Depuis le 1er janvier 2026, le coefficient de conversion de l’électricité utilisé dans le calcul du DPE est passé de 2,3 à 1,9. Résultat : environ 850 000 logements ont automatiquement changé d’étiquette énergétique — sans qu’un seul artisan ait posé un isolant ou remplacé une chaudière. Trois mois après l’entrée en vigueur, voici ce que la réforme change concrètement pour les propriétaires, les bailleurs et les vendeurs.
Pourquoi le coefficient de l’électricité a-t-il changé ?
Tout part d’un choix méthodologique vieux de plusieurs décennies. Le DPE convertit l’énergie finale consommée (ce que vous payez sur votre facture) en énergie primaire (l’énergie qu’il a fallu extraire et transformer pour produire cette électricité). Un coefficient de conversion de 2,3 signifiait qu’un kWh électrique consommé dans un logement valait 2,3 kWh d’énergie primaire — un chiffre qui remontait à une époque où le réseau électrique européen était plus carboné et les pertes plus importantes.
L’arrêté du 13 août 2025 (publié au JO le 26 août 2025, entré en vigueur le 1er janvier 2026) abaisse ce coefficient à 1,9, alignant la France sur la valeur par défaut définie par la directive européenne sur l’efficacité énergétique. Ce changement acte la réalité du mix électrique français : avec plus de 95 % de production bas-carbone en 2025, l’électricité consommée en France nécessite moins d’énergie primaire que par le passé pour être produite et acheminée.
Pour un logement consommant 100 kWh/m² d’énergie finale électrique, l’énergie primaire calculée passe de 230 kWh/m² (avec le coefficient 2,3) à 190 kWh/m² (avec le coefficient 1,9), soit une baisse de 17 %. C’est cette baisse mécanique qui explique les reclassements d’étiquettes observés depuis janvier 2026.
850 000 logements reclassés : les chiffres officiels
Selon les données officielles du ministère de la Transition Écologique et de l’économie.gouv.fr, l’impact de la réforme est le suivant :
| Indicateur | Chiffre officiel |
|---|---|
| Logements sortant du statut F/G (passoire) | 850 000 |
| Logements gagnant au moins une classe DPE | 7 millions (23 % du parc de résidences principales) |
| Part des logements améliorés chauffés à l’électricité | 91 % |
| Part des logements électriques gagnant au moins une classe | 47 % |
| Total passoires thermiques F/G en France | 4,8 millions de résidences principales |
Les 850 000 logements reclassés représentent environ 18 % des 4,8 millions de passoires thermiques identifiées par l’ADEME (base au 1er janvier 2023). Les logements chauffés à l’électricité sont quasiment les seuls concernés : le coefficient de l’électricité a changé, pas ceux du gaz (1,0) ou du fioul (1,0), qui restent inchangés.
Exemples concrets de reclassements
Pour illustrer l’effet réel de la réforme, voici des exemples typiques de reclassements observés :
- Un studio de 45 m² chauffé à l’électricité consommant 5 300 kWh/an : sous l’ancien coefficient, son DPE affichait 276 kWh/m² d’énergie primaire (classe E). Avec le coefficient 1,9, il descend à 224 kWh/m² d’énergie primaire — et passe en classe D
- Un appartement de 70 m² mal isolé mais chauffé à l’électricité, classé F sous l’ancien calcul, peut gagner une ou deux lettres et sortir de la catégorie des passoires — évitant l’interdiction de mise en location en vigueur pour les logements G depuis le 1er janvier 2025
- Un logement G passant en F gagne deux ans de sursis avant l’interdiction locative (la classe F sera interdite à la location à partir du 1er janvier 2028)
Il est important de souligner que ce reclassement ne reflète pas une amélioration réelle des performances thermiques du logement : l’isolation, la qualité du bâti et la consommation réelle sont identiques. Seule la méthode de comptabilisation a changé. Pour les propriétaires souhaitant véritablement améliorer leur logement, la rénovation énergétique reste indispensable.
Comment obtenir gratuitement son DPE mis à jour ?
L’ADEME a mis en place un service de mise à jour gratuite des DPE existants, disponible sur le site de l’Observatoire DPE-Audit. La procédure prend 3 à 7 minutes et ne nécessite pas de nouvelle visite d’un diagnostiqueur.
Les conditions d’éligibilité :
- Avoir un DPE valide émis entre le 1er juillet 2021 et le 31 décembre 2025 (identifiable par son numéro ADEME à 13 caractères, en première page du rapport)
- Les DPE antérieurs à juillet 2021 sont expirés depuis 2024-2025 et nécessitent un nouveau diagnostic complet
- Les DPE émis à partir du 1er janvier 2026 intègrent déjà automatiquement le coefficient 1,9
Le résultat est une attestation officielle téléchargeable, valable jusqu’à la date d’expiration du DPE d’origine. Elle peut être utilisée indifféremment pour une annonce immobilière de vente ou de location, et remplace à cet égard l’ancien DPE.
