Le 22 avril 2026, la presse spécialisée a relayé une note du Cercle Promodul/Inef4 publiée le 9 avril, qui s’appuie sur une étude Inserm parue en janvier dans npj Urban Sustainability pour démontrer une faille majeure du Diagnostic de Performance Énergétique (DPE) : il sous-évalue gravement la vulnérabilité estivale du parc de logements. À l’approche d’un été 2026 annoncé caniculaire, le constat impose de repenser ce que signifie un logement « performant ».
L’étude Inserm 2026 : la végétalisation peut diviser par trois la mortalité
Conduite par une équipe de l’Inserm avec le Barcelona Institute for Global Health (ISGlobal) et la London School of Hygiene & Tropical Medicine, l’étude publiée le 27 janvier 2026 exploite dix ans de données parisiennes (2008-2017). Les chercheurs ont croisé arrondissement par arrondissement la surmortalité liée à la chaleur avec la morphologie du bâti, la couverture végétale et les indicateurs socio-économiques.
Premier enseignement : l’âge du bâti est le facteur morphologique le plus fortement associé à la mortalité estivale. Les arrondissements dominés par des logements antérieurs à 1950 — et plus largement antérieurs aux années 1970, peu isolés — présentent la surmortalité la plus élevée. Mais l’étude apporte surtout une donnée saisissante : si tous les arrondissements parisiens atteignaient le niveau de végétalisation des plus verts (≈ 20 % d’espaces végétalisés), la mortalité liée à la chaleur baisserait d’environ un tiers, en canicule comme en chaleur modérée.
Pour mémoire, l’Inserm avait recensé 14 802 décès en excès du 1er au 20 août 2003 (+55 %), avec un pic de surmortalité de +130 % en Île-de-France. La canicule de l’été 2022 avait fait 2 800 décès estimés, et 2024-2025 ont confirmé la fréquence accrue de ces épisodes. La SDES recensait 3,9 millions de passoires thermiques (F+G) en France au 1er janvier 2025, mais ce chiffre dit peu de chose de leur vulnérabilité estivale réelle.
Le diagnostic de Promodul/Inef4 : un DPE pertinent l’hiver, aveugle l’été
Dans sa note du 9 avril 2026, le Cercle Promodul/Inef4, prolongement des travaux PNACC 3 et de la note conjointe avec le Club de l’Amélioration de l’Habitat, tire une conclusion sans appel : le DPE est pertinent pour la décarbonation et le chauffage, mais insuffisant pour l’adaptation au climat. Un logement classé D ou E peut exposer ses occupants à un fort risque de surmortalité estivale, tandis qu’un F ou G doté d’un jardin ombragé ou d’une cour végétalisée peut être mieux protégé.
Le paradoxe est d’autant plus marquant qu’il contredit l’intuition largement répandue : les bâtiments anciens (avant 1948), souvent classés E à G, présentent en réalité une consommation de chauffage de 100 à 200 kWhep/m².an selon l’étude BATAN de l’ADEME — soit moins que la moyenne nationale — grâce à leur forte inertie thermique (murs épais en pierre ou brique pleine), qui les protège également l’été.
Les chiffres-clés du DPE face au confort d’été
| Indicateur | Valeur | Source |
|---|---|---|
| Surmortalité canicule août 2003 (France) | 14 802 décès (+55 %) | Inserm 2003 |
| Réduction de mortalité via végétalisation à 20 % | ≈ 33 % | Inserm/ISGlobal/LSHTM 2026 |
| Bâti le plus vulnérable | Antérieur à 1950 | Inserm 2026 |
| Passoires thermiques (F+G) | 3,9 M (12,7 % du parc) | SDES janvier 2025 |
| Conso clim résidentielle France | 4,9 TWh (2020) | ADEME |
| Projection 2050 (sobriété/sans sobriété) | 6 à 27 TWh | ADEME |
| Taux d’équipement clim particuliers | 27,4 % (juillet 2025) | ADEME / Hello Watt |
| Cool roof — économie clim | 15 à 40 % | Études NREL |
| RE2020 — seuil bas DH | 350 DH (~1 sem.) | RE2020 |
| RE2020 — seuil haut DH | 1 250 DH (~25 j.) | RE2020 |
RE2020 vs DPE : deux logiques radicalement différentes
La RE2020 applicable aux constructions neuves intègre un indicateur dédié : le DH (Degrés-Heures d’inconfort), calculé sur une simulation thermique dynamique. Un logement neuf doit présenter moins de 1 250 DH pour être conforme, soit l’équivalent d’environ 25 jours d’inconfort par an au-delà de 26-28 °C selon la zone climatique. Le seuil bas (logement « confortable ») est fixé à 350 DH, soit moins d’une semaine de léger inconfort annuel.
