Présenté à l’Assemblée nationale le 13 mai 2026, le baromètre annuel du médiateur national de l’énergie dresse un constat alarmant : 75 % des foyers français ont restreint leur chauffage en 2025, 36 % déclarent des difficultés à payer leurs factures — un niveau record — et 35 % ont souffert du froid. Derrière ces chiffres, une sobriété subie qui révèle les failles structurelles de la transition énergétique et appelle à une réforme d’urgence des dispositifs d’aide.
Les chiffres du baromètre 2025 : des records inquiétants
Le médiateur national de l’énergie publie chaque année un baromètre sur les comportements et les difficultés des ménages face à leurs factures énergétiques. L’édition 2025, présentée lors d’une audition devant la Commission des affaires économiques de l’Assemblée nationale, enregistre des niveaux jamais atteints depuis la création de cet outil de mesure :
- 75 % des foyers ont réduit leur chauffage en 2025 pour limiter leurs dépenses énergétiques ;
- 36 % déclarent des difficultés à payer leurs factures d’énergie (contre 28 % en 2024 et 18 % en 2020) ;
- 35 % ont souffert du froid dans leur logement au moins 24 heures durant l’hiver 2024-2025 (contre 14 % en 2020) ;
- 1,2 million d’interventions pour impayés d’énergie enregistrées en 2025, dont 87 % sur des contrats d’électricité ;
- 948 000 limitations de puissance électrique ont été mises en œuvre en 2025 — un chiffre multiplié par 3,5 depuis 2019.
Seule amélioration notable : les coupures d’électricité pour impayés ont baissé de 30 % (de 203 767 à 143 625 coupures), grâce à l’extension partielle de la trêve hivernale. En revanche, les coupures de gaz ont progressé de +4 %, signe que les ménages les plus vulnérables peinent à absorber les hausses tarifaires du printemps 2026.
Une dégradation structurelle depuis 2020
Ces chiffres ne sont pas conjoncturels. La crise des prix de l’énergie de 2021-2023 a laissé des séquelles durables dans les budgets ménages, malgré les boucliers tarifaires. Selon l’Observatoire national de la précarité énergétique (ONPE), sans les dispositifs de soutien public (bouclier tarifaire, chèque énergie, TPN), la précarité énergétique aurait atteint 17,9 % des ménages en 2023 contre les 10,1 % effectivement mesurés — soit 3,1 millions de ménages en situation de précarité structurelle.
La part des foyers déclarant avoir souffert du froid a plus que doublé entre 2020 et 2025 (de 14 % à 35 %), tandis que les limitations de puissance électrique ont été multipliées par 3,5 sur la même période. Ces indicateurs révèlent une détérioration qui dépasse le simple effet prix : elle touche à l’inadaptation des logements (les 3,9 millions de passoires thermiques F et G concentrent une part disproportionnée des ménages en difficultés), à l’insuffisance des aides, et à la fragmentation du parcours de rénovation.
Pour les ménages les plus modestes, les outils de rénovation énergétique restent difficiles d’accès. MaPrimeRénov’ a connu une suspension de janvier à fin février 2026 — laissant 83 000 dossiers en attente selon la Cour des Comptes. Retrouvez l’analyse de ces blocages dans notre article sur l’éco-PTZ garanti à 75 % pour les ménages modestes.
Le chèque énergie : un outil à bout de souffle
Le chèque énergie est au cœur des alertes du médiateur. En 2025, le nombre de bénéficiaires a chuté de 5,6 millions en 2024 à 3,8 millions, à la suite d’une réforme vers une distribution semi-automatisée qui a exclu entre 1,2 et 1,8 million de ménages pourtant éligibles. Sur les bénéficiaires effectifs, 59 % ont quand même souffert du froid et 10 % ont subi une coupure directement liée au retard de versement.
Le problème de fond est le gel du montant depuis 2019 : le chèque énergie moyen s’élève à 153 €, un montant inchangé alors que les prix de l’énergie ont progressé de +40 % sur la même période. Autrement dit, le pouvoir d’achat réel du chèque énergie a perdu plus d’un tiers de sa valeur depuis 2019. La Cour des Comptes a pointé ce décrochage dans son rapport 2026 sur les dispositifs d’aide à la rénovation, appelant à une revalorisation urgente indexée sur l’inflation énergétique.
L’électrification accélérée : une transition à deux vitesses ?
L’une des alertes les plus saillantes du médiateur porte sur le risque d’une électrification de masse qui aggraverait les inégalités. Basculer du gaz à l’électricité pour le chauffage — via une pompe à chaleur ou un radiateur électrique — peut faire baisser les émissions carbone, mais suppose des investissements initiaux élevés et, sans isolation adaptée, peut générer des factures d’électricité plus importantes que les anciennes factures gaz.
