La sobriété énergétique a-t-elle réduit la consommation d’électricité des ménages pendant la crise ? Une étude du SDES exploite l’expérience naturelle fournie par la crise énergétique européenne de 2022-2023 pour examiner la question. Cet article reprend ce que l’étude mesure, ainsi que les réserves qu’elle formule.
Les faits
Le constat de départ et l’objectif de l’étude
L’étude du SDES consacrée aux effets de la communication autour de la sobriété énergétique mentionne le constat suivant : « En 2022, la consommation finale d’électricité des ménages en France métropolitaine a nettement reculé, passant de 167 TWh en 2021 à 152 TWh ».
L’objectif principal de l’étude, tel qu’elle le formule : décomposer cette baisse de la consommation d’électricité dans le secteur résidentiel en fonction des principaux facteurs, notamment le prix et la température, et d’identifier l’impact spécifique des appels à la sobriété énergétique.
Sur le calendrier retenu, l’étude précise qu’une année s’entend ici de juillet à juin, ainsi la période 2019-2021 couvre les mois de juillet 2019 à juin 2022 et la période 2022 couvre les mois de juillet 2022 à juin 2023.
Sur un autre sujet, le site a publié un guide complet sur les prix de l’énergie.
La décomposition de la baisse de consommation
Selon les résultats de l’étude, les différentes estimations permettent de projeter, à l’échelle nationale, la contribution de chaque facteur à la baisse totale de 12 TWh observée entre la moyenne des périodes de juillet à juillet 2019–2021 et 2022.
Une note de l’étude précise le champ de cette décomposition : « Le champ est ici celui couvert par Enedis en France métropolitaine et varie donc légèrement du total de consommation rapporté dans le bilan annuel de l’énergie ».
| Facteur | Réduction de consommation | Volume | Part de la baisse totale |
|---|---|---|---|
| Prix | environ 4 % | 6 TWh | 47 % |
| Température | 1 % | 1,6 TWh | 13 % |
| Contrôle de la charge (eau chaude sanitaire) | 2 % | 3 TWh | 25 % |
| Communication, telle que captée par l’attention du public | pourrait induire une réduction de 1,7 % | 2,5 TWh | jusqu’à 20 % |
Pour le prix, l’étude retient qu’il demeure le principal facteur explicatif, entraînant une réduction de la consommation d’environ 4 %, soit 6 TWh, ce qui représente 47 % de la baisse totale. La synthèse indique aussi que le prix demeure le principal facteur de la baisse de consommation, expliquant 47 % de la baisse totale.
Pour la température et les mesures de contrôle de la charge, l’étude écrit qu’elles contribuent respectivement à une baisse de 1 % et de 2 %, correspondant à 1,6 TWh et 3 TWh, soit 13 % et 25 % de la baisse totale.
Quant à la communication, l’étude estime qu’elle, telle que captée par l’attention du public, pourrait induire une réduction de 1,7 %, soit 2,5 TWh, représentant jusqu’à 20 % de la baisse totale. La formulation de l’étude est au conditionnel et pose une borne avec « jusqu’à ».
Sur le total des contributions, l’étude indique que la somme des contributions estimées représente environ 105 % de la baisse observée. Pour l’étude, cet écart s’explique par la marge d’erreur du modèle.
Le contrôle de la charge sur l’eau chaude sanitaire
Dans la décomposition, le contrôle de la charge concerne l’eau chaude sanitaire. À son propos, l’étude mentionne environ 4 millions de foyers disposant de ballons d’eau chaude pilotables et d’un contrat heures pleines/heures creuses, soit 28 % du parc de contrats résidentiels sur la période 2019-2024. Elle indique aussi que les opérateurs de réseau ont été autorisés à désactiver l’alimentation en électricité des ballons d’eau chaude sanitaire pendant une période de deux heures au maximum, entre 11 h 00 et 15 h 30.
Sur un autre sujet, le site a publié un article sur la tarification dynamique de l’électricité.