Or le DPE applicable au parc existant ne propose qu’un « indicateur de confort d’été » qualitatif, fondé sur quelques caractéristiques (orientation, masques, ventilation traversante), sans impact sur la note finale A à G. Cette dissymétrie crée un angle mort réglementaire majeur : la France connaît un afflux de PAC réversibles et de climatiseurs (4,9 TWh en 2020, jusqu’à 27 TWh projetés à 2050 sans politique de sobriété selon l’ADEME) qui répare au prix de la surconsommation un défaut de conception du logement.
La refonte du coefficient 1,9 entrée en vigueur le 1er janvier 2026 a rééquilibré la note vers les usages électriques sans toucher à l’indicateur estival. Selon le ministère du Logement, une évolution intégrant la zone climatique, l’exposition, l’étage et l’environnement urbain est attendue à l’horizon 2028 — calendrier que le Cercle Promodul/Inef4 estime tardif au regard de l’évolution du climat.
Quels travaux pour rendre un logement résilient à la chaleur ?
L’angle mort du DPE n’empêche pas le propriétaire d’agir. Six gestes documentés par l’ADEME et le CSTB améliorent significativement le confort estival :
- Isolation de la toiture ou des combles — l’investissement le plus rentable, puisque 25 à 30 % de la chaleur d’un logement entre par la toiture en été. L’isolation des combles perdus reste éligible à MaPrimeRénov’ et aux CEE. Coût indicatif : 25 à 60 €/m² posé.
- Protections solaires extérieures — volets, brise-soleil, lames orientables, films solaires : éligibles à MaPrimeRénov’ Parcours Accompagné. Voir notre guide complet sur les protections solaires extérieures.
- Cool roof / peinture réfléchissante — réduit jusqu’à 35-40 % du besoin de climatisation en région méditerranéenne. Coût : 15 à 30 €/m² appliqué.
- Surventilation nocturne via VMC pilotée ou ouvertures traversantes — abaisse de 3 à 6 °C la température intérieure en cas de nuit fraîche.
- Puits canadien / provençal — solution passive ancienne mais robuste. Voir notre dossier dédié au puits provençal. Coût : 8 000 à 15 000 € pour une maison.
- Végétalisation de proximité — pergolas, plantations, toitures végétales. L’effet rejoint directement le constat de l’Inserm : la fraîcheur urbaine est un déterminant de santé.
Pour un appartement, les leviers sont plus contraints mais réels : nous avons détaillé les solutions praticables dans notre guide pour rafraîchir un appartement sans climatisation et plus largement dans notre dossier 7 solutions pour l’été 2026.
Le paradoxe du logement ancien : F au DPE, mais résilient l’été
L’étude BATAN de l’ADEME, croisée avec les données Inserm 2026, met en lumière un paradoxe structurant : un appartement haussmannien classé E ou F au DPE, situé au 3e étage d’un immeuble en pierre de taille, peut offrir un confort estival supérieur à celui d’une maison neuve classée B mal exposée et mal protégée du soleil. La forte inertie thermique des murs anciens (50 à 70 cm de pierre) joue un rôle de tampon thermique : le pic de chaleur extérieur arrive avec 8 à 12 heures de retard à l’intérieur, soit en pleine nuit, où la ventilation peut évacuer les calories accumulées.
