Le Baromètre 2025 de l’électricité renouvelable en France dresse un tableau en clair-obscur : un record historique de plus de 7 GW raccordés en un an et un parc total atteignant 86 GW, mais une trajectoire vers les 40 % d’énergies renouvelables dans le mix électrique en 2030 qui reste suspendue à la résolution de blocages structurels. Le solaire photovoltaïque tire l’ensemble du secteur, tandis que l’éolien terrestre s’enlise dans un quasi-moratorium réglementaire.
86 GW et 32,5 % du mix : un bilan record, mais insuffisant pour 2030
Publiée en mars 2026, la 16e édition du Baromètre de l’électricité renouvelable — réalisée par Observ’ER en partenariat avec l’ADEME et la FNCCR — s’appuie sur les données du Bilan électrique 2025 de RTE. Les chiffres clés :
- 86 GW de capacité ENR installée fin 2025, soit +7 GW en un an
- 32,5 % de la consommation électrique nationale couverte par les ENR (contre 31,3 % en 2024)
- 547,5 TWh produits en France en 2025, dont 95,2 % d’origine bas carbone (nucléaire + ENR) — un record historique
- Production thermique fossile au plus bas depuis 75 ans : 18,7 TWh seulement
Pour atteindre l’objectif de 40 % d’ENR dans la consommation électrique en 2030 fixé par la Programmation Pluriannuelle de l’Énergie, 7,5 points restent à combler en 4 ans. Cela implique de raccorder 8 à 9 GW supplémentaires chaque année — un rythme atteignable pour le solaire, mais qui nécessite une rupture nette pour l’éolien terrestre.
Solaire photovoltaïque : moteur incontesté avec 5,9 GW raccordés
Le solaire photovoltaïque représente 84 % des nouveaux raccordements de 2025 avec 5,9 GW — record absolu dépassant les 5,2 GW de 2024. Fait historique : avec 30,4 GW installés fin 2025, le solaire dépasse désormais l’hydraulique en puissance installée pour la première fois dans l’histoire énergétique française.
| Filière | Capacité installée fin 2025 | Raccordements 2025 | Production 2025 |
|---|---|---|---|
| Solaire PV | 30,4 GW | 5,9 GW (record) | 32,9 TWh (+46 %) |
| Éolien terrestre | 24,1 GW | ~929 MW | 49,6 TWh |
| Éolien offshore | 2,0 GW | ~500 MW | 11,4 TWh |
| Hydraulique | 25,7 GW | — | 62,4 TWh |
| Biomasse solide + biogaz | ~2,3 GW | — | 9,4 TWh |
La dynamique solaire est portée par le segment 100–500 kWc (entreprises, agriculteurs, collectivités), qui représente 65 % des raccordements avec une hausse de +38 % en 2025. L’autoconsommation individuelle a quadruplé en 3 ans. En revanche, le résidentiel (inférieur à 9 kWc) marque le pas : 929 MW contre 1 080 MW en 2024, après la fin du guichet ouvert à tarif majoré. Notre guide complet sur l’autoconsommation solaire détaille les conditions d’installation en 2026.
Éolien terrestre : un quasi-moratorium incompatible avec les objectifs 2030
Avec seulement 929 MW raccordés, l’éolien terrestre enregistre sa 3e année consécutive de recul. L’objectif PPE3 fixe 31 GW d’ici 2030 — il en manque 6,9 GW à partir des 24,1 GW actuels, ce qui nécessiterait une accélération inédite que les procédures actuelles ne permettent pas. La durée moyenne d’instruction d’un projet éolien terrestre atteint 7 à 10 ans en France.
La circulaire du 26 mars 2026 sur le repowering éolien constitue une réponse partielle : elle simplifie le renouvellement de 2 522 parcs existants arrivant en fin de vie. Une mesure nécessaire mais insuffisante pour combler l’écart avec les objectifs.
Éolien offshore : premiers résultats industriels, cap sur 10 GW d’appels d’offres
L’éolien en mer réalise ses premiers pas à l’échelle industrielle avec 2 GW installés fin 2025 (raccordement du parc d’Yeu-Noirmoutier). La PPE3 prévoit 10 GW d’appels d’offres en mer dans les prochaines années pour viser 15 GW installés en 2035. La montée en puissance est progressive mais confirmée, avec 3,4 GW déjà en file d’attente de raccordement.
Hydraulique : retour à la normale après le record exceptionnel de 2024
L’hydraulique produit 62,4 TWh en 2025, contre 75,1 TWh en 2024 (–17 %). Ce recul reflète un retour à la normale après une année 2024 exceptionnelle liée à des précipitations record (+28 %). L’hydraulique reste la première filière renouvelable en termes de production en TWh. L’accord conclu en août 2025 entre la France et la Commission européenne sur les concessions hydrauliques ouvre la voie à de nouveaux investissements dans la modernisation des ouvrages existants.
