307 731 logements aidés en 2025, mais une filière à genoux. Après trois suspensions successives, des milliers d’artisans au bord de la faillite et 65 000 emplois perdus en deux ans, MaPrimeRénov’ a rouvert ses portes le 23 février 2026. Avec un budget de 3,6 milliards d’euros et des règles désormais ultra-ciblées, le dispositif phare de la rénovation énergétique cherche à retrouver sa crédibilité — sans avoir effacé les cicatrices d’une gestion que les professionnels qualifient d’« ubuesque ».
Bilan 2025 : une « dynamique cassée » selon les professionnels
Les chiffres de l’ANAH (Agence nationale de l’habitat) sont sans appel : 307 731 logements ont bénéficié de MaPrimeRénov’ en 2025, soit une baisse de 11 % par rapport à 2024. Pourtant, paradoxe comptable, le montant total versé a lui progressé de 16 %, atteignant 3,81 milliards d’euros. Explication : les rénovations financées sont devenues plus lourdes — isolation globale, remplacement de système de chauffage complet, rénovation d’ampleur —, donc plus coûteuses à l’unité, tandis que les « petits gestes » ont été progressivement exclus depuis la réforme de janvier 2024.
Cette évolution masque une réalité de terrain bien plus sombre. Après la réouverture du guichet le 30 septembre 2025 avec des règles inéditement restrictives, le nombre de dossiers déposés s’est effondré : de 10 000 dossiers mensuels à moins de 5 000, soit une chute de 65 %. Pour Olivier Salleron, président de la Fédération Française du Bâtiment (FFB), le constat est amer : « MaPrimeRénov’ a été détricotée et essorée de tous les gestes simples, au point que de nombreux clients ne savent même pas que ça existe encore. »
Du côté des artisans, Jean-Christophe Repon, président de la CAPEB (Confédération de l’artisanat et des petites entreprises du bâtiment), ne mâche pas ses mots : « Les politiques de stop and go ont détruit la visibilité, freiné l’investissement et fragilisé l’emploi. La gestion de MaPrimeRénov’ est ubuesque et chaotique. » Une critique qui pointe directement vers les à-coups législatifs et budgétaires qui ont caractérisé l’année 2025 — et le début 2026.
Les trois suspensions qui ont paralysé le marché
Pour comprendre la défiance actuelle des ménages et des professionnels, il faut retracer la chronologie des interruptions successives du dispositif. En l’espace de moins de douze mois, MaPrimeRénov’ a connu trois suspensions qui ont laissé des milliers de dossiers en suspens et des chantiers à l’arrêt.
| Date | Événement | Impact |
|---|---|---|
| Janvier 2024 | Réforme majeure : suppression des gestes simples, recentrage sur la rénovation d’ampleur | Chute immédiate des dossiers, artisans RGE désorientés |
| Mai – septembre 2025 | Suspension du guichet pour lutte contre la fraude | 174 M€ de fraudes détectées ; 5 mois d’arrêt total des dépôts |
| 30 septembre 2025 | Réouverture avec nouvelles règles très restrictives (DPE E/F/G, revenus très modestes uniquement) | Effondrement de 65 % des dossiers mensuels (10 000 → moins de 5 000) |
| 1er janvier 2026 | Nouvelle suspension : loi de finances non votée à temps | Gel total du dispositif, paralysie des chantiers engagés |
| 2 février 2026 | Budget adopté via article 49.3 | Déblocage administratif |
| 23 février 2026 | Réouverture avec règles 2026 et budget 3,6 Md€ | Reprise progressive, 270 000 opérations ciblées |
La suspension de mai à septembre 2025 mérite une attention particulière. Officiellement justifiée par la détection de 174 millions d’euros de fraudes — un montant colossal qui a choqué l’opinion —, cette interruption a plongé dans l’incertitude des dizaines de milliers de ménages ayant déjà signé des devis. Selon le ministère de la Transition écologique, des contrôles renforcés ont été mis en place dès la réouverture pour éviter toute récidive.
