L’obligation d’achat solaire est le contrat qui garantit à un producteur photovoltaïque le rachat de son électricité pendant vingt ans, à un tarif fixé par l’État plutôt que négocié sur le marché. Piloté par la Commission de régulation de l’énergie (CRE) et mis en œuvre via le guichet ouvert d’EDF OA, ce mécanisme reste en 2026 la voie de soutien la plus simple pour les petites installations. Ce guide détaille son fonctionnement juridique, ses tarifs et les démarches pour en bénéficier.
Comprendre le mécanisme de l’obligation d’achat photovoltaïque
Le dispositif d’obligation d’achat organise la vente de l’électricité solaire à un tarif garanti, à l’écart des prix de marché. Selon la CRE, tout kilowattheure injecté sur le réseau public d’électricité est acheté par un opérateur responsable d’une mission de service public (cf. question 4), à un tarif d’achat fixé à l’avance. Et le dispositif d’obligation d’achat, notamment en guichet ouvert, vise les installations de petite taille. Sa base légale se trouve dans le code de l’énergie : ce dispositif est précisé aux articles L. 314-1 à L. 314-13 du code de l’énergie.
Concrètement, l’article L.314-1 pose une obligation de contracter à la charge des principaux fournisseurs, EDF et les entreprises locales de distribution, qui sont tenues de conclure, lorsque les producteurs intéressés en font la demande, un contrat pour l’achat de l’électricité produite sur le territoire national par les installations dont la liste et les caractéristiques sont précisées par décret (Légifrance — code de l’énergie, obligation de contracter). Les niveaux de tarifs ne sont pas fixés au gré de négociations commerciales : les ministres chargés de l’économie et de l’énergie arrêtent, après avis de la Commission de régulation de l’énergie, les conditions d’achat de l’électricité produite.
Ce cadre n’est cependant pas figé indéfiniment : la loi prévoit une soupape administrative, sous réserve du maintien des contrats en cours. L’obligation de conclure un contrat d’achat prévu à l’article L. 314-1 peut être partiellement ou totalement suspendue par l’autorité administrative, pour une durée qui ne peut excéder dix ans, si cette obligation ne répond plus aux objectifs de la programmation pluriannuelle de l’énergie. Une fois le contrat conclu en revanche, la durée du contrat est de 20 ans. Selon la fiche officielle (service-public.fr, vente de l’électricité photovoltaïque), cette durée s’applique « à partir de la date de mise en service de votre équipement (raccordement effectif au réseau) » — et non de la date de signature. Les producteurs qui hésitent encore entre revendre la totalité de leur production ou consommer une partie de leur électricité peuvent s’appuyer sur notre guide complet des panneaux solaires et de l’autoconsommation pour comparer les deux logiques avant de s’engager sur vingt ans.
Obligation d’achat, guichet ouvert et complément de rémunération : quel dispositif pour quel profil
Sous l’appellation générale d’« obligation d’achat » se cache une porte d’entrée précise : le guichet ouvert. Le guichet ouvert est un dispositif qui ouvre, pour toute installation éligible, un droit à bénéficier d’un soutien, explique la CRE dans sa foire aux questions consacrée au photovoltaïque : les installations éligibles à un guichet ouvert n’ont ainsi pas à faire l’objet d’une candidature à un appel d’offres. C’est ce qui distingue le solaire résidentiel et petit tertiaire des grandes centrales au sol, soumises à appels d’offres.
Deux guichets coexistent selon la puissance et le mode de valorisation retenu : la liste des installations éligibles à l’obligation d’achat en guichet ouvert est définie aux articles D. 314-15 et D. 314-16 du code de l’énergie et celle des installations éligibles au complément de rémunération en guichet ouvert est définie aux articles D. 314-23 à D. 314-25 du code de l’énergie. Le premier régime correspond au contrat classique EDF OA des petites installations ; le second, réservé aux puissances plus élevées, verse une prime complétant la vente sur le marché. Pour approfondir l’arbitrage entre revente et conservation de l’électricité produite, voir notre comparatif contrat EDF OA vs autoconsommation totale : quel choix en 2026.
