Depuis le 28 février 2026, l’opération militaire américano-israélienne contre l’Iran a déclenché le plus grave choc énergétique mondial depuis les années 1970. Le baril de Brent a franchi les 120 dollars, le détroit d’Ormuz est quasi paralysé, et les répercussions se font sentir de l’Asie à l’Europe. Point complet sur la situation, les pays déjà durement touchés et les scénarios à envisager pour les mois à venir.
L’opération « Epic Fury » : rappel des faits
Le 28 février 2026, les États-Unis et Israël ont lancé des frappes aériennes coordonnées sur de multiples sites en Iran, dans le cadre de l’opération baptisée « Epic Fury ». L’offensive a visé des installations nucléaires, des bases militaires et des centres de commandement, entraînant la mort du Guide suprême Ali Khamenei et de plusieurs hauts responsables iraniens.
En représailles, Téhéran a riposté par des tirs de missiles et de drones contre des cibles américaines et israéliennes, ainsi que contre des États du Golfe abritant des bases américaines. L’Iran a surtout activé son levier stratégique majeur : la fermeture du détroit d’Ormuz aux navires considérés comme « hostiles » à partir du 4 mars.
Quatre semaines après le début des hostilités, le conflit se poursuit avec une intensité variable. Des négociations indirectes ont lieu, mais aucun cessez-le-feu n’a été conclu à ce jour (source : NPR).
De 70 à 120 dollars : l’envolée du baril de pétrole
Avant le déclenchement du conflit, le Brent s’échangeait autour de 70-71 dollars le baril. La suite a été vertigineuse :
| Date | Événement | Brent ($/baril) |
|---|---|---|
| 27 février | Veille de l’offensive | 71,32 $ |
| 2 mars | Premières frappes, marchés en panique | 82 $ (+13 %) |
| 8 mars | Fermeture d’Ormuz confirmée | 100 $ (seuil franchi) |
| 10-12 mars | Pic de tension, frappe sur Ras Laffan (Qatar) | 120-126 $ (pic) |
| 25 mars | Réouverture partielle d’Ormuz, déclaration Trump | ~95-100 $ |
| 27 mars | Situation actuelle | ~110 $ |
Malgré le déblocage sans précédent de 400 millions de barils issus des réserves stratégiques mondiales (dont 172 millions par les États-Unis seuls, soit 40 % de leurs réserves), les prix restent très au-dessus des niveaux d’avant-crise. Le cabinet Rystad Energy estime que le baril fluctue entre 80 et 120 dollars avec une forte volatilité quotidienne (source : CSIS).
Le détroit d’Ormuz : verrou stratégique de l’énergie mondiale
Le détroit d’Ormuz est au cœur de cette crise. Ce goulet de 34 km de large concentre :
- 20 millions de barils de pétrole par jour — soit environ 20 % de la consommation mondiale
- 20 % du commerce mondial de GNL (gaz naturel liquéfié), notamment les exportations qataries
- Les exportations de l’Arabie saoudite, des Émirats, de l’Irak, du Koweït et du Qatar
L’Agence internationale de l’énergie (AIE) a estimé que la guerre a retranché environ 8 millions de barils/jour de l’offre mondiale en mars — la plus importante perturbation de l’approvisionnement de l’histoire du marché pétrolier. Son directeur a qualifié la situation de « plus grand défi de sécurité énergétique mondiale de l’histoire » (source : AIE — Oil Market Report Mars 2026).
Les routes alternatives (oléoducs saoudiens et irakiens contournant Ormuz) n’offrent qu’une capacité de 3,5 à 5,5 millions de barils/jour — très insuffisante pour compenser la perte.
L’Asie en première ligne : des pays déjà durement touchés
L’Asie absorbe la majeure partie des exportations transitant par Ormuz : 75 % du pétrole et 59 % du GNL de la région sont destinés à la Chine, l’Inde, le Japon et la Corée du Sud. Les impacts sont déjà considérables.
Inde : état d’urgence énergétique
L’Inde importe 90 % de son pétrole brut et la moitié de son gaz naturel. Troisième importateur mondial, le pays a dû :
- Invoquer ses pouvoirs d’urgence pour rediriger le GPL des industriels vers les ménages
- Obtenir une dérogation américaine de 30 jours (6 mars) pour acheter du pétrole russe bloqué
- Faire face à des manifestations nationales contre la hausse des carburants
L’indice boursier Nifty50 a chuté de 7 % depuis le 28 février (source : Council on Foreign Relations).
Japon : 90 % de dépendance au Moyen-Orient
Le Japon dépend du Moyen-Orient pour 90 % de ses importations de pétrole brut, la quasi-totalité transitant par Ormuz. Tokyo a commencé à puiser dans ses réserves nationales. Le Nikkei 225 a reculé de 11 % depuis le début de la crise.
Chine : mieux préparée, mais pas à l’abri
Pékin avait anticipé en constituant 1,4 milliard de barils de réserves stratégiques. L’Iran aurait par ailleurs autorisé le passage de navires chinois dans le détroit. Cependant, les économistes estiment que la croissance chinoise pourrait tomber sous les 3 % si le conflit se prolonge plusieurs mois.
Philippines : première déclaration d’urgence
Les Philippines sont devenues le premier pays à déclarer l’état d’urgence énergétique national, illustrant la vulnérabilité des économies asiatiques importatrices (source : TIME).
Europe : le spectre de la crise de 2022
L’Europe est confrontée à un double choc : la hausse du pétrole et la tension sur le GNL, dans un contexte de stocks de gaz historiquement bas.