Pour les locataires en passoire thermique, la situation est particulièrement critique : ils supportent les factures sans avoir la maîtrise des travaux. Pour les propriétaires modestes aux ressources insuffisantes pour financer une pompe à chaleur, l’interdiction progressive des chaudières gaz dans le parc existant — distincte du décret sur le neuf — représente un risque de blocage. Le médiateur qualifie cette dynamique de « transition à deux vitesses » : les ménages aisés accèdent aux aides et aux équipements performants, tandis que les ménages vulnérables restent dans un parc dégradé avec des factures qui augmentent.
Pour tenter de sortir de cette impasse, l’articulation entre gestes de rénovation et aides globales est déterminante : une rénovation d’ampleur (gain de 2 classes DPE minimum) permet de cumuler MaPrimeRénov’ Parcours accompagné, CEE Coup de pouce, et éco-PTZ pour un reste à charge qui peut être ramené à zéro pour les ménages très modestes.
Les recommandations du médiateur pour 2026
Lors de son audition, le médiateur a formulé trois demandes prioritaires :
- Interdire totalement les coupures d’électricité pour impayés toute l’année (et non plus seulement pendant la trêve hivernale), assortie d’un droit à une fourniture minimale garantie. Cette mesure existe dans plusieurs pays européens et limiterait les 143 625 coupures annuelles encore enregistrées en 2025.
- Rétablir l’automatisation complète du chèque énergie dès 2027 et revaloriser son montant pour compenser les +40 % de hausse des prix depuis 2019. Le médiateur suggère une indexation sur l’indice des prix de l’énergie publié par l’INSEE.
- Conditionner les obligations de rénovation à un accompagnement renforcé pour les ménages vulnérables, afin que l’électrification du chauffage ne devienne pas un facteur d’aggravation de la précarité pour ceux qui n’ont pas les moyens d’investir dans l’isolation.
Perspectives : quelles réformes attendues pour les prochains mois ?
Plusieurs jalons pourraient modifier la situation dans les prochains mois. La réforme du chèque énergie, annoncée par le gouvernement pour l’automne 2026, devrait clarifier les modalités de distribution automatique et le barème 2027. La transposition de la directive européenne Citizens’ Energy Package, publiée le 30 avril 2026, introduit par ailleurs de nouveaux droits pour les consommateurs vulnérables, notamment la protection contre les pratiques commerciales agressives et l’accès facilité à l’autoconsommation collective.
Sur le front des aides à la rénovation, le budget ANAH 2026 de 4,6 milliards d’euros — dont 4,4 Md€ fléchés vers les aides directes aux ménages — a été validé en conseil d’administration. La priorité affichée va aux rénovations d’ampleur pour les ménages modestes. Les dispositions de l’éco-PTZ garanti à 75 % depuis mai 2026 constituent un levier concret pour lever l’obstacle du reste à charge initial, condition indispensable pour que la transition énergétique ne se fasse pas « à deux vitesses ».
Questions fréquentes — Précarité énergétique et aides 2026
Comment savoir si je suis éligible au chèque énergie 2026 ?
Le chèque énergie est attribué automatiquement — en principe — aux ménages dont le revenu fiscal de référence par unité de consommation est inférieur à 11 000 €/an. En pratique, la réforme de 2025 a exclu de nombreux ménages pourtant éligibles. Si vous n’avez pas reçu votre chèque énergie, vous pouvez vérifier votre éligibilité sur le site chequeenergie.gouv.fr et soumettre une demande de régularisation avant le 31 décembre 2026.
Quelles aides existent pour les ménages en situation de précarité énergétique ?
Plusieurs dispositifs se cumulent : le chèque énergie (153 € en moyenne, jusqu’à 277 € pour les plus précaires), le Tarif de Première Nécessité (TPN) sur l’électricité, le Tarif Spécial de Solidarité (TSS) sur le gaz, les fonds de solidarité logement (FSL) gérés par les départements pour les impayés, et MaPrimeRénov’ Parcours accompagné pour les travaux de rénovation. Le numéro national 0 800 060 060 (France Rénov’, gratuit) oriente vers les conseillers locaux.
Mon propriétaire tarde à rénover : ai-je des recours ?
Depuis le 1er janvier 2025, les propriétaires bailleurs ne peuvent plus augmenter le loyer d’un logement classé F ou G. À partir de 2028, les logements classés F seront interdits à la location, et en 2034 les logements classés G seront concernés. Si vous habitez une passoire thermique, vous pouvez saisir la Commission départementale de conciliation ou, en dernier recours, le tribunal judiciaire pour obtenir la réalisation des travaux nécessaires à la décence énergétique du logement.