Deux acteurs interviennent ensuite dans l’exécution du contrat, avec des rôles distincts. D’un côté, le cocontractant — EDF OA, une entreprise locale de distribution ou un organisme agréé, selon la zone — que la CRE décrit ainsi : « Co-signe les contrats de soutien. Rémunère le producteur en fonction des modalités listées en question 1. » De l’autre, le gestionnaire de réseau — Enedis ou l’ELD locale — qui « Gère le raccordement de l’installation photovoltaïque au réseau. » Le tableau ci-dessous résume les critères de choix entre les deux guichets.
| Critère | Obligation d’achat (guichet ouvert) | Complément de rémunération (guichet ouvert) |
|---|---|---|
| Base réglementaire | Code de l’énergie (partie réglementaire) | Code de l’énergie (partie réglementaire) |
| Principe de vente | Tarif d’achat garanti sur l’électricité injectée | Vente sur le marché, complétée par une prime |
| Profil type | Petites installations résidentielles et petit tertiaire | Installations de puissance plus élevée |
| Procédure d’accès | Demande complète de raccordement valant demande de contrat, sans appel d’offres | Sans appel d’offres, sous conditions de puissance |
Tarifs S21 2026 : montants, dégressivité et révision trimestrielle
Le tarif applicable à un contrat n’est pas celui du jour de mise en service, mais celui figé au moment de la demande. Les conditions de soutien initiales d’une installation sont celles établies pour le trimestre tarifaire au cours duquel la demande complète de raccordement (DCR) – qui vaut demande de contrat d’achat – est réalisée, précise la CRE, qui ajoute que les dates de raccordement et de mise en service de l’installation n’ont pas d’impact sur la détermination du tarif. Un dossier déposé fin 2026 peut donc être raccordé en 2027 sans que son tarif ne change. La fiche service-public.fr le confirme sous une autre formulation : le tarif qui s’applique à votre contrat est celui en vigueur à la date de demande de raccordement de votre équipement, et le tarif d’achat de l’électricité produite est fixé par la loi et ne peut donc pas être négocié.
Ces tarifs sont révisés chaque trimestre selon un calendrier précis : chaque gestionnaire de réseau de distribution d’électricité opérant dans le cadre de l’arrêté « S24 ZNI », respectivement de l’arrêté « S21 Métropole », transmet à la CRE les informations nécessaires au calcul des tarifs et primes à venir à la fin du mois M-2, puis dans un délai de sept jours à compter de cette réception, la CRE procède à la publication des niveaux de tarifs et primes applicables lors du trimestre tarifaire à venir. La CRE insiste toutefois sur son rôle d’exécutant : la CRE ne dispose pas de pouvoir décisionnaire pour faire évoluer les niveaux des tarifs publiés, qui sont déterminés par application stricte des arrêtés ministériels « S21 Métropole » et « S24 ZNI ». Le pilotage repose sur un mécanisme de dégressivité : un pilotage du niveau de soutien public fondé sur l’atteinte d’objectifs de développement de la filière pour chaque tranche de puissance définie au sein de l’arrêté, ce qui explique que les évolutions trimestrielles peuvent conduire soit à une hausse soit à une baisse des niveaux de soutien.
Concrètement, les niveaux publiés par la CRE sont réévalués à chaque trimestre pour les trois tranches de puissance (0-9 kWc, 9-100 kWc, plus de 100 kWc), à la hausse comme à la baisse selon la logique de dégressivité déjà décrite. Un arrêté modificatif a par ailleurs déjà fait évoluer cette mécanique par le passé, supprimant le mécanisme de dégressivité pour la tranche de puissance 0 – 9 kWc et renforçant les pentes de dégressivité pour les installations de plus de 9 kWc — la preuve que ces paramètres ne sont pas figés dans le temps. En pratique, mieux vaut consulter la publication CRE en vigueur au moment du dépôt de la demande plutôt qu’un chiffre déjà daté, aussi précis soit-il au moment de sa publication. Au-delà du simple niveau trimestriel, la structure même du dispositif — barème, existence d’une prime à l’investissement — reste elle aussi susceptible d’être révisée par un nouvel arrêté ministériel : le mécanisme décrit ici est celui du cadre S21 tel que documenté par la CRE, à confirmer sur cre.fr avant tout dépôt de DCR.
| Tranche de puissance | Tarif énergie injectée | Prime à l’investissement |
|---|---|---|
| 0 – 9 kWc | Publié chaque trimestre par la CRE | Selon arrêté S21 en vigueur |
| 9 – 100 kWc | Publié chaque trimestre par la CRE (dégressivité renforcée) | Selon arrêté S21 en vigueur |
| Plus de 100 kWc | Publié chaque trimestre par la CRE | Non applicable |
Pour approfondir les démarches de revente à EDF OA, consultez notre article revente du surplus solaire à EDF OA : tarifs et démarches 2026.
