Nouvelle étape pour l’éolien terrestre français : la Commission de régulation de l’énergie (CRE) a publié sa délibération sur la 11e période de l’appel d’offres « PPE2 Éolien », délibérée à Paris le 24 juin 2026. Résultat marquant : un prix moyen retenu de 77,08 €/MWh, en baisse de 9,5 €/MWh (-11,0 %) par rapport à la précédente période — une chute tirée par une proportion inédite de projets de renouvellement de parcs existants (« repowering »).
Les faits : 39 lauréats retenus sur 144 candidatures
Selon la délibération n°2026-129 publiée par la CRE, cette 11e période de l’appel d’offres « PPE2 Éolien terrestre », clôturée le 21 mai 2026, portait sur une puissance appelée de 800 MW. La puissance cumulée des cent-quarante-quatre (144) dossiers déposés s’élève à 2 377,90 MW, soit près de trois fois l’objectif visé. Au terme de l’instruction, la puissance cumulée des offres que la CRE propose de retenir s’élève à 808,03 MW, ce qui représente 101 % des 800 MW recherchés, via trente-neuf (39) dossiers retenus.
La puissance cumulée des dossiers déposés à cette période est la plus élevée depuis le lancement de l’appel d’offres en 2021, un afflux que la CRE explique en partie par le calendrier : ce fort taux de souscription peut s’expliquer par les délais importants entre la clôture des dixième et onzième périodes, qui s’élèvent à dix mois contre généralement moins de six mois entre les précédentes périodes.
Le repowering, moteur de la baisse des prix
Le chiffre le plus significatif de cette période concerne la part des projets de renouvellement de parcs existants. Cette période est caractérisée par un volume de dossiers déposés en repowering particulièrement conséquent, de 642 MW (33 dossiers), soit 27 % de la puissance cumulée de l’ensemble des dossiers déposés, alors que, depuis le lancement de l’appel d’offres en 2021, les projets en repowering représentent 13 % du total des dossiers déposés. Un doublement de la part habituelle qui n’est pas resté sans effet sur les résultats : 83 % de la puissance cumulée des projets en repowering déposés font partie de la liste des candidats que la CRE propose de retenir, contre seulement 16 % de la puissance cumulée des projets hors repowering déposés.
Cette percée du renouvellement de parcs avait été facilitée en amont par un assouplissement administratif : la circulaire qui a simplifié le renouvellement d’un grand nombre de parcs éoliens terrestres existants. Techniquement, les projets de repowering retenus se distinguent nettement du reste du parc : une vitesse de vent à 100 m de hauteur de 6,9 m/s en moyenne, contre 6,5 m/s pour l’ensemble des dossiers déposés, et un diamètre de rotor moyen de 125 mètres, contre 131 mètres pour l’ensemble des dossiers déposés — des turbines plus compactes installées sur des sites déjà identifiés comme favorables.
Impact concret : un soutien public qui devient neutre, voire négatif
Conséquence directe de la baisse des prix retenus : dans un scénario de prix médian (70 €2024/MWh en 2030), le soutien aux installations éoliennes à terre issues du présent appel d’offres ne constitue déjà pas une charge pour l’État. Mieux, le niveau de tarif bas observé lors de cette période implique une estimation des charges de service public de l’énergie (CSPE) associées qui est négative (-42 M€2026) dans un scénario de prix de gros médian — autrement dit, ces projets rapporteraient au budget de l’État plutôt que de lui coûter, si les prix de marché se maintiennent à ce niveau. Une dynamique à mettre en regard du rapport de surveillance des marchés de gros publié fin juin 2026 par la CRE, qui documentait déjà la baisse structurelle des prix de l’électricité en France.
Le coût effectif du soutien aux projets lauréats pour les finances publiques dépendra toutefois de l’évolution des prix de gros de l’électricité : il sera plus élevé si les prix de gros sont bas, moins élevé si les prix de gros sont hauts. Pour la filière, l’enseignement est clair : le repowering s’impose désormais comme la voie la plus compétitive pour développer de nouvelles capacités, loin devant les projets entièrement nouveaux, dans la lignée des objectifs de développement de l’éolien terrestre fixés par la 3e programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE3).
Perspectives
Face à ces résultats, la CRE invite à nouveau les administrations à réinterroger les différentes contraintes limitant la hauteur des turbines ou le renouvellement des projets en France, qui ont un impact notable sur le coût des projets éoliens, sans ignorer les enjeux d’acceptabilité locale associés. L’organisme recommande également d’ajuster le calibrage des prochaines périodes : conformément aux orientations de la 3e programmation pluriannuelle de l’énergie, la CRE recommande de procéder à un report des volumes correspondant au remplacement de volumes existants dans le volume appelé de la prochaine période d’appel d’offres.
Concrètement, ces projets devraient permettre en théorie une augmentation de puissance du parc éolien à terre français de 472 MW au total, dont 199 MW liés au repowering — un gain net qui illustre la capacité de la filière à croître tout en optimisant les sites déjà exploités plutôt qu’en multipliant les nouvelles implantations. La CRE a adopté le rapport de synthèse de l’instruction et transmis la délibération à la ministre chargée de l’énergie, à qui revient désormais la décision finale de désignation des lauréats.
Questions fréquentes
Qu’est-ce que le « repowering » éolien ?
Le repowering consiste à remplacer les éoliennes d’un parc existant par des turbines plus récentes et souvent plus performantes, sur un site déjà identifié comme favorable au vent et déjà raccordé au réseau. Cette approche réduit les coûts et les délais par rapport à un projet entièrement nouveau.
Combien de projets ont été retenus lors de la 11e période PPE2 Éolien ?
La CRE propose de retenir trente-neuf (39) dossiers représentant une puissance cumulée de 808,03 MW, sur 144 dossiers déposés au total.
Le soutien public à l’éolien terrestre coûte-t-il encore de l’argent à l’État ?
Pas nécessairement : dans un scénario de prix médian, le soutien aux installations éoliennes à terre issues de cet appel d’offres ne constitue déjà pas une charge pour l’État, et pourrait même représenter une recette nette si les prix de marché restent élevés.

