La Commission de Régulation de l’Énergie (CRE) a publié le 8 avril 2026 le nouveau prix repère du gaz naturel pour mai 2026 : +15,4 % TTC, portant le prix de référence de 139,12 €/MWh à 160,54 €/MWh. Cause directe : les tensions géopolitiques au Moyen-Orient et le blocage partiel du détroit d’Ormuz. Pour les 7,5 millions de foyers chauffés au gaz en offre indexée, la facture annuelle augmente de 240 € à 536 € selon la consommation.
Une hausse officialisée par la CRE au 1er mai 2026
Chaque mois, la CRE publie son prix repère de vente du gaz naturel, référence servant de base à la facturation des offres indexées sur le marché de gros. Pour mai 2026, ce prix s’établit à 160,54 €/MWh TTC (soit 0,16054 €/kWh), contre 139,12 €/MWh en avril. La hausse est de +21,42 €/MWh TTC, soit +15,4 % — la plus forte hausse mensuelle depuis la fin du bouclier tarifaire gaz en juin 2023.
Pour le profil de référence chauffage (15 100 kWh/an), le prix au kWh passe de 0,10415 €/kWh à 0,12558 €/kWh TTC, soit une hausse de +20,6 % sur ce segment. Ces données sont publiées par la CRE sur sa page dédiée aux prix repères.
Crise du détroit d’Ormuz : l’origine géopolitique de la flambée
La hausse du prix du gaz en France est directement liée aux tensions au Moyen-Orient. Le détroit d’Ormuz constitue un verrou stratégique mondial : 20 % des exportations mondiales de gaz naturel liquéfié (GNL) et 25 % de la production pétrolière mondiale y transitent. Des perturbations dans cette région ont réduit mécaniquement l’offre disponible sur les marchés européens.
Le prix du gaz de référence européen, le TTF néerlandais, a bondi de 32 €/MWh fin février à un pic de 68 €/MWh en mars avant de se stabiliser autour de 52 €/MWh début avril — niveau encore 63 % supérieur à son point de départ. La Direction Générale du Trésor a publié une note conjoncturelle le 8 avril 2026 détaillant les répercussions économiques sur les prix de l’énergie en Europe.
Quel impact sur ma facture de gaz ?
L’impact dépend du volume de gaz consommé et du type de contrat. Seuls les clients en offre indexée (~73 % des abonnés résidentiels) sont concernés par la hausse de mai ; les abonnés en offre à prix fixe sont protégés jusqu’à l’échéance de leur contrat.
| Profil de consommation | Facture annuelle avant (avril 2026) | Facture annuelle après (mai 2026) | Surcoût annuel |
|---|---|---|---|
| Petit consommateur (cuisine + ECS) — 3 000 kWh/an | ~313 €/an | ~377 €/an | +64 €/an |
| Consommateur moyen — 7 500 kWh/an | ~781 €/an | ~942 €/an | +161 €/an |
| Chauffage principal au gaz — 15 100 kWh/an (profil CRE) | ~1 574 €/an | ~1 896 €/an | +322 €/an |
| Fort consommateur (grande maison, ancienne chaudière) — 25 000 kWh/an | ~2 604 €/an | ~3 140 €/an | +536 €/an |
Mise en perspective historique des prix du gaz
Pour mesurer l’ampleur de cette hausse, voici l’évolution du prix du gaz depuis la crise énergétique :
- Avant la crise ukrainienne (2021) : le kWh gaz s’échangeait à 0,05–0,06 €/kWh TTC
- Pic de la crise (mars 2022) : le TTF a atteint 345 €/MWh — le bouclier tarifaire a protégé les ménages français
- Fin du bouclier tarifaire (30 juin 2023) : passage aux offres de marché indexées sur le TTF mensuel
- Janvier 2026 : 124 €/MWh TTC — point bas, signalant un retour à la normale
- Mai 2026 : 160,54 €/MWh TTC — record post-TRVg, lié aux tensions géopolitiques
En dix ans, la facture annuelle de référence a progressé de ~750 € (2016) à ~1 900 € (mai 2026), soit une hausse de +153 %, bien au-delà de l’inflation générale sur la même période. Retrouvez l’ensemble de ces analyses dans notre guide complet sur les prix de l’énergie.