Une baisse moyenne selon le type de contrat
L’étude distingue les types de contrat. Elle écrit qu’en moyenne, un ménage a réduit sa consommation de 11 % pendant la crise énergétique, ce qui se décompose selon le type de contrat : 13,7 % pour les tarifs hphc et 4,7 % pour les tarifs base. Elle estime en outre une élasticité thermosensible, selon le type de contrat.
| Thème | Ce que dit l’étude |
|---|---|
| Baisse moyenne d’un ménage pendant la crise énergétique | réduit sa consommation de 11 % |
| Baisse de consommation, contrats hphc | 13,7 % pour les tarifs hphc |
| Baisse de consommation, contrats base | 4,7 % pour les tarifs base |
| Élasticité thermosensible estimée, contrats hphc | 0,23 pour les contrats hphc |
| Élasticité thermosensible estimée, contrats base | nulle pour les contrats base |
Mise en perspective
À quelles conditions la communication a-t-elle un effet mesurable ?
Sur l’attention publique, l’étude écrit que les appels à la sobriété énergétique n’ont eu un effet mesurable sur l’attention publique que lorsqu’ils s’inscrivaient dans des discours plus larges sur la crise énergétique, mettant l’accent sur ses conséquences économiques.
Pour l’attention portée à la notion de sobriété énergétique, elle indique qu’elle augmente de manière significative, de 53 %, uniquement lorsque ces messages sont diffusés conjointement avec une notion de crise. Toujours selon l’étude, les appels isolés en faveur d’un comportement de sobriété énergétique suscitent une attention marginale décroissante, l’intérêt du public pour le sujet diminuant en l’absence d’une notion de risque.
Sur le poids de la communication par rapport aux autres leviers, l’étude écrit que, si la communication constitue un levier réel, son impact reste secondaire face aux incitations économiques.
Sur un autre sujet, le site a publié un article sur les stratégies de sobriété énergétique.
Des effets très différents selon les ménages
Selon l’étude, la diminution de consommation électrique liée aux incitations à la sobriété a montré une forte hétérogénéité en fonction des possibilités de flexibilité des ménages. Elle ajoute que, parmi les ménages, ce sont ceux disposant de la plus grande marge d’ajustement qui ont effectivement réduit leur consommation en réponse aux messages de sobriété, dès lors que ceux-ci s’inscrivaient dans un contexte de crise.
Pour l’attention portée aux messages de sobriété, l’étude écrit qu’elle n’induit pas de changements de consommation pour les ménages ayant la consommation initiale la plus limitée, c’est à dire les ménages ayant un contrat avec un tarif base, ce qui traduit une consommation très peu flexible.
L’étude écrit que cette attention semble davantage influencer les ménages disposant d’options de flexibilité, comme ceux ayant des contrats hphc, avec un effet estimé à une économie de 170 Wh/jour par point d’attention, mais qui n’est pas significatif au niveau principal d’agrégation des consommations. En distinguant les résultats selon la puissance souscrite, elle précise que l’effet devient significatif uniquement pour les ménages ayant une puissance souscrite inférieure ou égale à 6 kVA. Pour les puissances plus élevées, elle écrit que l’effet est potentiellement plus important, mais reste non significatif.
Par ailleurs, le site a publié un article consacré au programme Watt Watchers et aux compteurs Linky.
L’élasticité-prix et ce que l’étude en dit
Dans ses résultats, l’analyse met en évidence une élasticité-prix de la demande d’électricité d’environ 0,20. Autrement dit, une hausse de 100 % du prix de l’électricité conduit en moyenne à une baisse de la consommation d’environ 20 %.
Pour l’étude, ces estimations suggèrent que ne pas tenir compte des incitations non monétaires dans un contexte de crise peut conduire à une surestimation de l’élasticité-prix, en attribuant au prix des ajustements qui ne lui sont pas directement imputables.
Sur un autre sujet, le site a publié un article sur la fin du bouclier tarifaire de l’électricité.