Les nouvelles règles 2026 : plus ciblées, plus complexes
Depuis le 23 février 2026, MaPrimeRénov’ fonctionne avec un cahier des charges revu de fond en comble. L’objectif affiché par le gouvernement : concentrer les aides publiques là où elles ont le plus d’impact — sur les logements les plus énergivores et les ménages les plus vulnérables. Mais cette logique de ciblage a un revers : elle exclut désormais une grande partie des propriétaires qui avaient pu bénéficier du dispositif dans ses versions antérieures.
Les conditions cumulatives à remplir en 2026 sont les suivantes :
- DPE obligatoirement classé E, F ou G : les logements classés A à D sont désormais exclus du dispositif, quelle que soit la nature des travaux envisagés.
- Revenus très modestes ou modestes uniquement : les ménages aux revenus intermédiaires ou supérieurs ne peuvent plus prétendre aux aides MaPrimeRénov’ pour les rénovations d’ampleur.
- Rénovations d’ampleur prioritaires : isolation thermique globale, changement de système de chauffage (pompe à chaleur, poêle à granulés), ventilation double flux. Les gestes isolés ne sont plus éligibles dans la grande majorité des cas.
- Accompagnement MAR obligatoire : le recours à un accompagnateur Rénov’ certifié est désormais imposé pour tout dossier de rénovation d’ampleur, ce qui alourdit les démarches et les délais.
Le budget 2026 est fixé à 3,6 milliards d’euros pour MaPrimeRénov’, auxquels s’ajoutent 500 millions d’euros issus des Certificats d’Économies d’Énergie (CEE). L’ANAH vise 270 000 opérations financées sur l’année. Vincent Jeanbrun, ministre délégué au Logement, avait prévenu dès décembre 2025 : « MaPrimeRénov’ devra probablement poursuivre en 2026 avec des critères recentrés sur des foyers très modestes et modestes. »
Pour les ménages concernés, les montants d’aide restent substantiels. À titre d’exemple, un foyer à revenus très modestes peut obtenir jusqu’à 90 % du montant des travaux financé pour une rénovation globale portant son logement de la classe G à la classe C ou mieux. Consultez notre guide complet sur la rénovation énergétique 2026 pour connaître les barèmes détaillés selon votre situation.
65 000 emplois perdus : la filière saigne
Derrière les statistiques budgétaires se cachent des drames humains. La CAPEB estime que 21 000 emplois ont été détruits dans l’artisanat du bâtiment au cours de la seule année 2025, portant le total à 65 000 suppressions de postes sur deux ans — depuis la réforme de janvier 2024. Des chiffres qui font de MaPrimeRénov’ l’un des facteurs les plus dévastateurs pour la filière depuis la crise financière de 2008.
Les accompagnateurs Rénov’ (MAR) — professionnels du conseil en rénovation énergétique créés par la réforme pour sécuriser les dossiers — sont eux aussi en grande difficulté. Camille Thomas, représentante d’une association de MAR, tire la sonnette d’alarme : « Si le marché ne reprend pas très tôt… ça va être la catastrophe. » Elle recense 1 500 emplois menacés dans ce secteur naissant et une chute de -90 % de nouveaux prospects depuis les restrictions de septembre 2025.
Le paradoxe est cruel : les MAR ont été rendus obligatoires précisément pour améliorer la qualité des dossiers et réduire la fraude. Mais leur modèle économique dépend directement du volume de rénovations financées — or ce volume s’est effondré au moment même où leur rôle devenait obligatoire. Selon une note de l’ANAH, plus de 2 500 structures MAR ont été agréées en France, dont une large majorité peine aujourd’hui à trouver suffisamment de clients.
Au-delà des MAR, ce sont toutes les entreprises RGE (Reconnues Garantes de l’Environnement) qui subissent le choc. Plombiers-chauffagistes, couvreurs-zingueurs, spécialistes de l’isolation : les carnets de commandes se sont vidés en quelques mois. Plusieurs grandes enseignes ont annoncé des plans de réduction d’effectifs, tandis que de nombreuses TPE ont purement et simplement fermé.
4,8 millions de passoires thermiques : l’urgence européenne
L’enjeu dépasse largement les tribulations administratives de MaPrimeRénov’. La France compte encore 4,8 millions de logements classés F ou G au DPE — les fameuses « passoires thermiques » qui représentent 17 % du parc résidentiel. Ces logements cumulent des factures énergétiques insupportables pour leurs occupants et des émissions de CO₂ incompatibles avec les objectifs climatiques nationaux et européens.