Aides financières et fiscalité 2026 : ce qui se cumule avec l’obligation d’achat
L’obligation d’achat ne constitue pas la seule ligne de recettes ou d’économies d’un projet solaire résidentiel. Deux régimes fiscaux allégés s’appliquent sous condition de puissance. L’électricité produite a une puissance inférieure ou égale à 3 kWc : c’est le seuil qui ouvre droit à l’exonération d’impôt sur les recettes de vente, selon la fiche service-public.fr. Au-delà, la TVA à taux réduit reste accessible sur l’achat et la pose du matériel : la puissance de l’installation est inférieure ou égale à 9 kilowatts crête (kWc) pour en bénéficier.
Exemple concret pour une installation de 6 kWc — sous le seuil des 9 kWc, donc éligible à la TVA réduite — raccordée sur la tranche tarifaire 0-9 kWc : le montant exact de la prime à l’investissement et du tarif de rachat du surplus dépend du trimestre de dépôt de la demande complète de raccordement (DCR), les évolutions trimestrielles peuvent conduire soit à une hausse soit à une baisse des niveaux de soutien — mieux vaut donc calculer ce montant à partir de la publication CRE en vigueur au moment du dépôt plutôt que d’un chiffre fixe. Ce calcul ne tient compte que du tarif S21 ; il ne préjuge pas d’une éventuelle prime à l’autoconsommation, dont les montants par puissance sont détaillés dans notre article dédié prime autoconsommation 2026 : montants par puissance et démarches.
Ce paysage d’aides reste toutefois mouvant : une révision à la baisse de la prime à l’autoconsommation et du tarif de rachat a été évoquée à Bercy courant 2026, ce qui invite à vérifier le niveau en vigueur au moment du dépôt du dossier plutôt que de se fier à un montant figé — notre suivi Bercy : fin de la prime autoconsommation et tarif de rachat divisé par 4 en projet revient sur ce projet et son calendrier.
Installation et mise en œuvre : de la demande de raccordement à la signature du contrat
Une fois le dimensionnement et l’installateur choisis, la procédure suit un enchaînement précis :
- Dimensionner l’installation selon la consommation et la surface disponible — voir notre méthode pas à pas pour dimensionner son installation photovoltaïque.
- Choisir un installateur certifié RGE et une technologie de cellule adaptée au budget et à la durée d’exploitation visée, les écarts de rendement entre technologies étant détaillés dans notre comparatif TOPCon vs PERC vs HJT : quelle technologie de cellule photovoltaïque choisir en 2026.
- Déposer la demande complète de raccordement (DCR) auprès du gestionnaire de réseau : les conditions de soutien initiales d’une installation sont celles établies pour le trimestre tarifaire au cours duquel la demande complète de raccordement (DCR) – qui vaut demande de contrat d’achat – est réalisée, ce dépôt fige donc le tarif applicable pour les vingt années suivantes.
- Laisser le gestionnaire de réseau instruire le raccordement, puisqu’il « Gère le raccordement de l’installation photovoltaïque au réseau. »
- Signer le contrat d’achat avec le cocontractant désigné, le plus souvent EDF OA, qui « Co-signe les contrats de soutien. Rémunère le producteur en fonction des modalités listées en question 1. »
- Vérifier la mise en service effective, qui déclenche le décompte des vingt années de contrat.
L’erreur la plus fréquente consiste à confondre date de raccordement et date de tarification : comme rappelé plus haut, les dates de raccordement et de mise en service de l’installation n’ont pas d’impact sur la détermination du tarif — seule compte la date de la DCR. Autre piège à anticiper sur la durée du contrat : les arrêtés tarifaires encadrent strictement toute modification technique de l’installation. Les conditions de modification des caractéristiques de l’installation sont encadrées aux articles 7 des arrêtés tarifaires « S21 Métropole » et « S24 ZNI », qui ne permettent pas un remplacement des panneaux — un point à anticiper dès le choix des panneaux et de l’onduleur, puisqu’un défaut de fabrication ne pourra pas être corrigé par un simple remplacement sans risque pour le contrat.
