Depuis le 1er janvier 2026, le diagnostic de performance énergétique (DPE) de millions de logements français a changé de classe — sans que leurs propriétaires n’aient posé le moindre isolant ni remplacé leur chaudière. L’explication tient en une formule : le coefficient de conversion en énergie primaire de l’électricité a été abaissé de 2,3 à 1,9 par un arrêté du 13 août 2025. Résultat : environ 850 000 logements chauffés à l’électricité sortent mécaniquement des catégories F et G, échappant ainsi au statut de « passoire thermique ». Une réforme aux conséquences pratiques majeures pour les propriétaires bailleurs, les candidats à l’achat et les ménages qui se chauffent à l’électricité.
Pourquoi le coefficient 2,3 pénalisait-il les logements à chauffage électrique ?
Pour comprendre la réforme, il faut revenir au fonctionnement du DPE. Le diagnostic ne mesure pas directement les kilowattheures consommés dans le logement : il convertit cette consommation réelle en « énergie primaire », c’est-à-dire l’énergie totale nécessaire pour produire et acheminer l’énergie finale livrée au consommateur. Pour l’électricité, ce coefficient intègre les pertes dans les centrales et le réseau de transport.
Fixé à 2,3 lors de la réforme du DPE en 2021, ce coefficient signifiait qu’un logement consommant 100 kWh d’électricité se voyait attribuer 230 kWh d’énergie primaire dans son calcul. Pour le gaz, le fioul ou le bois, ce coefficient est de 1 : ces énergies étant livrées et consommées directement, aucune perte de transformation n’est comptabilisée. Cette asymétrie pénalisait fortement les logements chauffés à l’électricité, notamment les appartements construits entre les années 1970 et 1990 équipés de radiateurs à effet Joule.
Selon le portail technique du ministère de la Transition écologique rt-re-batiment.developpement-durable.gouv.fr, la nouvelle valeur de 1,9 correspond à la valeur par défaut recommandée par la directive européenne sur la performance énergétique des bâtiments (EPBD). Elle reflète l’amélioration continue du mix électrique français, l’un des plus décarbonés d’Europe, grâce à la montée en puissance des énergies renouvelables et à la reprise de la production nucléaire. En termes concrets, le même logement consommant 100 kWh d’électricité ne se voit plus imputer que 190 kWh d’énergie primaire, soit une réduction de 17 % qui peut suffire à franchir le seuil entre deux classes DPE.
700 000 à 850 000 logements reclassés : qui sont les grands bénéficiaires ?
L’impact de la réforme est hautement concentré sur une catégorie précise de logements. Selon le rapport du Service des données et études statistiques (SDES) du Commissariat général au développement durable, « Le parc de logements par classe de performance énergétique au 1er janvier 2025 » (novembre 2025), les passoires énergétiques chauffées à l’électricité voient leur taux chuter de 10,6 % à 5,8 % — presque une division par deux. C’est là le cœur de la réforme.
En revanche, les logements chauffés au fioul — qui concentrent 41,8 % de passoires — ne bénéficient quasiment pas de la mesure (41,3 % après réforme). La même quasi-indifférence s’observe pour les logements au gaz (9,1 % → 8,7 %) et au bois (10,4 % → 9,4 %). Le tableau est sans appel : la réforme est une mesure ciblée sur le parc électrique, pas une revalorisation générale du DPE.
Au total, le nombre de passoires énergétiques (classes F et G) en résidences principales passe de 3 915 000 à environ 3 221 000, soit une réduction de près de 700 000 unités sur la base du parc existant au 1er janvier 2025. Le chiffre de 850 000 logements souvent cité correspond à l’évaluation ex-ante réalisée lors de l’annonce de la mesure sur la base du parc au 1er janvier 2023 : entre-temps, des rénovations et d’autres ajustements réglementaires ont légèrement réduit le stock de passoires chauffées à l’électricité.
Par profil de logement, les petits appartements de moins de 30 m² sont proportionnellement les plus touchés : leur taux de passoires passe de 19,9 % à 13,8 %. Les appartements chauffés à l’électricité dans des immeubles construits entre 1975 et 1990 en Île-de-France — région où le taux de passoires atteint 17,4 % — constituent le profil type des logements qui bénéficient de la réforme.
Ce qui change concrètement pour propriétaires et bailleurs
Pour les propriétaires, la mise à jour du DPE est gratuite et ne nécessite pas une nouvelle visite d’un diagnostiqueur. D’après le portail Service-Public.gouv.fr, les DPE réalisés avant 2026 restent valables, mais une attestation actualisée peut être téléchargée en ligne via le service ADEME. C’est cette nouvelle attestation qui fait foi pour les transactions immobilières et les mises en location.