La directive européenne EPBD (Energy Performance of Buildings Directive), révisée en 2024, impose à la France de réduire la consommation énergétique du secteur résidentiel de -16 % d’ici 2030 et de -20 à -22 % d’ici 2035. Des objectifs qui nécessitent une cadence de rénovation bien supérieure à ce que le marché actuel est capable d’absorber.
Pour rénover les 4,8 millions de passoires au rythme actuel du dispositif (270 000 opérations ciblées en 2026), il faudrait plus de 17 ans — sans compter les nouveaux logements qui se dégraderont d’ici là. Le Haut Conseil pour le Climat avait déjà alerté en 2024 sur l’insuffisance du rythme de rénovation pour atteindre la neutralité carbone en 2050.
Face à cette urgence, les acteurs de la filière appellent à une stabilisation pluriannuelle des aides. « Il faut un contrat de 5 ans minimum avec des règles lisibles », résume Jean-Christophe Repon de la CAPEB. Une vision partagée par les associations de consommateurs et les organismes de logement social, qui soulignent que l’instabilité du dispositif décourage les ménages les plus modestes — pourtant les premiers visés — de s’engager dans des projets de rénovation lourds. Pour explorer toutes vos options de financement, retrouvez toutes les aides pour financer votre rénovation sur notre site.
Questions fréquentes sur MaPrimeRénov’ 2026
Qui peut bénéficier de MaPrimeRénov’ en 2026 ?
Depuis le 23 février 2026, MaPrimeRénov’ est réservée aux propriétaires occupants ou bailleurs dont le logement est classé E, F ou G au DPE et dont les revenus s’inscrivent dans les tranches très modestes ou modestes selon les barèmes ANAH (plafonds révisés chaque année selon la composition du foyer et la zone géographique). Les propriétaires de logements classés A à D, ainsi que les ménages aux revenus intermédiaires et supérieurs, sont exclus du dispositif en 2026. Les copropriétés disposent d’un volet spécifique sous conditions.
Quels sont les montants d’aide disponibles en 2026 ?
Les montants varient selon le type de travaux, la classe DPE initiale du logement et le niveau de revenus du foyer. Pour une rénovation d’ampleur permettant un gain d’au moins deux classes DPE, un ménage à revenus très modestes peut obtenir jusqu’à 70 % des travaux financés, avec un plafond de dépenses éligibles de 70 000 € (soit jusqu’à 49 000 € d’aide maximum). Pour les ménages modestes, le taux descend à 50 %. Des bonifications existent pour les logements G rénovés jusqu’en classe A ou B. Ces montants sont cumulables avec les CEE (Certificats d’Économies d’Énergie) et l’éco-PTZ.
Comment déposer une demande MaPrimeRénov’ en 2026 ?
La demande s’effectue exclusivement en ligne sur maprimerenov.gouv.fr. La première étape consiste à créer un compte France Connect, puis à faire évaluer son logement par un accompagnateur Rénov’ (MAR) agréé — désormais obligatoire pour toute rénovation d’ampleur. Le MAR vous aide à constituer le dossier technique, à sélectionner les entreprises RGE et à faire valider le plan de financement avant le début des travaux. Attention : aucun travail ne doit démarrer avant la notification d’accord de l’ANAH, sous peine de perdre l’intégralité de l’aide. Le délai de traitement est actuellement estimé entre 4 et 8 semaines selon les régions.
À cette dynamique des aides s’ajoute un reclassement massif du parc : depuis le 1er janvier 2026, 850 000 logements reclassés par le nouveau DPE (coefficient électricité passant de 2,3 à 1,9) sont sortis du statut de passoire thermique — sans aucuns travaux.
Pour les propriétaires qui envisagent de vendre un logement classé E, F ou G avant de rénover, rappelons que l’audit énergétique réglementaire est obligatoire dès la première visite — et qu’il peut être partiellement financé par MaPrimeRénov’ (300 à 500 € selon les revenus).

