MaPrimeRénov’ et chèque énergie : le bilan sévère de la Cour des Comptes en 2026
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MaPrimeRénov’ et chèque énergie : le bilan sévère de la Cour des Comptes en 2026

La Cour des Comptes pointe 83 000 dossiers MaPrimeRénov’ en attente et 100 M€ de déficit pour le chèque énergie : impact et conseils pour 2026.

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MaPrimeRénov’ 2026 fait face à une critique institutionnelle de poids. Dans son analyse de l’exécution budgétaire 2025, la Cour des Comptes a mis en lumière deux fragilités structurelles du système d’aides à la rénovation énergétique : 83 000 dossiers MaPrimeRénov’ en attente de traitement début 2026, et un déficit d’environ 100 millions d’euros sur les crédits de paiement du chèque énergie en 2025. Ces constats soulèvent des questions concrètes pour les propriétaires et artisans RGE engagés dans des chantiers de rénovation.

Ce que la Cour des Comptes a relevé exactement

La Cour des Comptes exerce une mission constitutionnelle de contrôle de l’exécution budgétaire. Ses analyses portent sur l’adéquation entre les crédits ouverts en loi de finances et les crédits effectivement consommés. C’est dans ce cadre que la Cour a examiné les programmes 135 (cohésion des territoires, dont dépend l’ANAH et ses aides à la rénovation) et 174 (énergie, dont relève le chèque énergie), mettant en lumière deux tensions majeures pour l’exercice 2025.

Concernant MaPrimeRénov’, la Cour identifie 83 000 dossiers en attente de traitement début 2026 — soit environ 70 % de l’objectif annuel de 120 000 rénovations d’ampleur fixé par l’ANAH pour 2026. Ce chiffre traduit le cumul de plusieurs phénomènes : les trois suspensions successives du dispositif en 2025 faute de crédits suffisants, l’engorgement des services instructeurs lors des réouvertures, et la complexification croissante des dossiers à mesure que les profils de rénovation d’ampleur se développent.

Concernant le chèque énergie, la Cour a relevé un déficit d’environ 100 millions d’euros sur les crédits de paiement 2025, comblé en cours d’exercice par des redéploiements internes et l’utilisation de réserves de précaution. Cette situation illustre une sous-budgétisation récurrente du dispositif : le nombre de bénéficiaires atteint désormais 4,5 millions de ménages en 2026 — dont 700 000 nouveaux foyers intégrés lors de l’élargissement — tandis que les prix de l’énergie ont augmenté d’environ 40 % depuis 2019, date à laquelle le montant moyen du chèque (153 €) a été figé.

Les trois suspensions de 2025 : comment l’embouteillage s’est formé

Pour comprendre les 83 000 dossiers en attente, il faut remonter aux turbulences de 2025. MaPrimeRénov’ a subi trois suspensions successives en 2025, dues à l’épuisement des enveloppes budgétaires allouées au programme 135. À chaque réouverture, les demandes accumulées provoquaient un afflux massif de dossiers, saturant les équipes de l’ANAH et générant des délais d’instruction allongés. Cette dynamique d’embouteillage s’est cristallisée jusqu’en fin d’année 2025, laissant des dizaines de milliers de propriétaires dans l’attente d’une réponse.

La loi de finances 2026, promulguée avec retard, a rouvert le guichet MaPrimeRénov’ le 23 février 2026 avec un budget ANAH de 4,4 milliards d’euros alloués aux ménages (4,6 milliards en incluant le fonctionnement de l’agence). Les dossiers déposés avant la fermeture de fin 2025 sont traités en priorité. Mais l’instruction de 83 000 dossiers en suspens représente une charge considérable pour les équipes de l’agence, au moment même où les nouvelles demandes 2026 commencent à affluer.

IndicateurValeur 2026
Dossiers MPR en attente (début 2026)83 000
Budget ANAH ménages 20264,4 Mds€
Objectif rénovations d’ampleur120 000
Objectif gestes isolés150 000
Déficit chèque énergie 2025~100 M€
Bénéficiaires chèque énergie 20264,5 millions
Montant moyen chèque énergie153 € (inchangé depuis 2019)
Réouverture guichet MPR 202623 février 2026

Le chèque énergie : un montant figé depuis 2019 face à des prix qui ont flambé

Le chèque énergie 2026, élargi à 4,5 millions de ménages, offre des montants allant de 48 € à 277 € selon le niveau de revenus. Mais son montant moyen — fixé à 153 € — n’a pas été revalorisé depuis 2019. Or dans le même intervalle, les tarifs réglementés d’électricité ont augmenté d’environ 40 %, et les prix du gaz ont connu des hausses spectaculaires. La Cour des Comptes pointe cette déconnexion entre le pouvoir d’achat nominal du chèque et le coût réel de l’énergie pour les ménages en précarité énergétique.

Le déficit de 100 millions d’euros sur les crédits 2025 est symptomatique de ce décalage structurel. L’État a certes élargi le périmètre des bénéficiaires en 2026 en intégrant 700 000 foyers supplémentaires grâce à l’automatisation du dispositif. Mais cette approche privilégie l’extension de la couverture sur l’adéquation du soutien : un ménage précaire recevant 153 € aujourd’hui bénéficie en réalité d’un chèque dont le pouvoir d’achat énergétique a reculé de 40 % en sept ans.

