Depuis le 1er octobre 2025, le marché journalier européen de l’électricité est passé de la maille horaire à la maille du quart d’heure. La même autorité fait évoluer les frais d’intervention d’Enedis au 1er août 2026. La Commission de Régulation de l’Énergie (CRE) a lancé le 29 mai 2026 une nouvelle série de notes d’analyse intitulée « Éclairage sur… », dont le premier numéro dresse un bilan inédit de cette transformation du marché de gros. Ce que révèle cette analyse change concrètement la donne pour les consommateurs équipés de batteries solaires, d’une pompe à chaleur ou d’un abonnement Tempo.
Le passage aux prix quart d’heure : ce qui a changé en 2025
La réforme est européenne. Conformément au Règlement UE 2019/943, le pas de règlement des écarts (ISP) pour les gestionnaires de réseau de transport est passé à 15 minutes dès le 1er janvier 2025. Dans la foulée, le 30 septembre 2025, les Nominated Electricity Market Operators (NEMO) ont introduit les contrats de 15 minutes sur l’ensemble des marchés journaliers européens couplés. La France, comme ses voisins, s’est alignée sur cette réforme. L’Irlande est le seul pays participant au couplage qui n’est pas encore passé à la maille de 15 minutes du marché journalier.
La logique de cette évolution ? Cette évolution très importante vise à permettre aux acteurs de marché d’ajuster plus finement leur consommation ou production à mesure que le profil d’injection des énergies renouvelables évolue. L’essor du solaire — dont la production peut varier significativement d’un quart d’heure à l’autre — rendait la maille horaire insuffisante. Parallèlement, ce changement entraîne une obligation pour tous les NEMO de proposer des produits de 15 minutes pour l’ensemble des heures de la journée. Résultat : bien que les acteurs aient encore la possibilité de soumettre des ordres à la maille horaire, 85 % des volumes échangés durant la période octobre 2025 – janvier 2026 provenaient d’ordres soumis à la maille 15 minutes.
L’effet « dents de scie » : ce que la CRE documente pour la première fois
La première note « Éclairage sur… » de la CRE, accessible sur le site officiel de la CRE, décrit un phénomène inattendu apparu avec la granularité 15 minutes : les prix en « dents de scie ». Le passage au pas de temps 15 minutes a entraîné une discontinuité des prix en forme de « dents de scie » entre les quarts d’heure successifs. Concrètement, le prix de l’électricité peut être bas à 12 h 00, élevé à 12 h 15, puis bas à 12 h 30, créant une alternance rythmique.
L’explication tient à la coexistence de deux types d’ordres. Du côté des achats sur le marché journalier, 20 % des ordres relèvent de la maille horaire et 75 % de la maille quart d’heure. Les variations de prix observées sur le marché journalier entre deux heures successives dans le sens opposé résultent de la différenciation des prix entre la maille horaire et la maille quart d’heure. Les produits demi-horaires n’ont été utilisés que pendant les six premiers jours après le passage à la nouvelle granularité, avant d’être progressivement délaissés par les acteurs.
La CRE précise toutefois que ces variations de prix en « dents de scie » avaient été déjà observées sur le marché infrajournalier continu avant même le passage à la nouvelle maille du marché journalier. Il ne s’agit donc pas d’une anomalie, mais d’un phénomène inhérent à la transition. En outre, le 4 février 2026, la CRE a délibéré pour que l’enchère de capacité infrajournalière pour la frontière France-Allemagne soit désormais organisée à la maille de 15 minutes, ce qui devrait homogénéiser les prix entre les deux marchés.
Impact concret pour les consommateurs : batteries, Tempo et heures creuses
Pour les ménages équipés d’une batterie domestique ou d’une pompe à chaleur communicante, cette évolution est une opportunité. Ce changement peut être favorable aux batteries, qui pourront bénéficier de signaux de prix plus granulaires pour optimiser leurs cycles de charge et décharge. En clair : si votre batterie peut acheter l’électricité au quart d’heure le moins cher de la journée (parfois en-dessous de zéro lors de fort ensoleillement), le gain économique devient réel. Cela s’inscrit dans la dynamique des 835 heures à prix plancher associées à la tarification tarification dynamique prévue.
Cette dynamique peut par ailleurs offrir des opportunités de valorisation complémentaire, notamment pour les acteurs flexibles capables de répondre à des signaux de prix à la maille du quart d’heure. Pour les ménages disposant d’un abonnement Tempo EDF, la question se pose de savoir si la couleur des jours sera à terme influencée par ces prix quart-d’heure. Sur ce point, la CRE consulte actuellement les acteurs : au regard des particularités de l’hiver 2025-2026, la CRE interroge les acteurs sur les modalités de tirage de la couleur des jours Tempo, suite au tirage d’un grand nombre de jours rouges en fin de période. Ces évolutions sont à suivre dans notre analyse des tarifs réglementés flexibles expérimentés par la CRE.
