Le 5 mai 2026, RTE a publié le bilan électrique 2025 de la Nouvelle-Aquitaine : la région a produit 59 TWh d’électricité, soit une hausse de 6 % par rapport à 2024, avec 98,9 % de production décarbonée. Première région photovoltaïque de France, elle a vu sa production solaire bondir de +29,1 %, portée par 1,2 GW de capacités supplémentaires installées en un an. Ces chiffres illustrent une transition régionale désormais bien engagée, mais aussi les défis qui restent à relever en matière de raccordement, de flexibilité et d’électrification des usages.
Le mix régional 2025 en détail : nucléaire dominant, solaire en forte accélération
Avec les centrales de Blayais (Gironde) et Civaux (Vienne), la Nouvelle-Aquitaine dispose d’une base nucléaire qui produit 41,4 TWh, soit plus de 75 % du mix régional, en hausse de 2,8 TWh par rapport à 2024. Les centrales régionales tournent désormais à plein régime après les années difficiles de la crise nucléaire de 2022-2023.
Voici la décomposition complète du mix électrique régional selon les données du bilan officiel RTE du 5 mai 2026 :
| Source | Production 2025 | Évolution vs 2024 | Part du mix |
|---|---|---|---|
| Nucléaire (Blayais + Civaux) | 41,4 TWh | +2,8 TWh | >75 % |
| Solaire photovoltaïque | 7,5 TWh | +29,1 % (+1,7 TWh) | ~12,7 % |
| Éolien terrestre | 4,1 TWh | +23,6 % (+0,8 TWh) | ~6,9 % |
| Hydraulique | 4,0 TWh | -30,2 % (-1,7 TWh) | ~6,8 % |
| Thermique fossile | 0,5 TWh | -21,1 % | ~0,8 % |
| Total | 59 TWh | +6 % | 100 % |
La baisse de la production hydraulique (-30,2 %) s’explique par un retour aux moyennes historiques après une année 2024 exceptionnellement humide. Elle masque la progression globale du mix décarboné, qui reste à 98,9 %. La quasi-disparition du thermique fossile (0,5 TWh, moins de 1 % du mix) est un indicateur structurel fort : la région ne recourt plus aux centrales gaz qu’en ultime recours.
Première région solaire de France : 6,4 GW et +20,9 % de capacité en un an
La Nouvelle-Aquitaine est la première région photovoltaïque de France en production, représentant environ 24 % du parc national. En 2025, elle a ajouté 1,2 GW de capacité solaire supplémentaire (+20,9 %), portant le parc total à environ 6,4 GW. Cette progression est largement supérieure à la moyenne nationale.
Plusieurs facteurs structurels expliquent cette prédominance régionale : un ensoleillement supérieur à 2 000 heures par an sur la façade atlantique et dans les zones méridionales (Landes, Lot-et-Garonne, Pyrénées-Atlantiques), une densité élevée de maisons individuelles favorables à l’installation en toiture, et un tissu de bâtiments agricoles bien adaptés aux grandes installations au sol.
Cette dynamique régionale accompagne la trajectoire nationale : le parc photovoltaïque français a atteint 26,8 GW fin 2025 après un record national de 5,9 GW raccordés en une seule année. Pour comprendre les enjeux de l’autoconsommation et calculer la rentabilité d’une installation, notre guide de l’autoconsommation solaire détaille toutes les options disponibles en 2026.
Région exportatrice nette : 59 TWh produits pour 42,3 TWh consommés
La Nouvelle-Aquitaine consomme 42,3 TWh d’électricité par an (corrigé des effets météo et calendaires), en légère hausse de 1 % par rapport à 2024. L’écart entre production (59 TWh) et consommation (42,3 TWh) fait de la région un exportateur net structurel, avec environ 16,7 TWh excédentaires injectés dans le réseau national.
Cette capacité d’exportation contribue directement aux performances nationales. En 2025, la France a établi un record historique d’exportation nette à 92,3 TWh, lui permettant de stabiliser les prix sur les marchés voisins et de générer des recettes nettes pour les producteurs. Avec 10,8 % de la production nationale totale, la Nouvelle-Aquitaine est un contributeur majeur à ce résultat.
La transition nationale : 521 TWh bas-carbone, un record historique en 2025
Le bilan régional s’inscrit dans un contexte national également exceptionnel. Selon RTE, la France a produit en 2025 521,1 TWh d’électricité bas-carbone — un maximum historique — soit 95 % du mix électrique national. La production électrique à partir de combustibles fossiles a atteint son niveau le plus bas en 75 ans.
Chaque kilowattheure consommé en France en 2025 n’a émis en moyenne que 23 grammes de CO₂-équivalent, contre 60 à 80 g/kWh il y a dix ans — et plus de 400 g/kWh dans la moyenne du mix européen. Pour les propriétaires qui envisagent de passer d’une chaudière gaz à une pompe à chaleur, ce chiffre renforce l’argument environnemental de façon décisive.