Les quatre alertes structurelles du baromètre
Au-delà des chiffres de raccordement, le rapport Observ’ER/ADEME identifie quatre signaux d’alerte qui menacent la continuité de l’investissement dans les ENR françaises :
- Instabilité réglementaire : les réformes successives et imprévues (fermeture du guichet ouvert solaire en septembre 2025, restructuration des AO PPE3) créent de l’incertitude chez les développeurs et ralentissent les décisions d’investissement
- 513 heures de prix négatifs en 2025 sur le marché de gros (voir notre article sur la réforme CRE du solaire grande puissance) — signal d’une surcapacité ponctuelle qui fragilise la rentabilité des nouvelles installations
- PPE3 publiée avec 3 ans de retard : l’absence de visibilité officielle sur les objectifs 2025-2035 a considérablement ralenti les investissements depuis 2022
- Éolien terrestre structurellement bloqué : les procédures administratives actuelles sont incompatibles avec le rythme nécessaire pour atteindre les 31 GW en 2030
Trajectoire 2030 : atteignable sous conditions strictes
Le baromètre conclut que l’objectif des 40 % d’ENR dans le mix électrique en 2030 est atteignable, mais uniquement si quatre conditions sont remplies simultanément :
- Accélération significative de l’éolien terrestre via des procédures simplifiées et le repowering accéléré
- Maintien d’un rythme solaire de 5–6 GW/an malgré la refonte des mécanismes de soutien
- Stabilité réglementaire durable sur les tarifs de rachat et les appels d’offres
- Montée en puissance de l’éolien offshore selon le calendrier PPE3
Pour les particuliers et les professionnels souhaitant contribuer à cette transition, l’autoconsommation solaire reste la voie la plus accessible et rentable. À plus grande échelle, les énergies du futur — stockage batterie, hydrogène vert, géothermie — complètent progressivement le tableau. La dynamique est réelle, mais la France devra lever ses blocages réglementaires pour honorer ses engagements climatiques.
Quelle est la part exacte des renouvelables dans l’électricité française en 2025 ?
En 2025, les énergies renouvelables (hydraulique, éolien, solaire, biomasse, biogaz) ont couvert 32,5 % de la consommation électrique française selon les données du Bilan électrique 2025 de RTE. En ajoutant le nucléaire, 95,2 % de l’électricité française est produite sans combustibles fossiles — un niveau record depuis des décennies.
La France peut-elle vraiment atteindre 40 % d’ENR dans son mix électrique en 2030 ?
L’objectif est ambitieux mais « atteignable » selon Observ’ER, sous conditions. Il faudrait passer de 32,5 % à 40 % en 4 ans, soit raccorder environ 8 à 9 GW par an. Le solaire peut maintenir ce rythme, mais l’éolien terrestre doit impérativement accélérer. La PPE3 fixe les objectifs, mais les procédures d’autorisation restent le principal goulot d’étranglement.
Pourquoi y a-t-il des heures de prix négatifs sur l’électricité en France ?
Les prix négatifs surviennent quand la production dépasse la consommation — typiquement les dimanches de printemps, quand le nucléaire tourne à plein et le solaire produit fortement. Avec 513 heures en 2025, ce phénomène est en hausse. Il peut décourager les investissements dans de nouvelles capacités ENR si les mécanismes de soutien ne sont pas adaptés. La CRE travaille à une réforme pour limiter cet effet. En parallèle de ces données annuelles, les chiffres Enedis du T1 2026 montrent que 1 418 MW photovoltaïques ont été raccordés au premier trimestre, un niveau soutenu qui reflète l’inertie de la file d’attente du boom solaire de 2022-2024.
Dans ce contexte de forte croissance du parc renouvelable, le rapport Lévy-Tuot sur l’optimisation du soutien public aux ENR, rendu public en avril 2026, propose 45 recommandations pour maîtriser le coût du soutien — évalué à 6,8 milliards d’euros en 2026 — sans compromettre la trajectoire de déploiement.
Lecture complémentaire : Mix électrique UE 2025 : solaire et éolien à 30 %, devant les fossiles — le rapport Ember situe la France dans le panorama européen et explique pourquoi notre dynamique solaire reste deux fois plus lente que celle de l’Allemagne.
Cette progression des renouvelables renforce l’urgence du stockage : les batteries de réseau de grande capacité (BESS) sont en plein essor en France, avec plus de 600 MW de nouveaux projets confirmés en 2026 pour équilibrer un réseau de plus en plus renouvelable.