En parallèle, la CRE propose d’étendre l’option heures pleines/heures creuses à partir d’une puissance souscrite de 3 kVA, ce qui élargirait le public concerné par cette tarification différenciée. Pour bénéficier de toutes ces opportunités, l’équipement de base reste le compteur Linky. Linky est désormais déployé dans 37,6 millions de foyers français, équipant la quasi-totalité des ménages pour accéder à la tarification quart-d’heure, sous réserve que leur offre contractuelle le permette. Actuellement, au 30 septembre 2025, environ 47 % des sites de consommation sont en offre de marché, les autres restant au tarif réglementé.
Marchés de gros : des volumes en forte hausse, des à-termes en repli
Au-delà des prix, la CRE publie un bilan quantitatif des marchés. Les volumes échangés sur les marchés de gros français au cours de la période ont atteint 597 TWh, représentant une progression de 8,6 % sur un an. Ce dynamisme traduit le développement de l’activité des acteurs de marché. Toutefois, les volumes échangés sur des contrats à terme à livraison physique ont baissé de 40 %, signe que les acteurs privilégient les échanges de court terme au détriment des couvertures longues.
Cette tendance s’explique en partie par la volatilité accrue : les prix de court terme sont volatils car l’électricité ne peut pas être stockée à grande échelle et doit être produite et consommée au même moment. La série « Éclairage sur… » de la CRE — dont les prochains numéros couvriront des sujets liés aux marchés de gros ou de détail de l’énergie, aux réseaux d’électricité ou de gaz ou encore aux questions tarifaires — vise à fournir aux consommateurs une clé de lecture de ces évolutions rapides. Vous pouvez également suivre l’impact des prix négatifs extrêmes de l’électricité, un phénomène directement amplifié par la granularité plus fine.
Perspectives : vers une tarification dynamique au quart d’heure dès juillet 2026
La CRE a ouvert en 2026 une consultation sur les évolutions des TRVE dans un contexte de transformation des fondamentaux économiques du système électrique français, incluant l’essor des énergies renouvelables et des nouveaux usages électriques. Au cœur du débat : faut-il que le tarif réglementé reflète davantage les coûts réels, y compris la volatilité quart-d’heure ? En parallèle, la CRE a ouvert une consultation publique le 22 janvier 2026 sur les modalités selon lesquelles l’offre à tarification dynamique prévue à l’article L. 332-7 II du code de l’énergie doit être proposée.
Cette tarification dynamique, indexée en temps réel sur les prix EPEX Spot, entrera en vigueur dans les offres prochainement, conformément à l’article L. 332-7 II du code de l’énergie. Elle sera d’autant plus pertinente que les prix fluctueront désormais au quart d’heure. À noter que il n’est pas prévu de supprimer les produits horaires à court terme : les consommateurs en tarif fixe ne seront donc pas directement exposés à ces variations, sauf s’ils choisissent une offre dynamique. Le TURPE, autre composante clé de la facture, intègre déjà ces logiques : le TURPE 5 a introduit des tarifs à différenciation temporelle obligatoires, distinguant cinq classes de périodes tarifaires. Retrouvez l’impact des nouveaux taux d’accise sur l’électricité, autre composante de la facture. Pour une vue d’ensemble, consultez notre guide complet sur le prix de l’énergie.
Questions fréquentes
Qu’est-ce que la granularité 15 minutes sur les marchés de gros de l’électricité ?
Depuis le 1er octobre 2025, l’électricité se négocie sur les marchés journaliers européens par tranches de 15 minutes et non plus par heure. Cela permet aux producteurs solaires et éoliens d’ajuster leurs offres, et aux consommateurs flexibles (batteries, pompes à chaleur) d’optimiser leurs achats aux moments où les prix sont les plus bas.
Les prix en « dents de scie » vont-ils augmenter ma facture d’électricité ?
Non, si vous êtes au tarif réglementé EDF (TRVe), votre facture n’est pas directement impactée par ces fluctuations de court terme. En revanche, avec une offre dynamique ou une batterie pilotée par les prix de marché, vous pouvez tirer profit des quarts d’heure à prix bas ou négatifs, notamment aux heures de fort ensoleillement.
Quand la tarification dynamique au quart d’heure sera-t-elle disponible pour les particuliers ?
La tarification dynamique (indexée en temps réel sur l’EPEX Spot) entre en vigueur prochainement, conformément à l’article L. 332-7 II du code de l’énergie. Elle restera optionnelle : les consommateurs qui le souhaitent pourront y souscrire, notamment s’ils disposent d’une batterie domestique ou d’un système domotique capable de réagir aux signaux de prix horaires ou quart-d’heure.