Conséquence pratique pour les propriétaires d’un bien ancien : avant d’envisager une rénovation lourde dictée par le DPE, il est crucial d’évaluer l’inertie existante et de privilégier des isolants compatibles (chaux-chanvre, fibre de bois, ouate de cellulose) plutôt qu’un sandwich polystyrène-placo qui dégraderait l’inertie sans bénéfice estival. La vente d’un bien classé F ou G impose l’audit énergétique obligatoire en 2026, mais cet audit reste lui-même focalisé sur l’hiver. Voir notre dossier sur les obligations vendeur et l’impact du DPE sur le prix, et la procédure pour contester un DPE qui ne reflète pas la réalité.
Que faire dès aujourd’hui ?
Pour un propriétaire ou un locataire qui veut anticiper l’été 2026 sans attendre une éventuelle réforme du DPE en 2028 :
- Auto-évaluer la vulnérabilité estivale de son logement : orientation des pièces de vie, présence de protections solaires, qualité de l’isolation toiture, possibilité de ventilation traversante nocturne, environnement urbain (densité de végétation à proximité).
- Prioriser les travaux à effet estival immédiat : isolation toiture, volets ou brise-soleil, peinture réfléchissante. Tous éligibles aux CEE et au moins partiellement à MaPrimeRénov’.
- Solliciter un audit énergétique complet auprès d’un auditeur RGE qui intègre l’analyse de confort d’été (au-delà du DPE), même si l’indicateur ne pèse pas dans la note finale.
- Suivre l’évolution réglementaire : le ministère du Logement et le Cercle Promodul/Inef4 plaident pour un indicateur estival renforcé d’ici 2028, intégrant l’âge du bâti et la végétalisation.
Pour aller plus loin, retrouvez nos guides complets sur la rénovation énergétique, le confort d’été et la climatisation et l’isolation thermique.
Mon logement est classé C ou D au DPE : suis-je à l’abri pendant les canicules ?
Non. Le DPE actuel évalue principalement la consommation hivernale et n’intègre qu’un indicateur de confort d’été simplifié, sans impact sur la note finale. L’étude Inserm 2026 publiée dans npj Urban Sustainability montre qu’un logement bien classé peut malgré tout exposer ses occupants à une forte surmortalité estivale, en particulier s’il a été construit avant 1970, s’il est situé dans un quartier peu végétalisé ou s’il manque de protections solaires extérieures. Évaluez séparément l’orientation, l’inertie des murs, l’isolation de la toiture et la présence d’ombrage.
Quels travaux de rafraîchissement passif sont aidés par MaPrimeRénov’ en 2026 ?
Les protections solaires extérieures (brise-soleil verticaux, lames orientables opaques, films, volets roulants) sont éligibles dans le cadre du Parcours Accompagné de MaPrimeRénov’ Rénovation d’ampleur, à condition de gagner au moins deux classes DPE et d’inclure deux gestes d’isolation. L’isolation des combles et de la toiture, premier levier anti-canicule, reste largement aidée. Les CEE et l’éco-PTZ complètent le dispositif. La pose doit être réalisée par un artisan RGE.
Le DPE va-t-il intégrer un véritable indicateur de confort d’été ?
Le ministère du Logement travaille à un indicateur renforcé prenant en compte la zone climatique, l’exposition, l’étage et l’environnement urbain ; les évolutions sont attendues à l’horizon 2028. Le Cercle Promodul/Inef4, dans sa note du 9 avril 2026, plaide pour aller plus loin en y ajoutant l’âge du bâti et la densité de végétation de proximité — deux variables identifiées par l’Inserm comme déterminantes de la mortalité estivale. La RE2020, applicable aux constructions neuves, intègre déjà l’indicateur DH avec deux seuils : 350 DH (confortable) et 1 250 DH (non-conforme).