Pour les bailleurs, les enjeux sont potentiellement considérables. Le calendrier d’interdiction de location des passoires thermiques est désormais solidement ancré dans le droit : les logements classés G sont interdits à la location depuis le 1er janvier 2025 ; les logements classés F le seront à partir de 2028 ; les logements classés E à partir de 2034. Un propriétaire dont le logement était classé G — un appartement des années 1980 à chauffage électrique en Seine-Saint-Denis, par exemple — et qui se retrouve reclassé en F voire en E grâce au nouveau coefficient, échappe à une contrainte légale immédiate. Les estimations du SDES chiffrent à environ 276 000 locataires du parc privé ceux qui profitent indirectement de ce report d’obligation.
Du côté des aides à la rénovation énergétique, la réforme crée une nuance importante. Le dispositif MaPrimeRénov’ parcours accompagné, dédié aux rénovations globales avec gain d’au moins deux classes, est réservé aux logements classés E, F ou G. Un logement qui passe de F à E grâce au seul coefficient — sans travaux — sort de l’éligibilité à ce parcours. À l’inverse, les propriétaires qui conservent une classe F ou G malgré le nouveau coefficient voient leur intérêt à engager des travaux renforcé par les échéances réglementaires à venir.
Les pompes à chaleur, grandes gagnantes du nouveau coefficient
La réforme profite tout particulièrement aux logements équipés de pompes à chaleur. Une PAC air/eau moderne affiche un coefficient de performance (COP) moyen de 3 à 4, ce qui signifie qu’elle consomme trois à quatre fois moins d’électricité qu’elle ne produit de chaleur. Avec le coefficient 2,3, une PAC consommant 3 000 kWh électriques pour chauffer un logement se voyait attribuer 6 900 kWh d’énergie primaire dans le DPE. Avec le nouveau coefficient de 1,9, ces mêmes 3 000 kWh ne génèrent plus que 5 700 kWh d’énergie primaire — une réduction de 17 % qui peut suffire à franchir le seuil entre deux classes DPE.
Un logement récemment équipé d’une PAC en remplacement d’une chaudière au fioul, mais qui restait classé E ou F à cause de l’ancienne formule, peut désormais atteindre la classe D. Pour les propriétaires ayant investi dans une pompe à chaleur ces dernières années, la démarche est simple : mettre à jour son DPE en ligne dès maintenant pour bénéficier d’une étiquette réactualisée dans ses annonces et transactions.
Cette double valorisation — électricité mieux coefficientée, COP de la PAC préservé — renforce l’argument technique en faveur des systèmes à pompe à chaleur dans une stratégie globale d’isolation thermique et de décarbonation du chauffage. Rappelons que depuis le 1er mars 2026, l’installation d’une PAC dont l’unité extérieure n’est pas visible de la rue ne nécessite plus de déclaration préalable en mairie, simplifiant encore davantage le passage à cette technologie.
Un ajustement légitime aux effets ambigus
La modification du coefficient répond à une demande légitime de mise à jour scientifique. Le mix électrique français a sensiblement évolué depuis 2021 : la montée en puissance du solaire et de l’éolien, combinée à la reprise de la production nucléaire, a amélioré la performance environnementale du kWh électrique. Aligner le coefficient de calcul du DPE sur la valeur recommandée par la directive européenne EPBD — 1,9 — permet de refléter plus fidèlement la réalité d’un mix parmi les plus bas en intensité carbone d’Europe.
Mais la mesure suscite aussi des critiques légitimes. Des associations de locataires soulignent qu’elle réduit la pression sur les propriétaires bailleurs de logements mal isolés, en leur permettant de contourner les obligations légales sans engager de travaux. Un appartement reclassé de G à F ne consomme pas un kWh de moins, ne bénéficie pas d’un meilleur confort thermique en hiver ou en été : seule son étiquette administrative change. La question est posée avec acuité dans les milieux spécialisés : faut-il valoriser l’électricité décarbonée dans le DPE au risque de masquer l’inconfort réel des logements anciens ?
Une prochaine révision de la méthode DPE est d’ores et déjà envisagée pour mieux intégrer la notion de confort d’été, de qualité de l’air intérieur et d’isolation réelle de l’enveloppe. En attendant, les propriétaires de logements chauffés à l’électricité ont tout intérêt à actualiser leur DPE gratuitement en ligne, tandis que ceux dont le logement resterait classé F ou G malgré la réforme n’ont plus d’autre choix que de planifier des travaux : les échéances réglementaires 2028 et 2034 avancent inexorablement, et le coût de l’énergie ne plaidera pas en faveur de l’immobilisme.
Cette évolution du DPE s’inscrit dans un mouvement plus large de simplification réglementaire : le décret RE2020 n°2026-200 du 18 mars 2026 introduit notamment un régime allégé pour les surélévations de moins de 150 m² et assouplit les seuils carbone des immeubles de grande hauteur, avec une entrée en vigueur au 1er juillet 2026.
Ce reclassement a une implication pratique immédiate pour les vendeurs : si votre logement passe de E à D grâce au nouveau coefficient, vous n’êtes plus soumis à l’audit énergétique obligatoire lors de la vente — un document dont le coût atteint 800 à 2 000 €.