La conclusion de l’étude
Dans la conclusion de l’étude, la campagne de sobriété énergétique a induit une réduction de consommation estimée à environ 2 %, une estimation proche de la limite inférieure de la littérature scientifique. Elle mentionne aussi que l’hiver relativement doux de l’année 2022 implique une baisse de consommation de l’ordre de 1 %, par rapport aux hivers précédents.
Grandeurs chiffrées citées par l’étude
| Grandeur | Ce que dit l’étude |
|---|---|
| Consommation finale d’électricité des ménages en France métropolitaine | passant de 167 TWh en 2021 à 152 TWh |
| Baisse totale retenue pour la décomposition (champ couvert par Enedis) | baisse totale de 12 TWh |
| Part du prix dans la baisse totale | 47 % |
| Réduction que la communication pourrait induire dans la décomposition | réduction de 1,7 % |
| Part de la baisse totale que la communication pourrait représenter | jusqu’à 20 % |
| Réduction induite par la campagne de sobriété, selon la conclusion | environ 2 % |
| Élasticité-prix de la demande d’électricité | environ 0,20 |
| Baisse moyenne de consommation d’un ménage pendant la crise | 11 % |
Impact concret : ce que l’étude dit de la sobriété et de la consommation
- Sur le prix : l’étude écrit qu’il demeure le principal facteur de la baisse de consommation.
- Sur la température et le contrôle de la charge : ils ont contribué à respectivement 13 % et 25 % de la baisse totale.
- Sur la communication : pourrait induire une réduction de 1,7 %, avec une part pouvant aller jusqu’à 20 % de la baisse totale.
- Sur les ménages : forte hétérogénéité en fonction des possibilités de flexibilité des ménages.
- Sur les contrats : 13,7 % pour les tarifs hphc et 4,7 % pour les tarifs base.
Sur l’articulation entre messages et incitations économiques, l’étude écrit que son impact reste secondaire face aux incitations économiques. Pour les ménages au tarif base, elle précise que l’attention aux messages n’induit pas de changements de consommation.
Sur un autre sujet, le site a publié un article comparant le gaz et l’électricité pour le chauffage. Sur un autre sujet encore, le site a publié un article sur la sobriété énergétique en entreprise.
Positionnement et limites de l’étude
L’étude situe elle-même son estimation de la campagne de sobriété par rapport aux travaux existants : cette estimation est proche de la limite inférieure de la littérature scientifique. Elle indique par ailleurs que le document se concentre sur la France.
Dans son objectif, l’étude nomme le prix et la température comme facteurs principaux. La décomposition y ajoute les mesures de contrôle de la charge et la communication, telle que l’étude la mesure par l’attention du public.
Sources officielles
Questions fréquentes
Que cherche à mesurer l’étude du SDES sur la sobriété énergétique ?
Selon l’étude, son objectif principal est de décomposer cette baisse de la consommation d’électricité dans le secteur résidentiel en fonction des principaux facteurs, notamment le prix et la température, et d’identifier l’impact spécifique des appels à la sobriété énergétique. Elle exploite l’expérience naturelle fournie par la crise énergétique européenne de 2022-2023.
Les messages de sobriété ont-ils eu le même effet sur tous les ménages ?
Selon l’étude, la diminution de consommation électrique liée aux incitations à la sobriété a montré une forte hétérogénéité en fonction des possibilités de flexibilité des ménages. Elle ajoute que, parmi les ménages, ce sont ceux disposant de la plus grande marge d’ajustement qui ont effectivement réduit leur consommation en réponse aux messages de sobriété, dès lors que ceux-ci s’inscrivaient dans un contexte de crise.
Du prix ou de la communication, lequel pèse davantage dans la baisse de consommation ?
Dans la décomposition de l’étude, le prix demeure le principal facteur de la baisse de consommation. L’étude écrit par ailleurs que, si la communication constitue un levier réel, son impact reste secondaire face aux incitations économiques.

