L’interconnexion électrique France-Espagne du golfe de Gascogne vient de franchir une étape décisive : RTE et son partenaire espagnol Red Eléctrica ont engagé la pose des câbles en mer. Ce chantier sous-marin hors norme doit, à terme, doubler les capacités d’échange entre les deux pays et fluidifier l’intégration des énergies renouvelables de part et d’autre des Pyrénées. Plongée dans un projet stratégique pour le réseau électrique européen.
Les faits : un câble géant entre Bordeaux et Bilbao
Selon la page projet de RTE consacrée au golfe de Gascogne, la nouvelle liaison est longue de 400 km, enfouie dans le sol ou au fond de l’Océan, et reliera le poste de Cubnezais près de Bordeaux et le poste de Gatika près de Bilbao. Techniquement, la double liaison électrique d’environ 400 km comporte 300 km sous-marins, mobilisant quelque 1 600 km de câbles HVDC sous-marins et terrestres. Le cœur du dispositif repose sur deux liaisons à courant continu haute tension (CCHT, en anglais HVDC) d’une capacité de 1 000 MW chacune.
L’enjeu est de taille pour la sécurité d’approvisionnement : cette ligne doublera les capacités d’échanges d’électricité entre la France et l’Espagne pour les porter à 5 000 MW, soit de quoi alimenter 5 millions de foyers environ. Concrètement, les capacités d’interconnexion entre l’Espagne et la France passeront de 2,8 GW à 5 GW, ce qui revient à augmenter de près de 80 % les capacités d’échanges électriques entre les deux pays.
Le calendrier s’accélère enfin après des années de préparation. Les travaux en mer, engagés depuis le 25 mai 2026, se déroulent en plusieurs phases, alors que plus de 50 % des travaux de tranchées nécessaires à l’installation des deux liaisons électriques sont désormais terminés. La mise en service de l’interconnexion Golfe de Gascogne est prévue à l’horizon 2028.
Mise en perspective : cinq ans de concertation et un financement européen
Le projet n’est pas né d’hier. Le 22 septembre 2023, le projet d’interconnexion électrique entre la France et l’Espagne a été déclaré d’utilité publique, une décision qui venait conclure une phase de concertation de près de 5 ans. Les contrats de fourniture des câbles ont été attribués à NKT HV Cables et Prysmian Powerlink, deux sociétés spécialisées dans l’installation de câbles sous-marins.
Côté budget, le chantier mobilise des fonds considérables : 3,1 Md€ d’investissement, répartis entre RTE et Red Eléctrica, dont 578 M€ de subvention de l’Union Européenne et 1,6 milliard d’euros de la Banque Européenne d’Investissement. Le coût industriel s’établit à 2,85 milliards d’euros, auxquels s’ajoute une provision pour risques de 250 millions d’euros. En tant que projet structurant, l’interconnexion du golfe de Gascogne est classée par l’Union européenne comme un projet d’intérêt commun et bénéficie d’une subvention européenne de 578 M€ provenant du Mécanisme pour l’interconnexion en Europe. La Banque européenne d’investissement s’engage à financer à hauteur de 1,6 milliard d’euros la construction de l’interconnexion électrique entre l’Espagne et la France, dont les premières tranches ont été signées pour un montant total de 1,2 milliard d’euros.
Le partage de la facture entre les deux pays a été tranché par les régulateurs : d’après la CRE, la CRE a conclu en 2017, pour le projet Golfe de Gascogne, un accord de partage des coûts avec la CNMC, le régulateur espagnol. Ce type d’investissement s’inscrit dans l’effort massif de modernisation du réseau que nous avons documenté, de l’effort d’investissement de RTE sur le réseau en 2026 aux fonds mobilisés par la Caisse des Dépôts pour le réseau.
Impact concret : moins de gaspillage d’électricité verte
Au-delà des chiffres, l’interconnexion répond à un problème bien concret du système électrique européen : le gâchis de production renouvelable quand un pays produit plus qu’il ne consomme. Selon RTE, l’interconnexion devrait éviter à nos deux pays la perte de 7 430 GWh/an d’électricité verte, et permettre d’éviter le rejet de 600 000 tonnes de CO₂ par an. Mieux relier la France et la péninsule ibérique, c’est lisser les pics, exporter les surplus solaires espagnols et limiter les épisodes de fragilité du réseau ibérique mis en lumière par le blackout de 2025.
Le chantier a aussi des retombées économiques territoriales : 600 millions d’euros sont investis en France, dont 175 M€ localisés dans le Sud-Ouest. Cette dynamique d’intégration accompagne la montée en puissance des renouvelables — la même qui a fait reculer les prix de marché, comme l’illustrent le recul des prix de l’électricité en Europe porté par les renouvelables et la part croissante du solaire et de l’éolien dans le mix électrique européen.
Perspectives : vers une plaque électrique européenne
L’interconnexion du golfe de Gascogne n’est qu’une brique d’un réseau européen de plus en plus maillé, condition indispensable à une électricité décarbonée et compétitive. À mesure que la France raccorde ses parcs en mer — nous suivions récemment le bouclage des 9 premiers parcs éoliens offshore raccordés par RTE — la capacité à échanger avec les voisins devient stratégique. Pour comprendre les grands chantiers qui façonnent le système électrique de demain, notre guide complet sur les énergies du futur remet ces investissements en perspective. Prochaine échéance clé : la mise sous tension de la liaison, attendue à l’horizon 2028.
Questions fréquentes
À quoi sert l’interconnexion électrique France-Espagne du golfe de Gascogne ?
Elle double les capacités d’échange d’électricité entre la France et l’Espagne, en les faisant passer de 2,8 GW à 5 GW. Elle sécurise l’approvisionnement, facilite l’intégration des renouvelables et limite le gaspillage d’électricité verte de part et d’autre des Pyrénées.
Combien coûte le projet et qui le finance ?
L’investissement total se compte en milliards d’euros, répartis entre RTE et le gestionnaire espagnol Red Eléctrica. Le projet bénéficie d’un soutien de l’Union européenne, via le Mécanisme pour l’interconnexion en Europe, et d’un financement de la Banque européenne d’investissement.
Quand l’interconnexion sera-t-elle mise en service ?
La mise en service est prévue à l’horizon 2028. Les travaux en mer ont démarré fin mai 2026 et se déroulent en plusieurs phases, alors que plus de la moitié des travaux de tranchées terrestres sont déjà terminés.

