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Prix du gaz : hausse de 5,3% en mars 2026 et perspectives inquiétantes pour les 11 millions de foyers concernés

La Commission de régulation de l’énergie a publié son prix repère du gaz pour mars 2026 : le kilowattheure bondit de 5,3% pour les foyers se chauffant au gaz et de 4% pour la cuisson et l’eau chaude sanitaire. Derrière…

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La Commission de régulation de l’énergie a publié son prix repère du gaz pour mars 2026 : le kilowattheure bondit de 5,3% pour les foyers se chauffant au gaz et de 4% pour la cuisson et l’eau chaude sanitaire. Derrière cette hausse mensuelle se cache une flambée des marchés de gros qui a plus que doublé les prix depuis fin 2025 — et qui contraint les 11 millions de foyers raccordés au gaz naturel à reconsidérer leur stratégie énergétique.

Les chiffres officiels de la CRE pour mars 2026

Chaque mois, la Commission de régulation de l’énergie publie un prix repère indicatif du gaz naturel, référence pour les consommateurs résidentiels depuis la suppression des tarifs réglementés de vente du gaz (TRVG) le 30 juin 2023. Pour mars 2026, les données publiées sur le site officiel de la CRE sont sans ambiguïté :

  • Profil B1 (chauffage principal) : 0,1051 €/kWh TTC — hausse de +5,3% par rapport à février 2026.
  • Profil B0 (cuisson et eau chaude sanitaire) : 0,1357 €/kWh TTC — hausse de +4,0% par rapport au mois précédent.
  • Abonnements : stables, à 28,66 €/mois pour le profil chauffage et 12,27 €/mois pour la cuisson/eau chaude.

Cette hausse succède à une longue séquence baissière : depuis un pic à 0,12155 €/kWh en mars 2025, le prix repère avait régulièrement reculé jusqu’à atteindre 0,09983 €/kWh en février 2026. Le rebond de mars 2026 est donc marqué, et les projections disponibles suggèrent qu’il ne s’agit pas d’une correction passagère. Il convient de rappeler que ce prix repère est indicatif : les fournisseurs de gaz n’ont pas l’obligation légale de l’appliquer, mais il constitue la référence de marché la plus fiable pour les consommateurs résidentiels.

La flambée du TTF : pourquoi les prix de marché ont doublé en trois mois

Pour comprendre la mécanique de cette hausse, il faut se tourner vers le marché de gros européen du gaz naturel, dont le principal indice de référence est le TTF (Title Transfer Facility) néerlandais. Fin 2025, le TTF oscillait autour de 27 à 30 €/MWh. En quelques semaines, il a plus que doublé pour atteindre un pic de 62,40 €/MWh dans la deuxième semaine de mars 2026 — soit une progression de plus de 66% sur un mois, du jamais-vu depuis la crise de 2022.

Plusieurs facteurs concourent à cette flambée :

  • Les tensions géopolitiques au Moyen-Orient : l’escalade du conflit régional et ses répercussions sur les routes maritimes du détroit d’Ormuz, par lequel transite environ 20% du gaz naturel liquéfié (GNL) mondial. Les perturbations sur les flux de GNL ont immédiatement tendu les marchés européens.
  • Une perturbation majeure de production qatarienne : un arrêt temporaire de l’usine de liquéfaction de Ras Laffan, le plus grand complexe de GNL au monde, a contracté l’offre disponible à un moment critique.
  • Des stockages européens anormalement bas : après un hiver plus froid que la normale, les stocks de gaz en Europe affichent un déficit d’environ 15 points par rapport à la moyenne quinquennale, réduisant la capacité tampon du système.
  • La dépendance structurelle au GNL américain : depuis la réduction drastique des importations de gaz russe, l’Europe a substitué le GNL — principalement américain (58% des importations en 2025) — au pipeline russe. Cette dépendance accroît la sensibilité aux chocs d’approvisionnement lointains et aux décisions commerciales des États-Unis.

La combinaison de ces quatre facteurs explique l’amplitude de la correction. Au 18 mars 2026, le TTF s’établissait autour de 54,71 €/MWh, soit encore plus du double de son niveau de fin 2025.

Impact concret sur votre facture annuelle

Pour un foyer standard consommant environ 11 000 kWh de gaz par an pour le chauffage (profil B1, logement de 80 à 100 m² en zone tempérée), la hausse de mars 2026 représente une augmentation de l’ordre de 55 à 60 €/an par rapport au niveau de février 2026, si le prix se maintient à ce niveau sur l’ensemble de l’année.

