Le 22 avril 2026, la Commission de Régulation de l’Énergie (CRE) a rendu public un document structurant : dix principes directeurs encadrant la présentation et la vente des tarifs réglementés d’électricité (TRVE) par EDF et les cinq entreprises locales de distribution (ELD). Le lendemain, le 23 avril, la CRE a lancé une consultation publique sur les signaux tarifaires destinés aux gros consommateurs basse tension et aux territoires non interconnectés (ZNI), ouverte jusqu’au 25 mai 2026. Ces deux décisions préfigurent une réforme profonde de la façon dont les Français accèdent à l’électricité réglementée — et des outils disponibles pour optimiser leur facture.
Dix principes directeurs : sécuriser la frontière entre TRVE et offres de marché
Les dix principes publiés le 22 avril 2026 s’articulent autour de trois phases du cycle de vie d’un contrat d’électricité. Les principes 1 à 5 portent sur la souscription : ils imposent qu’EDF et les cinq ELD (Électricité de Strasbourg, Gaz et Électricité de Grenoble, Sorégies, Séolis et UEM Metz) présentent clairement leurs offres TRVE comme distinctes de leurs offres de marché. Un consommateur ne doit pas pouvoir confondre les deux, ni se retrouver basculé vers une offre de marché sans consentement explicite et éclairé. Les principes 6 à 8 encadrent l’exécution du contrat (communication régulière, transparence sur les évolutions de prix et les motifs de changement), et les principes 9 et 10 régissent la résiliation (délais opposables, remboursement des trop-perçus, portabilité).
La CRE prévoit une mise en application dans un délai d’au moins six mois — soit vers octobre 2026 au plus tôt —, le temps pour les fournisseurs de mettre en conformité leurs processus commerciaux, contrats types et interfaces numériques. Un bilan de mise en application est prévu dans les 12 mois suivant cette date. Ces principes ne modifient pas directement le niveau des prix du kWh (toujours fixé par la CRE selon sa méthodologie TRVE semestrielle), mais ils encadrent la façon dont ces prix sont présentés, commercialisés et gérés sur la durée du contrat.
Le contexte : la fin de l’Arenh impose une refonte en profondeur
Ces décisions interviennent dans un contexte de transformation majeure du cadre réglementaire. L’Arenh — mécanisme de vente du nucléaire historique à prix régulé aux fournisseurs alternatifs, instauré par la loi Nome de 2010 — a pris fin le 31 décembre 2025. Pendant quinze ans, ce dispositif fixait une partie du coût d’approvisionnement intégré dans le calcul du TRVE. Sa disparition oblige la CRE à refondre la méthodologie pour s’appuyer exclusivement sur les prix de marché et les coûts de fourniture constatés, sans plus s’appuyer sur le prix artificiel de l’Arenh comme ancre.
Du côté des prix, la mesure de l’enjeu est saisissante. Le prix du kWh en option Base est passé de 10,61 centimes TTC en 2007 à 19,40 centimes TTC en février 2026 (+83 % en vingt ans), avec un pic de hausses concentré entre 2022 et 2024 : +15 % en février 2023, +10 % en août 2023, +10,5 % en février 2024. La stabilisation observée début 2026 (-0,83 % en février 2026) doit beaucoup à la détente des prix du gaz naturel et à la montée en puissance des renouvelables en Europe — plus de 835 heures à prix nuls ou négatifs sur le marché spot en 2025. Dans cet environnement nouveau, la réforme tarifaire préparée par la CRE est à la fois opportune et nécessaire : les signaux de prix doivent évoluer pour refléter une réalité de marché de plus en plus volatile.
Ce qui a déjà changé pour les ménages : option Base supprimée, HC/HP plus accessible
Sans attendre la pleine application des principes directeurs, plusieurs changements significatifs sont déjà effectifs depuis le 1er février 2026. Le plus impactant pour les ménages équipés : la suppression de l’option Base pour les consommateurs entre 18 et 36 kVA — une configuration courante pour les maisons individuelles avec cumulus électrique, pompe à chaleur ou borne de recharge VE. Ces abonnés ont été automatiquement reclassés vers l’option Heures Pleines/Heures Creuses (HP/HC), avec un abonnement ajusté. Pour les contrats inférieurs à 18 kVA (appartements sans chauffage électrique), l’option Base reste disponible jusqu’à nouvel ordre.
Bonne nouvelle issue de cette transition : le seuil de rentabilité de l’option HC/HP a été abaissé à 26 % de la consommation totale en heures creuses (contre 31 % sous l’ancien barème). Concrètement, un chauffe-eau électrique standard programmé la nuit représente déjà 15 à 20 % de la consommation d’un foyer moyen — en y ajoutant un lave-linge ou lave-vaisselle lancés régulièrement en soirée, le seuil est atteint sans équipement domotique sophistiqué. Les économies quantifiables s’élèvent à 68 €/an avec un chauffe-eau optimisé en heures creuses et jusqu’à 235 €/an avec une borne de recharge pour véhicule électrique programmée sur les plages nocturnes.
| Option tarifaire | Prix kWh (fév. 2026) | Profil idéal | Économies potentielles/an |
|---|---|---|---|
| Base (≤18 kVA) | 19,40 ct€ TTC | Conso peu modulable | Référence |
| HP/HC | HP : 20,65 ct€ / HC : 15,79 ct€ | Chauffe-eau, VE nocturne | 68 à 235 € |
| Tempo (géré) | 13,25 à 70,60 ct€/kWh | Foyers pilotables, 300+ jours bleus | Jusqu’à 400 € |
| Tarif dynamique (tiers) | Variable (marché spot) | Équipements smart, PAC, batterie | Variable selon prix marché |
La consultation du 23 avril : vers de nouveaux signaux flexibilité d’ici 2030
La consultation publique ouverte le 23 avril 2026 concerne spécifiquement les consommateurs basse tension souscrivant une puissance supérieure à 36 kVA (artisans, PME, exploitations agricoles, copropriétés avec équipements collectifs) et les clients haute tension dans les cinq zones non interconnectées : Corse, Guadeloupe, Martinique, Guyane et La Réunion. Les participants ont jusqu’au 25 mai 2026 à 23h59 pour soumettre leurs observations. Il s’agit d’une consultation formelle, ouverte à toutes les parties prenantes qui le souhaitent, sur le futur cadre des signaux tarifaires dans ces segments.