Des réserves de gaz dangereusement faibles
| Année | Stocks de gaz fin février (bcm) |
|---|---|
| 2024 | 77 bcm |
| 2025 | 60 bcm |
| 2026 | 46 bcm |
Or, la réglementation européenne impose un remplissage à 90 % d’ici décembre, soit une injection de près de 60 milliards de m³. Mission quasi impossible si les flux de GNL qatari restent perturbés — le Qatar ayant déclaré un cas de force majeure à Ras Laffan après la frappe iranienne du 2 mars, qui a neutralisé 17 % de sa capacité d’export, possiblement pour cinq ans.
Envolée des prix du gaz
Le benchmark européen TTF a quasi doublé, dépassant les 60 €/MWh mi-mars. Selon l’analyste Montel Analytics, les prix pourraient atteindre 155 €/MWh — soit un triplement — si les exportations qataries sont interrompues pendant trois mois (source : Bruegel).
Conséquences économiques
- La BCE a reporté ses baisses de taux prévues le 19 mars, relevant ses prévisions d’inflation
- Le diesel en Europe atteint 2 €/litre en moyenne (+20 % depuis le début du conflit)
- Les industriels (chimie, acier) imposent des surcharges allant jusqu’à 30 % pour répercuter les coûts
- L’UE a demandé à ses membres de commencer dès maintenant le stockage hivernal
Les analystes estiment toutefois qu’un choc identique à 2022 pourrait être évité grâce à une plus grande diversification énergétique et des fondamentaux macroéconomiques différents (source : Atlantic Council).
France : hausse à la pompe et mesures d’urgence
En France, l’impact se mesure directement au portefeuille des automobilistes :
| Carburant | 27 février | 13 mars | Hausse |
|---|---|---|---|
| SP95-E10 | 1,708 €/l | 1,865 €/l | +15,7 ct |
| Gazole | 1,844 €/l | 2,017 €/l | +17,3 ct |
Sur les autoroutes, certaines stations affichent déjà 2,50 €/l pour le gazole.
Les réponses du gouvernement et du marché
- TotalEnergies maintient son gel des prix : 1,99 €/l (essence) et 2,09 €/l (gazole) dans ses stations
- Leclerc a annoncé une baisse immédiate de 30 centimes/litre
- Le gouvernement a débloqué 70 millions d’euros de mesures ciblées : aide aux pêcheurs (5 M€), transporteurs (50 M€), suppression des droits d’accise sur le GNR agricole en avril (14 M€)
L’opposition propose des mesures plus radicales : gel des prix à la pompe (LFI) ou passage de la TVA de 20 % à 5,5 % sur les carburants (RN) — (source : France Info).
Trois scénarios pour les mois à venir
Plusieurs instituts (CSIS, Allianz, Continuum Economics, AIE) ont modélisé l’évolution possible des prix selon la durée et l’intensité du conflit.
| Scénario | Hypothèse | Brent estimé | Impact économique |
|---|---|---|---|
| 🟢 Désescalade rapide (4-8 semaines) | Cessez-le-feu, réouverture d’Ormuz | 65-85 $ d’ici fin 2026 | Choc temporaire, inflation modérée, reprise rapide |
| 🟡 Conflit prolongé (2-6 mois) | Hostilités continues, Ormuz partiellement ouvert | 100-120 $ au T2, retour à 70-80 $ fin 2026 | Récession technique en Europe et Asie, inflation persistante |
| 🔴 Escalade majeure (invasion terrestre + Ormuz fermé) | Frappes sur Kharg Island, guerre terrestre | 130-180 $ au pic | Récession mondiale, crise comparable à 1973-1979 |
Facteurs à surveiller :
- L’évolution du trafic dans le détroit d’Ormuz (réouverture partielle en cours)
- L’état des installations de Ras Laffan au Qatar (GNL)
- Les décisions de l’OPEP+ sur les quotas de production
- La capacité des États-Unis à augmenter leur production de schiste (actuellement 13,6 Mb/j)
- Les négociations diplomatiques en cours
Sources : CSIS, Allianz Research.
Quelles leçons pour la transition énergétique ?
Ce nouveau choc pétrolier démontre une fois de plus la vulnérabilité structurelle des économies dépendantes des énergies fossiles importées. Mais il agit aussi comme un puissant accélérateur de la transition.
Le solaire et l’éolien, déjà majoritaires dans l’électricité européenne
En 2025, le solaire et l’éolien ont produit 30 % de l’électricité européenne, dépassant pour la première fois l’ensemble des énergies fossiles réunies (29 %). Contrairement à 2022, la tension actuelle porte davantage sur les carburants et le gaz que sur l’électricité — preuve que la diversification fonctionne.
Des solutions concrètes pour les particuliers
Pour les ménages français, ce contexte renforce l’intérêt des solutions d’indépendance énergétique :
- Panneaux solaires en autoconsommation : produire sa propre électricité pour se prémunir contre la hausse des prix
- Pompe à chaleur : se libérer du chauffage au fioul ou au gaz, avec des aides cumulées MaPrimeRénov’ + CEE pouvant atteindre 10 800 € en 2026
- Isolation thermique : réduire drastiquement les besoins de chauffage
- Suivi du prix de l’énergie : comprendre les mécanismes qui déterminent votre facture
Comme le résume le think tank Bruegel : « plutôt que de freiner la transition bas carbone, ces tensions montrent que le déploiement d’énergies propres produites localement doit être accéléré ».
Ce que nous enseigne la crise
La leçon d’Ormuz rejoint celle de 2022 avec l’Ukraine : chaque kilowattheure produit localement — solaire, éolien, géothermie — est un kilowattheure qui échappe aux crises géopolitiques. Pour les ménages comme pour les entreprises, investir dans la sobriété et les renouvelables n’est plus seulement un geste environnemental, c’est une stratégie de résilience économique.
Sources principales : AIE · CSIS · Bruegel · Council on Foreign Relations · Atlantic Council · World Economic Forum · France Info