Pour replacer ce chiffre dans son contexte historique : au pic de la crise énergétique de 2022-2023, certains foyers payaient leur gaz jusqu’à 0,15 à 0,17 €/kWh. Le niveau actuel de 0,1051 €/kWh reste inférieur à ces records. Mais la trajectoire préoccupe : les analystes de marché anticipent un TTF restant au-dessus de 40 €/MWh dans les prochains mois, avec un risque de nouveaux records si les tensions géopolitiques se prolongent et si la reconstitution des stocks européens pour l’hiver 2026-2027 s’avère difficile. Des projections sectorielles évoquent un prix repère pouvant atteindre 0,12 à 0,13 €/kWh pour les foyers au chauffage d’ici l’automne 2026.

En parallèle, le prix de l’électricité au tarif réglementé reste stable en mars 2026 à 0,1940 €/kWh en option base, après les baisses successives de 2025. L’écart de compétitivité entre le gaz et l’électricité se réduit progressivement. À noter que la pompe à chaleur, qui consomme de l’électricité, offre un coefficient de performance (COP) de 3 à 4, ce qui signifie qu’elle produit 3 à 4 kWh de chaleur pour chaque kWh électrique consommé — rendant la comparaison encore plus favorable à l’électricité. Notre guide complet sur les prix de l’énergie en 2026 détaille l’évolution comparative de toutes les énergies.

Sortir du gaz : les options et leur coût réel

Selon les données du Service des données et études statistiques (SDES) du ministère de la Transition écologique, 35,8% des ménages français se chauffent principalement au gaz de réseau, soit environ 11 millions de logements raccordés. Le gaz est particulièrement dominant en appartement (44% des logements collectifs), ce qui explique que la hausse des prix du gaz touche en priorité les locataires et propriétaires urbains.

Pour ces ménages, l’alternative principale est la pompe à chaleur air-eau. Le cadre financier de 2026 rend cette alternative plus accessible que jamais, avec un différentiel d’aides historiquement défavorable à la chaudière gaz :

  • Chaudière gaz en 2026 : zéro aide publique (exclue de MaPrimeRénov’ depuis 2023, aucune prime CEE ni Coup de Pouce), TVA à 20%.
  • PAC air-eau en 2026 : jusqu’à 5 000 € via MaPrimeRénov’ + jusqu’à 5 962 € via les CEE = jusqu’à 10 800 € d’aides cumulées pour les foyers éligibles, TVA à 5,5%, cumulable avec l’éco-PTZ.

En termes de coût d’usage, l’ADEME évalue le poste chauffage d’un logement de 120 m² à 700-950 €/an avec une PAC air-eau moderne, contre 1 200 à 1 600 €/an avec une chaudière gaz aux conditions tarifaires de mars 2026. L’écart devrait encore se creuser si le TTF se maintient à des niveaux élevés. Le retour sur investissement d’une PAC installée en remplacement d’une chaudière gaz en fin de vie est estimé à deux à trois ans dans les conditions actuelles, une fois les aides déduites. Notre guide complet sur les pompes à chaleur présente l’ensemble des paramètres — types d’installation, performance, démarches — pour évaluer cette transition.

Pour les foyers en appartement ou en copropriété, d’autres solutions complémentaires méritent d’être considérées : les réseaux de chaleur urbains, le raccordement à la géothermie collective, ou encore l’amélioration de l’enveloppe thermique du bâtiment pour réduire les besoins en chauffage, quelle que soit l’énergie utilisée.

Perspectives : les échéances à surveiller

Deux jalons immédiats vont influencer l’évolution des factures dans les prochains mois.

Le 1er avril 2026 voit une hausse des coûts d’acheminement et de stockage du gaz de +3,41%, liée à l’inflation des coûts d’entretien du réseau. Cet ajustement tarifaire, indépendant des prix de marché, s’ajoutera mécaniquement au prix repère d’avril — même si une légère détente sur le TTF pourrait partiellement compenser cette hausse structurelle.

L’été 2026 est une période charnière pour la reconstitution des stocks européens avant l’hiver 2026-2027. Si les tensions géopolitiques ne se dissipent pas, les injections de stocks risquent de maintenir une pression haussière sur le TTF, limitant le potentiel de baisse des prix repères à l’automne. À plus long terme, l’interdiction prévue des dernières importations de gaz russe dans l’Union européenne début 2027 constitue un facteur structurel d’incertitude supplémentaire.

Face à cette instabilité chronique des prix du gaz, les ménages ont tout intérêt à anticiper leur stratégie de long terme. Réduire les besoins en chauffage par l’isolation thermique reste le levier le plus efficace et le plus durable : découvrez nos recommandations dans notre guide complet sur la rénovation énergétique, qui présente l’ensemble des travaux, des aides disponibles et des priorités selon la situation de chaque logement.

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