Impact pour les propriétaires : que faire si votre dossier est bloqué ?

Si vous avez déposé un dossier MaPrimeRénov’ en 2025 et n’avez pas encore reçu de réponse, plusieurs recommandations s’imposent. Ne commencez pas les travaux avant d’avoir reçu la notification d’accord de l’ANAH : toute dépense engagée avant cette validation formelle est inéligible à la prime, quelle que soit l’antériorité de votre dossier. Connectez-vous à votre espace personnel sur le portail France Rénov’ pour vérifier le statut de votre demande et, si nécessaire, compléter ou mettre à jour vos pièces justificatives.

Pour les projets de rénovation d’ampleur, le recours à un Mon Accompagnateur Rénov’ agréé est obligatoire depuis 2024 et permet souvent d’accélérer l’instruction grâce à la maîtrise des exigences documentaires. En cas de blocage persistant, les aides locales — régions, départements, EPCI — peuvent partiellement compenser l’attente : elles sont cumulables avec MaPrimeRénov’ et ne dépendent pas des délais de l’ANAH.

Impact pour les artisans RGE : des trésoreries sous tension

Les artisans et entreprises RGE sont en première ligne des retards de traitement. Certains — notamment ceux intervenant sur des chantiers de rénovation d’ampleur avec avance sur aide — subissent des délais de remboursement prolongés qui pèsent sur leur trésorerie. La Cour des Comptes souligne que la complexification administrative du dispositif, si elle vise à mieux cibler les bénéficiaires et à lutter contre la fraude, crée des coûts d’entrée croissants pour les petites structures artisanales, au risque de les décourager de participer au dispositif.

Cette tension est d’autant plus problématique que la France manque structurellement d’artisans RGE pour atteindre ses objectifs de rénovation. Les suspensions de MaPrimeRénov’ en 2025 ont pesé sur l’activité de nombreuses entreprises du secteur, fragilisant des carnets de commandes dans une période de hausse des coûts des matériaux. La Cour recommande de réduire les frais de gestion du dispositif pour maximiser la part d’aide effectivement reversée aux ménages et préserver l’attractivité du marché pour les artisans.

Les recommandations de la Cour des Comptes

Les recommandations de la Cour portent sur trois axes principaux. En premier lieu, une programmation budgétaire pluriannuelle sincère pour MaPrimeRénov’ et le chèque énergie, permettant à l’ANAH de dimensionner ses équipes et ses systèmes informatiques en adéquation avec la demande réelle. En deuxième lieu, une réduction des frais de gestion du dispositif, jugés disproportionnés rapportés aux montants d’aide effectivement versés aux ménages. En troisième lieu, un renforcement des contrôles anti-fraude à distance, pour sécuriser les dépenses sans pour autant allonger les délais d’instruction — un équilibre difficile mais indispensable.

Ces recommandations rejoignent un constat partagé par de nombreux acteurs du secteur : la rénovation énergétique ne pourra atteindre ses objectifs — 700 000 logements rénovés par an à horizon 2030 — sans une stabilité et une prévisibilité budgétaire que les aléas politiques de ces dernières années ont profondément entamées. Le budget 2027, en cours de cadrage, sera un test décisif de la volonté politique de traduire ces recommandations en actes concrets.

Mon dossier MaPrimeRénov’ est en attente depuis 2025 : ai-je la priorité pour 2026 ?

Oui. L’ANAH a confirmé que les dossiers déposés avant la fermeture du guichet fin 2025 sont traités en priorité depuis la réouverture du 23 février 2026. Pour vérifier le statut de votre demande, connectez-vous à votre espace personnel sur le portail France Rénov’. Si votre dossier est complet et que vous n’avez toujours pas de retour au bout de plusieurs semaines, contactez l’ANAH par messagerie sécurisée depuis votre espace en ligne. Surtout, ne démarrez pas les travaux sans avoir reçu votre notification d’accord.

Le chèque énergie va-t-il être revalorisé en 2026 ?

Le montant du chèque énergie 2026 n’a pas été revalorisé par rapport à 2025. Il reste entre 48 € et 277 € selon les revenus, pour un montant moyen de 153 €. La Cour des Comptes a pointé cette stagnation depuis 2019, malgré une hausse d’environ 40 % des prix de l’énergie. Le gouvernement a préféré élargir le nombre de bénéficiaires (+700 000 foyers) plutôt qu’augmenter les montants unitaires. Une revalorisation pourrait être envisagée dans la loi de finances 2027.

MaPrimeRénov’ risque-t-elle d’être suspendue à nouveau en 2026 ?

Le risque est limité avec le budget 2026 (4,4 Mds€ pour les ménages), mais la Cour des Comptes recommande précisément une programmation pluriannuelle sincère pour éviter les crises répétées. Pour limiter votre exposition, déposez votre dossier le plus tôt possible dans l’année civile, et envisagez de combiner MaPrimeRénov’ avec des aides locales moins sujettes aux aléas budgétaires nationaux.

La formation des artisans RGE est au cœur des solutions : les programmes Feebat 3 et Profeel 3, renouvelés par arrêtés du 7 mai 2026 avec 58 M€ de CEE, apportent une réponse structurelle au déficit de professionnels qualifiés.

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