Cette consultation vise à restructurer les options tarifaires existantes pour mieux inciter à la flexibilité de la demande. Les options dites historiques (Jaune et Vert, héritées des années 1990 et conçues pour des profils industriels lourds) sont appelées à disparaître avant le 1er août 2030. Leur remplacement par des signaux plus dynamiques s’inscrit dans la dynamique déjà en œuvre avec la tarification dynamique de l’électricité prévue pour le 1er juillet 2026. Pour les petites et moyennes entreprises actuellement sur les options Jaune ou Vert, une migration vers des offres de marché dynamiques ou des options TRVE rénovées est à anticiper dès maintenant. EDF va plus loin avec une expérimentation de tarification dynamique destinée à adapter la demande des ménages aux fluctuations de la production renouvelable.
Ce que ça change concrètement : trois décisions à prendre dès aujourd’hui
Pour les ménages et professionnels en contrat TRVE, trois décisions méritent d’être revisitées à la lumière de ces changements réglementaires.
- Vérifier son option tarifaire active : si votre puissance souscrite est entre 18 et 36 kVA, vous avez été automatiquement migré vers HP/HC au 1er février 2026. Vérifiez votre espace client EDF ou votre dernière facture pour confirmer l’option active et comparer avec votre profil de consommation réel.
- Programmer les équipements pilotables en heures creuses : chauffe-eau électrique (programmateur horaire ou délesteur automatique), lave-linge et lave-vaisselle (départ différé), borne de recharge VE (programmation nocturne ou sur plages creuses). Avec un seuil HC/HP désormais à 26 %, l’optimisation est accessible sans équipement domotique avancé — un simple programmateur mécanique suffit.
- Évaluer la bascule vers Tempo ou un tarif dynamique : si vous disposez d’une pompe à chaleur pilotable, d’un ballon thermodynamique et d’une borne VE, Tempo ou les offres dynamiques de tiers (Octopus Energy, Sowee, Frank Énergie) peuvent générer jusqu’à 400 € d’économies annuelles — à condition d’être en mesure de décaler les usages les 22 jours rouges annuels. Pour évaluer si quitter le TRVE est pertinent pour votre situation, une comparaison des offres sur simulateur s’impose avant de résilier.
La réforme en cours s’inscrit dans un mouvement de fond : à mesure que la part des renouvelables dans le mix progresse, les prix de gros de l’électricité deviennent plus volatils et plus souvent négatifs aux heures de forte production. Les consommateurs capables de décaler leur demande aux bons moments — grâce à une PAC bien pilotée, un chauffe-eau ou une batterie domestique — seront mieux placés pour en tirer profit, quelle que soit l’option TRVE finalement retenue. Consultez notre guide complet sur les prix de l’énergie pour une vue d’ensemble des mécanismes tarifaires en vigueur.
Puis-je encore choisir l’option Base pour mon contrat EDF en 2026 ?
Cela dépend de votre puissance souscrite. Pour les contrats jusqu’à 18 kVA (majorité des appartements et petites maisons sans chauffage électrique ni PAC), l’option Base reste disponible. En revanche, pour les clients entre 18 et 36 kVA, l’option a été supprimée au 1er février 2026 et remplacée automatiquement par l’option HP/HC. Pour les puissances supérieures à 36 kVA, des changements supplémentaires sont attendus d’ici 2030 dans le cadre de la réforme en cours.
Quelle est la différence entre le TURPE et le TRVE ?
Le TURPE (Tarif d’Utilisation des Réseaux Publics d’Électricité) rémunère l’acheminement de l’électricité via les réseaux de RTE et Enedis — il s’applique quel que soit votre fournisseur et représente environ 30 % de la facture. Le TRVE (Tarif Réglementé de Vente d’Électricité) correspond au prix de l’énergie elle-même, fixé semestriellement par la CRE en tenant compte des coûts de production et de fourniture. Les 10 principes directeurs du 22 avril concernent uniquement le TRVE, pas le TURPE (qui augmentera de 4,3 % au 1er août 2026).
La consultation CRE du 23 avril me concerne-t-elle en tant que particulier ?
La consultation du 23 avril est spécifiquement destinée aux consommateurs BT supérieurs à 36 kVA (artisans, PME, exploitations agricoles) et aux clients HT dans les zones non interconnectées (Corse, DOM). Les particuliers avec un contrat résidentiel standard ne sont pas directement visés, mais les résultats de la consultation influenceront l’architecture tarifaire générale à horizon 2027-2030, notamment la suppression progressive des options Jaune et Vert et leur remplacement par de nouveaux signaux de flexibilité.
Cette évolution tarifaire s’inscrit dans un mouvement européen plus large : selon le rapport Positive Money d’avril 2026, les renouvelables ont réduit les prix de l’électricité de 24 % en Europe entre 2023 et 2025, soutenant structurellement la baisse du TRV en France.