Que faire face à cette hausse ? Quatre leviers d’action
1. Passer à une offre gaz à prix fixe
En période de forte volatilité géopolitique, les contrats à prix fixe offrent une visibilité sur la facture pendant 1 à 3 ans. Le comparateur du Médiateur national de l’énergie permet de comparer les offres du marché en quelques minutes, sans engagement.
2. Réduire sa consommation immédiatement
Baisser la température de consigne de 1 °C génère environ 7 % d’économie sur la facture chauffage. Programmer l’arrêt nocturne, purger les radiateurs et faire entretenir sa chaudière annuellement (obligation légale) permettent d’économiser 15 à 25 % supplémentaires sans investissement lourd.
3. Remplacer sa chaudière par une pompe à chaleur
C’est la solution structurelle : une pompe à chaleur air/eau consomme 3 à 4 fois moins d’énergie finale qu’une chaudière gaz pour le même résultat thermique (COP moyen : 3,5). Avec le différentiel actuel entre gaz et électricité, l’économie de fonctionnement dépasse 1 000 € par an pour un chauffage principal. Les aides MaPrimeRénov’ et CEE peuvent couvrir 40 à 90 % du coût d’installation selon le profil de revenus. Consultez notre guide de la rénovation énergétique pour évaluer cette transition.
4. Vérifier son éligibilité au chèque énergie
Les ménages aux ressources modestes peuvent bénéficier du chèque énergie 2026, élargi à 4,5 millions de foyers pour des montants allant jusqu’à 277 €, distribué automatiquement sans démarche à effectuer.
Perspectives : les prochains mois à surveiller
L’évolution des prix du gaz en France dépendra directement de la situation géopolitique au Moyen-Orient et de la capacité des flux d’exportation GNL à se normaliser. La CRE publie son prix repère chaque mois — la prochaine révision sera publiée début mai 2026 pour application au 1er juin.
À plus long terme, la dépendance européenne aux importations de GNL reste une réalité structurelle. L’électrification des usages thermiques via des pompes à chaleur et le recours aux énergies renouvelables locales constituent les seuls leviers permettant de s’affranchir durablement de cette volatilité. La hausse du marché de l’énergie confirme ce que 556 000 Français ont compris en 2025 en quittant le tarif réglementé : l’arbitrage entre contrats indexés et fixes est plus stratégique que jamais.
Le prix repère CRE est-il obligatoire pour tous les fournisseurs de gaz ?
Non. Le prix repère CRE est une référence indicative publiée mensuellement pour faciliter la comparaison entre offres. Depuis la suppression du tarif réglementé de vente du gaz (TRVg) le 30 juin 2023, aucun fournisseur n’est légalement tenu de s’y aligner. En pratique, les offres indexées de nombreux fournisseurs suivent cette référence, mais les prix exacts varient selon les contrats.
Suis-je concerné si je suis en contrat à prix fixe ?
Non. Si vous avez souscrit une offre gaz à prix fixe, votre tarif est garanti jusqu’à l’échéance prévue, quelle que soit la hausse du marché. Cette protection s’applique même en cas de forte volatilité géopolitique. En revanche, à l’échéance, le renouvellement se fera aux conditions du moment.
Comment limiter l’impact de la hausse sans changer de chaudière ?
Plusieurs actions immédiates : baisser la consigne de 1 °C (-7 % de facture), programmer l’arrêt nocturne ou en journée, purger les radiateurs, faire entretenir sa chaudière annuellement (obligation légale, gain de rendement de 5 à 10 %), et installer des robinets thermostatiques sur chaque radiateur.
Face à la hausse des tarifs du gaz, rappelons qu’un dispositif d’aide immédiate existe pour les ménages modestes : le chèque énergie 2026, désormais élargi à 700 000 foyers supplémentaires, permet de régler ses factures de gaz, électricité, fioul ou bois jusqu’à 277 euros selon les revenus.
À cette hausse du prix de la matière gazière s’ajoute une pression supplémentaire sur les abonnés : la hausse du tarif d’acheminement GRDF de 5,87 % au 1er juillet 2026 (ATRD7), qui alourdit encore davantage la facture du second semestre.