Impact pour les bailleurs : délais et obligations
Le calendrier des interdictions de mise en location (loi Climat et Résilience) reste inchangé par la réforme, mais les reclassements peuvent modifier la situation de nombreux propriétaires bailleurs :
| Classe DPE | Interdiction de mise en location |
|---|---|
| G | Depuis le 1er janvier 2025 (nouveaux contrats, renouvellements) |
| F | À partir du 1er janvier 2028 |
| E | À partir du 1er janvier 2034 |
Environ 50 000 logements classés G sous l’ancien calcul basculent en classe F avec le nouveau coefficient : leurs propriétaires bailleurs disposent désormais d’un délai supplémentaire de deux ans (jusqu’au 1er janvier 2028) pour engager des travaux, par rapport à l’échéance qu’ils auraient dû respecter immédiatement. Cette fenêtre doit être mise à profit pour lancer une rénovation thermique durable plutôt que de simplement reporter l’obligation.
Pour les bailleurs, l’articulation entre ce nouveau DPE et les aides disponibles est aussi à reconsidérer. Le guichet MaPrimeRénov’ a rouvert le 23 février 2026 pour l’ensemble des ménages et des parcours après les turbulences budgétaires de fin 2025.
Impact pour les vendeurs : décote ou plus-value ?
La valeur immobilière est directement liée à l’étiquette énergétique du bien. Selon les données des Notaires de France, un bien classé G se vend en moyenne 17 % moins cher qu’un bien équivalent classé D. Un logement classé F subit une décote de 15 à 20 %. Pour un appartement de 70 m² en zone tendue, passer de F à D grâce au reclassement peut représenter un gain de valeur de 10 000 à 20 000 euros lors de la revente — voir nos calculs détaillés sur l’impact du DPE sur le prix de vente.
Ce gain de valeur soulève toutefois une question de fond : le reclassement ne correspond à aucune amélioration réelle du confort thermique ou de la facture énergétique. Il convient d’en informer les acheteurs potentiels avec transparence, et d’orienter les vendeurs vers des travaux réels si le logement présente encore des défauts d’isolation importants. Le décret du 18 mars 2026 sur la RE2020 renforce d’ailleurs les exigences pour les constructions neuves à partir du 1er juillet 2026.
Perspectives : vers une refonte plus profonde du DPE ?
La réforme du coefficient électricité n’est qu’une étape. Le DPE dans sa forme actuelle fait l’objet de critiques structurelles de la part des professionnels de l’immobilier et du bâtiment : fiabilité des calculs, écarts entre DPE estimés et consommations réelles, difficultés pour les petits logements et les logements anciens. Des travaux sont en cours au niveau gouvernemental pour envisager une refonte plus profonde à l’horizon 2027-2028.
Pour les propriétaires qui souhaitent améliorer durablement leur logement — et pas seulement bénéficier d’un effet d’aubaine réglementaire —, notre guide complet de la rénovation énergétique présente les travaux les plus efficaces et les aides disponibles en 2026, en commençant par l’isolation et le remplacement du système de chauffage.
Si l’étiquette énergie d’un logement conditionne ses obligations réglementaires, l’empreinte carbone de ses matériaux devient le second front de la transition bas-carbone du bâtiment. L’ADEME a publié le 31 mars 2026 les trajectoires pour le ciment, l’acier et le verre : un enjeu direct pour les indicateurs RE2020 et l’empreinte intrinsèque des rénovations.
Mon DPE a été réalisé en 2023. Dois-je en refaire un nouveau ou puis-je utiliser la mise à jour gratuite ADEME ?
Si votre DPE a été réalisé entre le 1er juillet 2021 et le 31 décembre 2025, vous pouvez bénéficier de la mise à jour gratuite via le site de l’Observatoire DPE-Audit de l’ADEME (observatoire-dpe-audit.ademe.fr). Munissez-vous du numéro ADEME à 13 caractères figurant en première page de votre rapport de DPE. La mise à jour est instantanée et produit une attestation officielle téléchargeable, sans nouvelle visite d’un diagnostiqueur.
Mon logement chauffé à l’électricité mais classé D ou E est-il concerné par la réforme ?
Oui, si votre logement est chauffé à l’électricité. La réforme fait baisser l’énergie primaire calculée de 17 %, ce qui peut faire basculer un logement de classe D vers C, ou de E vers D — détails dans notre guide complet du nouveau DPE 2026. En revanche, si votre logement est chauffé au gaz ou au fioul, il n’est pas affecté par le changement du coefficient électrique, qui ne concerne que les logements consommant de l’électricité pour le chauffage.
Le reclassement DPE signifie-t-il que mon logement consomme vraiment moins ?
Non. Le reclassement ne correspond à aucune amélioration réelle : ni isolation, ni système de chauffage, ni fenêtres n’ont changé. C’est la méthode de comptage de l’énergie primaire qui a évolué. Votre confort thermique, votre facture d’énergie et les déperditions de chaleur réelles sont strictement identiques. Pour une amélioration tangible, seule une rénovation énergétique effective (isolation, ventilation, chauffage) produit des résultats concrets.

