En 2025, Enedis a réalisé 584 000 raccordements et mises en service — soit une intervention toutes les 54 secondes en moyenne — dont 6,6 GW d’énergies renouvelables, un niveau record qui double la performance de 2022. Le 10 avril 2026, le gouvernement a présenté son plan de « deuxième électrification de la France » : interdiction des chaudières gaz dans le neuf, 50 000 véhicules électriques supplémentaires pour les ménages modestes, 43 000 emplois à créer dans les réseaux électriques d’ici 2030. Ce vaste mouvement de bascule vers l’électrique concerne directement les particuliers qui souhaitent installer panneaux solaires, borne de recharge ou pompe à chaleur.
584 000 raccordements en 2025 : le réseau de distribution bat ses records
Le bilan annuel d’Enedis, publié le 20 avril 2026, confirme une accélération sans précédent de l’électrification française. Sur les 584 000 opérations réalisées en 2025, 35 % sont des raccordements physiques (câblage, pose de coffret, mise sous tension) et 65 % des mises en service facilitées via le compteur Linky, sans déplacement d’un technicien. Le rythme atteignait une intervention toutes les 54 secondes en moyenne sur l’année — une cadence qui reflète la pression croissante exercée par la transition énergétique sur les équipes du réseau de distribution.
6,6 GW d’énergies renouvelables raccordés : un record historique
Sur le volet production, le chiffre le plus frappant est celui des énergies renouvelables : 6,6 GW raccordés en 2025, le double de ce qui avait été réalisé en 2022. Le réseau de distribution gérait fin 2025 51 GW d’ENR connectés, issus de 1,3 million de producteurs, dont les deux tiers (850 000) sont des autoconsommateurs. C’est ce réseau basse tension qui permet à chaque propriétaire de panneaux solaires d’injecter son surplus sur le réseau ou de gérer sa production locale en autoconsommation. En trois ans, la capacité raccordée a été multipliée par deux, illustrant l’essor massif du photovoltaïque résidentiel et professionnel.
Du côté du stockage — segment en plein essor —, 684 nouvelles installations de batteries ont été raccordées à fin 2025, soit une hausse de +50 % par rapport à fin 2024. Ces systèmes de stockage, qu’il s’agisse de batteries résidentielles couplées aux panneaux solaires ou de BESS (Battery Energy Storage Systems) industriels, nécessitent des raccordements bidirectionnels spécifiques que le réseau de distribution doit être en mesure d’absorber.
Mobilité électrique : 11 700 raccordements de bornes en 2025
En 2025, Enedis a réalisé 11 700 raccordements dédiés à la mobilité électrique, portant la puissance totale installée à 22,5 GW (en hausse de 4,4 GW sur l’année). Ces raccordements concernent aussi bien des bornes de recharge résidentielles (wallbox individuelles, IRVE en copropriété) que des infrastructures publiques et en entreprise. La montée en puissance est directement corrélée à l’essor des ventes de véhicules électriques, qui représentaient 28 % du marché automobile français au premier trimestre 2026 — un record historique.
Le plan gouvernemental du 10 avril 2026 : la deuxième électrification officialisée
Le 10 avril 2026, le gouvernement a présenté un ensemble de mesures structurantes pour accélérer la transition vers l’électrique, en cohérence avec la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE3) adoptée en février 2026. Ce plan repose sur trois piliers principaux :
- Fin des chaudières gaz dans le neuf : dès la fin 2026, il ne sera plus possible d’installer de chaudière au gaz dans les constructions neuves. Toutes les aides publiques aux particuliers seront exclusivement orientées vers les pompes à chaleur pour remplacer les chaudières fossiles (gaz et fioul). L’objectif est également de sortir 2 millions de logements sociaux du gaz d’ici 2050, avec une électrification accélérée et financée selon un objectif social.
- Accélération de la mobilité électrique : 50 000 véhicules électriques supplémentaires seront accessibles aux ménages modestes dès juin 2026 ; 50 000 autres seront subventionnés pour les salariés et agents publics dans l’année.
- Renforcement des réseaux et de la filière : le plan prévoit le recrutement de 43 000 professionnels dans les métiers des réseaux électriques d’ici 2030, afin de faire face à l’explosion des raccordements à venir.
La filière FIERE (Fédération des Industries Électriques, Électroniques et de Communication), regroupant 1 600 entreprises et environ 100 000 emplois en France, a réagi en rappelant, le 17 avril 2026, une réalité souvent méconnue : « sans réseaux électriques robustes et modernisés, il n’y aura ni transition énergétique, ni réindustrialisation, ni sécurité d’alimentation des territoires ». Le réseau de distribution — celui qui alimente chaque maison et chaque entreprise — est le maillon silencieux mais indispensable de toute la chaîne.
Le défi technique : absorber 15 millions de véhicules électriques et des millions de PAC
Derrière les chiffres de raccordements se cache un défi d’ingénierie considérable. Le réseau de distribution français — celui qui achemine l’électricité des postes haute tension jusqu’aux prises de courant — a été conçu pour un usage largement unidirectionnel (de la centrale vers le consommateur) et pour des puissances relativement stables. La transition énergétique en fait désormais un réseau bidirectionnel, avec des millions de prosommateurs (producteurs-consommateurs) et des pics de demande très localisés.
Les pompes à chaleur air-eau exercent une contrainte spécifique : leurs pics de consommation en hiver (jusqu’à 5 à 10 kW par foyer selon la puissance) peuvent coïncider sur des quartiers entiers lors des périodes de grand froid, créant des pointes locales que les transformateurs de quartier ne sont pas toujours dimensionnés pour absorber. Une PAC de 9 kW représente l’équivalent en puissance de 45 ampoules LED de 200 W fonctionnant simultanément — plusieurs fois la puissance d’un foyer moyen.