Ce que vous gagnez : rentabilité et sécurité du dispositif sur 20 ans
La logique tarifaire du dispositif vise explicitement une rentabilité maîtrisée plutôt qu’un effet d’aubaine. Les niveaux des tarifs d’achat et primes à l’investissement fixés dans les différents arrêtés tarifaires en vigueur doivent permettre d’aboutir à une rentabilité normale des capitaux investis sur la durée du contrat de soutien (20 ans), précise la CRE. Ce calibrage ne dépend pas des prix de marché de l’électricité : les niveaux de soutien sont ainsi corrélés aux coûts de production de la filière photovoltaïque et ne dépendent en particulier pas des prix de fourniture de l’électricité. Un producteur sous obligation d’achat est ainsi protégé des fluctuations du marché de gros.
Le tarif contractuel n’est pas non plus figé en valeur nominale pendant vingt ans : il progresse chaque année pour tenir compte des coûts d’exploitation réels de l’installation. Une fois le contrat d’achat signé, le tarif d’achat de l’électricité injectée par l’installation est indexé à 20 % à chaque date anniversaire du contrat d’achat, afin de prendre en compte l’évolution du coût des dépenses d’exploitation (qui représente environ 20 % du coût complet d’une installation moyenne). Cette indexation partielle mérite d’être suivie dans le temps : un monitoring rigoureux de la production réelle permet de vérifier que les recettes perçues correspondent bien au tarif contractuel révisé — voir notre guide sur le monitoring solaire pour suivre sa production photovoltaïque en temps réel.
Sur la fiabilité de l’information tarifaire elle-même, un seul repère fait foi : la CRE est responsable de la publication des tarifs et primes en vigueur en application de ceux-ci. Sa publication est donc la seule source faisant foi juridiquement. Tout chiffre trouvé ailleurs doit être recoupé avec la publication CRE du trimestre concerné avant d’être intégré à un plan de financement.
Au terme des vingt années de contrat, le producteur n’est pas laissé sans option : au terme de votre contrat de soutien, vous pouvez : autoconsommer l’électricité produite par les panneaux photovoltaïques…; contractualiser avec un acheteur pour l’électricité injectée sur le réseau. Une installation bien entretenue continue de produire de la valeur après la fin du tarif garanti, à condition d’avoir anticipé ce basculement dans le plan de financement.
Questions fréquentes
Quelle est la durée d’un contrat d’obligation d’achat solaire ?
La durée du contrat est de 20 ans. Elle s’applique « à partir de la date de mise en service de votre équipement (raccordement effectif au réseau) ».
Le tarif d’achat peut-il être négocié avec EDF OA ?
Non : le tarif d’achat de l’électricité produite est fixé par la loi et ne peut donc pas être négocié.
Quel tarif s’applique si mon installation est raccordée plusieurs mois après ma demande ?
Celui en vigueur à la date de la demande, pas celui du raccordement : le tarif qui s’applique à votre contrat est celui en vigueur à la date de demande de raccordement de votre équipement, et les dates de raccordement et de mise en service de l’installation n’ont pas d’impact sur la détermination du tarif.
Puis-je remplacer mes panneaux en cours de contrat sans perdre le tarif ?
Non : arrêtés tarifaires « S21 Métropole » et « S24 ZNI », qui ne permettent pas un remplacement des panneaux en cours de contrat.
L’État peut-il suspendre l’obligation d’achat ?
Oui, mais de façon encadrée et sans effet sur les contrats déjà signés, sous réserve du maintien des contrats en cours : l’obligation de conclure un contrat d’achat prévu à l’article L. 314-1 peut être partiellement ou totalement suspendue par l’autorité administrative, pour une durée qui ne peut excéder dix ans.
Faut-il un appel d’offres pour bénéficier de l’obligation d’achat ?
Non, pour les installations éligibles au guichet ouvert : les installations éligibles à un guichet ouvert n’ont ainsi pas à faire l’objet d’une candidature à un appel d’offres pour bénéficier d’un soutien de l’Etat.
Que se passe-t-il à la fin des 20 ans de contrat ?
vous pouvez : autoconsommer l’électricité produite par les panneaux photovoltaïques…; contractualiser avec un acheteur pour l’électricité injectée sur le réseau.
Sources officielles
- CRE — Foire aux questions sur l’obligation d’achat photovoltaïque
- CRE — Publication des tarifs et primes photovoltaïques
- Légifrance — Code de l’énergie, obligation d’achat
- Service-public.fr — Vente de l’électricité produite par des panneaux solaires

