Un rapport de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) publié le 9 avril 2026 confirme l’ampleur de la contribution du chauffage domestique au bois à la pollution atmosphérique : 40 % des particules fines PM2.5 en hiver, 72 % du carbone suie, 77 % des particules organiques. Alors que le marché des poêles à granulés rebondit de 36 % en 2025 après deux années difficiles, ces données offrent un éclairage essentiel pour choisir les bons équipements et adopter les bonnes pratiques.
Les chiffres clés du rapport Anses
L’étude, intitulée Pollution de l’air liée au chauffage domestique au bois et effets sur la santé, s’appuie notamment sur les données de l’hiver 2020-2021 et sur une campagne nationale menée dans 259 logements individuels entre 2020 et 2023. Les résultats sont sans ambiguïté sur l’ampleur du phénomène :
| Polluant | Part issue du chauffage au bois (hiver) |
|---|---|
| Particules organiques | 77 % |
| Carbone suie (black carbon) | 72 % |
| Particules fines PM2.5 | 40 % |
Au-delà des PM2.5, la combustion du bois émet du benzène, des hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP), du monoxyde de carbone (CO), des oxydes d’azote (NOx) et des composés organiques volatils (COV). Les effets sanitaires documentés incluent des atteintes respiratoires (asthme, bronchopneumopathie chronique obstructive), des atteintes ORL et des atteintes cardiovasculaires. Les populations les plus vulnérables — enfants, personnes âgées, personnes présentant des pathologies cardio-respiratoires préexistantes — sont exposées à des risques accrus. Ces données interrogent directement les 7,5 millions de foyers français qui utilisent le bois comme mode de chauffage.
La campagne nationale sur les 259 logements montre des concentrations de PM2.5 et de HAP significativement plus élevées dans les logements équipés d’un appareil de chauffage bois actif. Les mesures effectuées dans la vallée de l’Arve, étudiée spécifiquement par l’Anses, confirment que le renouvellement des appareils divise par 10 les émissions de particules.
Tous les équipements ne sont pas égaux
L’Anses est précise dans son diagnostic : les effets sanitaires identifiés sont principalement imputables aux vieux appareils (foyers ouverts, poêles à bûches antérieurs à 2002) et aux modes de combustion lente où l’air est étranglé. Les foyers ouverts, avec un rendement de seulement 10 à 15 % et des émissions massives de particules, constituent le cas le plus défavorable.
À l’opposé, les appareils modernes labellisés présentent des performances radicalement différentes. Le label Flamme Verte, qui constitue depuis 2026 le standard unifié (fusion du système 7 étoiles), impose un rendement énergétique saisonnier d’au moins 75 % et des émissions de particules fines inférieures à 40 mg/Nm³. Les appareils labellisés émettent entre 5 et 10 fois moins de particules que les vieux équipements. C’est ce label qui conditionne l’accès aux aides publiques pour les appareils à bois.
Le guide complet sur le bois énergie et la biomasse détaille les différents types d’équipements disponibles et leurs performances comparées. Pour les ménages qui envisagent une alternative au chauffage bois, la pompe à chaleur constitue la solution de référence en termes d’impact sur la qualité de l’air.
Réglementation : Flamme Verte, Ecodesign et interdictions locales
La pression réglementaire sur le chauffage bois s’intensifie à plusieurs niveaux. La norme européenne Ecodesign, dont la révision est en cours pour une entrée en vigueur prévue en 2027, devrait imposer des seuils d’émissions plus stricts (PM inférieures à 30 mg/m³, rendement supérieur à 75 %) pour les nouveaux appareils mis sur le marché. Cette évolution touche les fabricants et les installateurs, mais pas les équipements existants.
Au niveau local, les interdictions de foyers ouverts se multiplient dans les zones les plus touchées par la pollution aux particules fines :
- Isère : interdiction sur 174 communes depuis le 1er janvier 2026
- Lyon (périmètre du Plan de Protection de l’Atmosphère) : interdiction des cheminées à foyer ouvert depuis le 1er avril 2026
- Métropole Européenne de Lille : interdiction prévue au 1er novembre 2026
Ces interdictions ne concernent que les foyers ouverts, pas les appareils fermés labellisés. Elles s’inscrivent dans le cadre du plan national de réduction des émissions de PM2.5 issues du chauffage au bois, qui vise une réduction de 50 % des émissions entre 2020 et 2030. Une bonne isolation thermique du logement réduit par ailleurs les besoins de chauffage et donc les émissions.