Les véhicules électriques posent un défi similaire de concentration temporelle : la recharge nocturne concentrée sur les tranches horaires 19h-22h peut saturer les transformateurs de quartier. Les réseaux intelligents (smart grids) et le pilotage intelligent des recharges constituent la réponse technique à cette problématique, notamment via le protocole ISO 15118 — désormais obligatoire pour toutes les nouvelles bornes de recharge publiques en France — et les offres à tarification dynamique qui se déploient progressivement.
Ce que la deuxième électrification change concrètement pour les particuliers
Pour un propriétaire souhaitant installer des panneaux solaires en autoconsommation, une borne de recharge ou une pompe à chaleur, le réseau de distribution est l’interlocuteur incontournable — via Enedis pour la majorité du territoire. Plusieurs évolutions récentes facilitent les démarches :
- Augmentation de puissance à distance via Linky : la puissance souscrite peut être modifiée sans intervention physique grâce au compteur communicant, ce qui réduit les délais et les coûts de mise à niveau pour l’installation d’une PAC (qui peut nécessiter de passer de 6 kVA à 9 ou 12 kVA) ou d’une borne de recharge.
- Raccordement solaire simplifié : le guichet unique Enedis traite les demandes de raccordement pour les installations inférieures à 36 kVA. Les délais varient de 3 à 18 mois selon la saturation locale du réseau. En 2025, 1 418 MW ont été raccordés au seul premier trimestre 2026, illustrant le dynamisme — mais aussi la pression — sur le réseau.
- Stockage et autoconsommation : les 684 nouvelles installations de batteries raccordées en 2025 (+50 %) reflètent l’intérêt croissant pour le stockage résidentiel, qui permet de maximiser l’autoconsommation solaire et de lisser les appels de puissance sur le réseau.
Pour les copropriétés, le raccordement d’une Infrastructure de Recharge pour Véhicules Électriques (IRVE) collective bénéficie d’un programme Advenir renforcé depuis le 1er avril 2026, avec des aides pouvant atteindre 12 500 € par installation collective. La coordination avec Enedis pour le raccordement est assurée par le syndic de copropriété dans le cadre du dossier global.
Investissements et perspectives : 100 milliards d’euros pour moderniser le réseau d’ici 2040
Le réseau de transport haute tension (géré par RTE) mobilise 100 Md€ d’investissements entre 2025 et 2040 pour moderniser les lignes à très haute tension. À l’échelon de la distribution basse tension, Enedis accroît ses investissements annuels pour renforcer les transformateurs de quartier, étendre les capacités et déployer des équipements de mesure et de pilotage intelligents. À titre d’illustration, la sous-station de Pompignac (Gironde) a nécessité un investissement de 11 M€ conjoint Enedis-RTE pour alimenter 11 000 foyers, entreprises et établissements, avec une capacité de 27,5 MW.
La filière recrute massivement : 43 000 emplois supplémentaires sont nécessaires d’ici 2030 dans les métiers des réseaux électriques (techniciens de terrain, ingénieurs smart grids, spécialistes cybersécurité, planificateurs de réseau). La deuxième électrification est aussi, fondamentalement, une transition des compétences. Les formations en électrotechnique, en génie électrique et en systèmes embarqués connaissent un regain d’attractivité inédit.
Pour les ménages, l’enjeu est de rester proactifs : anticiper les délais de raccordement (notamment pour le solaire), dimensionner correctement son installation par rapport à la puissance disponible au compteur Linky, et s’informer sur les offres à tarification dynamique (Tempo, heures pleines/heures creuses) qui permettent d’optimiser ses coûts en rechargeant le véhicule électrique ou en faisant fonctionner la PAC aux heures où l’électricité est la moins chère et la plus verte. Consulter le guide prix de l’énergie d’Orelni Énergie pour comparer les offres du marché.
Qu’est-ce que la « deuxième électrification » de la France ?
La première électrification (fin XIXe – milieu XXe siècle) avait consisté à raccorder l’ensemble des foyers et entreprises au réseau électrique. La « deuxième électrification » désigne le basculement actuel vers des usages électriques massifs aujourd’hui encore assurés par les énergies fossiles : chauffage (pompes à chaleur en remplacement des chaudières gaz et fioul), mobilité (véhicules électriques) et production locale décentralisée (panneaux solaires). Ce basculement exige une profonde modernisation du réseau de distribution pour absorber des flux bidirectionnels et des puissances locales beaucoup plus élevées.
Combien de temps faut-il pour raccorder des panneaux solaires au réseau Enedis ?
Les délais de raccordement varient de 3 à 18 mois selon la saturation du réseau local et la puissance de l’installation (moins de 3 kVA, de 3 à 36 kVA, au-delà). En 2025, Enedis a raccordé 6,6 GW d’ENR nouveaux (record). Il est recommandé de déposer la demande de raccordement sur le portail Enedis dès la signature du devis avec l’installateur, sans attendre la fin des travaux, afin de minimiser l’attente entre la pose et la mise en service.
Le réseau électrique français est-il prêt pour 15 millions de véhicules électriques ?
Le réseau devra être substantiellement renforcé : transformateurs de quartier, capacité des lignes basse tension, comptage intelligent. Les investissements massifs annoncés (100 Md€ de RTE sur 2025-2040 + budget propre Enedis en distribution) constituent la réponse structurelle. À court terme, le pilotage intelligent des recharges (Tempo, heures creuses, protocole V2G bidirectionnel) permet de lisser les pics de demande et d’éviter les saturations locales des transformateurs.