La progression de l’éolien en Nouvelle-Aquitaine (+23,6 %) participe à cette dynamique nationale. Pour approfondir l’enjeu du déploiement des énergies renouvelables en France, retrouvez notre guide sur les énergies du futur.
Ce que ces chiffres signifient pour les habitants et les entreprises de la région
Pour les propriétaires et ménages
La forte progression du solaire régional (+29,1 %) crée un effet d’entraînement sur les prix d’installation : la concurrence entre installateurs est vive, ce qui maintient les coûts dans une fourchette compétitive. Pour un propriétaire de maison individuelle en Gironde, dans les Landes ou en Charente-Maritime, l’investissement dans des panneaux photovoltaïques présente un des meilleurs ratios rendement/risque de France. La Nouvelle-Aquitaine étant exportatrice nette, les ménages bénéficient également d’une sécurité d’approvisionnement élevée.
Pour les entreprises et industriels
Avec moins de 1 % de production thermique fossile dans le mix, les entreprises régionales peuvent revendiquer un approvisionnement électrique quasi totalement décarboné — un atout pour les bilans RSE, les certifications environnementales et les appels d’offres publics. Les industriels électro-intensifs (agroalimentaire, papier-carton, chimie fine présents dans la région) bénéficient d’une stabilité tarifaire liée à la surproduction régionale.
Pour les professionnels de l’énergie et du bâtiment
Avec 1,2 GW de capacité solaire installée en un an, la filière régionale a démontré sa capacité d’exécution. Les années 2026-2027 devraient maintenir cette cadence, soutenues par les objectifs de la PPE3. Les installateurs, bureaux d’études et acteurs du financement participatif ont intérêt à se positionner dès maintenant sur les projets en développement. L’isolation thermique des bâtiments reste par ailleurs la condition préalable à une transition complète : produire davantage sans réduire la consommation ne fait que déplacer le problème.
Perspectives : les défis de la transition néo-aquitaine d’ici 2030
- Raccordement des projets en attente : 10 GW de projets photovoltaïques restent en file d’attente de raccordement à l’échelle nationale (dont une part significative en Nouvelle-Aquitaine). Accélérer les procédures d’Enedis sans déstabiliser le réseau de distribution est un impératif pour la filière.
- Flexibilité et stockage : avec une production solaire croissante en journée, les gestionnaires de réseau doivent anticiper les pics de surproduction qui génèrent des prix négatifs sur le marché spot. Le développement du stockage par batterie sera déterminant pour valoriser chaque kWh produit.
- Électrification de la mobilité : la montée en puissance du parc de véhicules électriques exige un déploiement accéléré des bornes de recharge en Nouvelle-Aquitaine, région étendue où la densité de bornes reste encore insuffisante hors des grandes agglomérations.
- Rénovation thermique : si la production d’électricité est quasi décarbonée, le chauffage reste dominé par les énergies fossiles dans de nombreux logements. La rénovation énergétique est la pièce manquante du puzzle pour achever la transition.
Le prochain bilan de RTE pour 2026 sera publié au printemps 2027. Il permettra de vérifier si la tendance +6 % de production se confirme et si l’éolien terrestre consolide son rebond de +23,6 %. La montée en puissance des futurs parcs éoliens en mer sur la façade atlantique, dont les premiers devraient être raccordés avant 2030, promet une nouvelle progression du mix décarboné régional.
La Nouvelle-Aquitaine est-elle vraiment la première région solaire de France ?
Oui. Avec 7,5 TWh de production photovoltaïque en 2025 et un parc d’environ 6,4 GW, la Nouvelle-Aquitaine est la région qui produit le plus d’électricité solaire en France. Elle représente environ 24 % du parc national. L’ensoleillement supérieur à 2 000 heures par an sur sa moitié méridionale et la densité de maisons individuelles expliquent cette prédominance structurelle.
La production d’électricité en Nouvelle-Aquitaine peut-elle encore progresser ?
Oui, significativement. Le solaire continue de progresser à un rythme soutenu (+29,1 % en 2025) et les projets en file d’attente représentent encore plusieurs GW supplémentaires. L’éolien offshore atlantique, dont les premiers parcs sont prévus avant 2030, ajoutera plusieurs GW supplémentaires. La principale contrainte est désormais le raccordement : 10 GW de projets photovoltaïques attendent encore leur mise en service au niveau national.
Ces chiffres influencent-ils le prix de l’électricité pour les ménages de la région ?
Pas directement. En France, les tarifs réglementés de vente sont nationaux et homogènes : un client en Gironde paie le même prix qu’en Bretagne. En revanche, la surproduction régionale contribue à abaisser les prix sur le marché de gros, ce qui profite in fine à l’ensemble des consommateurs français via les mécanismes d’équilibrage du réseau. L’investissement dans l’autoconsommation solaire reste la façon la plus directe de profiter de la ressource locale.