Le marché en forte reprise : +36 % pour les poêles à granulés en 2025
Après deux années de repli marqué (2023-2024), le marché du chauffage à granulés de bois a enregistré un rebond significatif en 2025, confirmé par les données de la filière :
- Poêles à granulés : 128 000 unités vendues en 2025, soit +36 % par rapport à 2024
- Chaudières à granulés : 8 060 unités, soit +13,5 %
- Parc installé : 2 millions de foyers équipés en chauffage à granulés en France
Les prix des granulés se stabilisent en 2026 dans une fourchette de 390 à 430 euros par tonne en vrac (environ 7,5 à 8 centimes par kWh), soit 35 à 40 % au-dessus des niveaux d’avant la crise de 2020, mais 40 % en dessous du pic de fin 2022. Cette stabilisation améliore la prévisibilité du coût de chauffage pour les ménages équipés. La filière produit 2,2 millions de tonnes de granulés en France annuellement, générant plus de 20 000 emplois directs et indirects. Pour comprendre comment ce mode de chauffage s’intègre dans une rénovation énergétique globale, notre guide complet fait le point sur toutes les options disponibles.
Les bonnes pratiques pour réduire les émissions
L’ADEME et l’Anses convergent sur les bonnes pratiques qui permettent de diviser par 4 les émissions de particules en utilisant uniquement du bois sec, et par 10 en remplaçant un vieux foyer par un appareil Flamme Verte :
- Bois de qualité : utiliser exclusivement du bois sec (taux d’humidité ≤ 23 %, séché 18 mois minimum après coupe) ou des granulés certifiés ENplus. Le bois vert peut doubler les émissions de particules.
- Allumage par le haut (technique « top-down ») : placer les petites bûches au-dessus des grosses permet de réduire significativement les émissions à l’allumage, phase la plus polluante.
- Ne jamais étrangler l’air : ouvrir toutes les entrées d’air à l’allumage, ne jamais les fermer complètement une fois le feu pris. Le mode « ralenti » prolongé est le plus polluant.
- Entretien régulier : ramonage deux fois par an dont une fois en saison de chauffe, entretien annuel par un professionnel qualifié.
- Ventilation quotidienne : aérer le logement 5 à 10 minutes par jour, même en hiver, pour renouveler l’air intérieur.
- Vigilance météo : ne pas utiliser l’appareil lors des épisodes de pollution aux particules (alertes préfectorales Atmo).
- Stockage des granulés : impérativement dans un local ventilé — l’oxydation naturelle des acides gras peut générer du CO sans combustion.
Aides disponibles pour renouveler son équipement
MaPrimeRénov’ 2026 maintient les aides pour les poêles à granulés labellisés Flamme Verte dans le parcours par geste, sous conditions : installation par un artisan certifié RGE / Qualibois, résidence principale achevée depuis au moins 2 ans. Les montants indicatifs varient de 700 euros pour les ménages intermédiaires à 1 250 euros pour les ménages très modestes. En revanche, les chaudières biomasse ont été exclues du parcours par geste depuis le 1er janvier 2026 — leur financement passe désormais par le parcours global.
Les Certificats d’économies d’énergie (CEE) complètent ces aides avec une prime pouvant atteindre 1 250 euros pour l’installation d’un chauffage bois en remplacement d’un équipement énergivore. Ces deux aides sont cumulables. Pour les ménages qui souhaitent aller vers une solution sans émissions, les pompes à chaleur bénéficient de bonifications renforcées dans le cadre des CEE de 6e période.
Ces données sanitaires ont directement pesé dans la décision gouvernementale : les chaudières à granulés et à bûches ont été exclues du parcours geste MaPrimeRénov’ dès le 1er janvier 2026, conjuguant ainsi les impératifs de qualité de l’air avec la réorientation budgétaire vers les pompes à chaleur.
Mon poêle à granulés labellisé Flamme Verte est-il vraiment moins polluant ?
Oui, de façon très significative. Un appareil Flamme Verte émet moins de 40 mg/Nm³ de particules fines contre 200 à 500 mg/Nm³ pour un vieux foyer ouvert ou un poêle à bûches non labellisé. La différence est d’un facteur 5 à 10. L’Anses confirme que le renouvellement du parc vers des appareils modernes est le levier principal pour atteindre l’objectif de réduction de 50 % des émissions PM2.5 du chauffage bois d’ici 2030.
Ma chaudière biomasse peut-elle encore bénéficier de MaPrimeRénov’ en 2026 ?
Plus dans le cadre du parcours par geste simple depuis le 1er janvier 2026. Le financement des chaudières biomasse est désormais possible uniquement dans le cadre d’une rénovation d’ampleur (parcours global MaPrimeRénov’). En revanche, les poêles à granulés restent éligibles au parcours par geste sous conditions (appareil Flamme Verte, artisan RGE).
Comment savoir si mon bois de chauffage est suffisamment sec ?
Un humidimètre (disponible pour 15 à 30 euros) permet de mesurer précisément le taux d’humidité. Le seuil cible est de 23 % maximum (idéalement moins de 20 %). Visuellement, le bois sec présente des fissures radiales aux extrémités, un son creux quand on frappe deux bûches l’une contre l’autre, et une légèreté relative. Le bois vendu « sec à cœur » en stères doit être issu d’un séchage d’au moins 18 mois après la coupe.

