyLacq, notre comparatif des technologies d’électrolyse alcaline, PEM et SOEC détaille les rendements et les coûts associés à chaque filière. Plus largement, pour situer l’hydrogène décarboné parmi les autres couleurs d’hydrogène produites en France et en Europe, notre guide sur les couleurs de l’hydrogène et leur impact carbone reste la référence. Cette montée en puissance de l’hydrogène décarboné s’inscrit plus largement dans la feuille de route des énergies du futur que la France entend développer d’ici 2035.
Questions fréquentes
Qu’est-ce que le projet E-CHO d’Elyse Energy à Lacq ?
E-CHO est le projet de plateforme multi-carburants durables porté par Elyse Energy dans le bassin de Lacq (Pyrénées-Atlantiques). Il comprend notamment un électrolyseur, HyLacq un électrolyseur de 450 MW produira de l’ordre de 60 kt/an d’hydrogène décarboné. Un décret récent qualifiant de projet d’intérêt national majeur le projet E-CHO de développement de la plateforme multi-carburants durables de la société Elyse Energy dans le bassin de Lacq, dans les Pyrénées-Atlantiques accélère certaines procédures administratives.
Comment fonctionne le soutien public à l’hydrogène décarboné en France ?
Le code de l’énergie réserve un dispositif de soutien public à la production d’hydrogène renouvelable ou bas-carbone par électrolyse de l’eau. Les projets sont sélectionnés par une procédure de mise en concurrence pilotée par le ministère chargé de l’énergie avec l’appui de l’ADEME, et bénéficient d’une aide au fonctionnement indexée annuellement sur 15 ans, selon les paramètres validés par la CRE.
Quels sont les objectifs nationaux de capacité d’électrolyse d’ici 2030 et 2035 ?
installer une capacité de production électrolytique d’hydrogène bas-carbone de 6,5 GW en 2030 et de 10 GW en 2035, c’est l’objectif affiché par la stratégie nationale hydrogène. Pour y parvenir, un mécanisme de soutien de 4 Md€ sécurisant sur 10 ans la compétitivité de l’hydrogène décarboné a été mis en place.

