Alors que la France reste très en retard sur ses objectifs de rénovation énergétique, l’ADEME mise sur une méthode encore marginale mais en plein essor pour accélérer le rythme : la rénovation hors-site, ou industrialisée. L’Agence vient de réaffirmer son soutien à cette approche, entre financement de la R&D et appels à projets dédiés.
Les faits : l’ADEME muscle son soutien à la préfabrication
Dans sa lettre recherche consacrée à la rénovation globale et performante, l’ADEME est directe : l’ADEME renforce alors son soutien à des projets R&D pour explorer la pré-industrialisation hors site pour la construction et la rénovation. Concrètement, l’Agence a piloté un appel à projets dédié : le dispositif accompagne le développement de la construction et de la rénovation hors site en France, en finançant des projets d’industrialisation, d’usines de préfabrication, de R&D et de démonstrateurs, dans le cadre du plan d’investissement France 2030 au sein de la stratégie d’accélération « Ville Durable et Bâtiments innovants ».
Sur le plan technique, l’ADEME définit ainsi la méthode : il s’agit d’un processus de construction ou de rénovation intégrant la conception, la préfabrication, la logistique, le contrôle qualité, la mise en œuvre sur le chantier et la démontabilité en fin de vie, de sous-ensembles de bâtiments produits en dehors du chantier. L’appel à projets, ouvert du 15 février 2023 au 15 janvier 2024, ciblait un budget minimum par dossier de 1 M€, sauf dans les départements d’outre-mer et en Corse où ce minimum pouvait être ramené à 0,5 M€, et s’adressait aux entreprises de préfabrication ou d’assemblage, seules, ou en groupement et/ou en collaboration.
Mise en perspective : un retard chiffré par l’ADEME elle-même
Pourquoi cet investissement dans l’industrialisation ? Parce que le compte n’y est pas. Selon les chiffres clés de la rénovation énergétique résidentielle mis à jour par l’ADEME, le parc de logements peine à basculer vers les meilleures classes énergétiques : le parc de logements devrait être constitué de 80 à 90% de logements atteignant les classes DPE A et B, contre 9% en 2025. Or en 2023, on ne comptait encore que 50 à 100 000 rénovations de logements au niveau du label BBC, quand l’ADEME fixe une cible provisoire de 550 000 à 600 000 rénovations d’ampleur en moyenne par an d’ici 2030, pour atteindre un rythme de rénovations vers les classes DPE A ou B de l’ordre de 1 000 000 par an d’ici 2050.
Un avis d’expert de l’ADEME sur la rénovation performante des logements rappelle l’enjeu : les logements représentent 30% de l’énergie finale utilisée en France, soit 10% des émissions de gaz à effet de serre, alors que seulement 6% des logements français sont classés A et B. Autre signal d’alerte relevé par l’Agence : les enquêtes faites en 2016-2017 montrent que 75 % des travaux de rénovation en maisons individuelles n’ont pas permis de changer de classe de DPE — d’où l’insistance de l’ADEME sur des rénovations globales plutôt que par gestes isolés, un basculement que MaPrimeRénov’ encourage désormais aussi côté aides publiques.
Impact concret : quelles filières, quels bénéficiaires
Les investissements engagés donnent une idée de l’ampleur du chantier : les investissements dans la rénovation énergétique s’élèvent en 2024 à 15,1 milliards d’€, en baisse de 22% depuis 2022, alors qu’il faudrait, selon l’ADEME, des investissements annuels moyens dans la rénovation énergétique performante de 31 milliards d’€ en 2030. Une trajectoire déjà amorcée sur les rénovations d’ampleur, qui progressent : elles sont passées de 71 600 en 2023 à 120 300 en 2025, soit une augmentation de 68% en 2 ans.
Pour orienter ces moyens, l’ADEME a financé une étude dédiée au financement de la rénovation énergétique performante des logements, qui formule 12 propositions prioritaires structurantes spécifiques à une catégorie de logements (individuels, collectifs et sociaux), et 5 propositions prioritaires transverses à ces 3 parcs, à partir d’orientations de politiques publiques pour le financement de la rénovation performante des logements français. Le logement social fait explicitement partie des parcs ciblés par ces recommandations différenciées.
Sur le terrain, la R&D soutenue par l’ADEME a déjà donné lieu à des expérimentations concrètes : un outil prototype a pu être testé en fin de projet dans le cadre d’une opération de rénovation portée par un bailleur social, signe que le logement social sert de premier terrain d’essai à ces méthodes industrialisées.
Perspectives : l’objectif de rénovations BBC par an, encore loin
L’enjeu reste de sortir la rénovation énergétique de l’artisanat pour la faire changer d’échelle. L’ADEME le formule sans détour : réaliser 700 000 rénovations BBC par an, objectif de la Stratégie nationale bas carbone, est un enjeu majeur, quand le rythme actuel reste très en retrait — il s’agit de passer de moins de 50 000 logements rénovés performants par an aujourd’hui, à plus de 700 000 en rythme de croisière. Face à un tel écart, la préfabrication hors-site — qui promet des chantiers plus rapides, mieux contrôlés en qualité et plus faciles à dupliquer — a vocation à devenir un levier de massification, aux côtés des aides financières classiques comme celles pilotées par l’Anah.
Questions fréquentes
Qu’est-ce que la rénovation hors-site ?
Selon la définition de l’ADEME, c’est un processus de construction ou de rénovation intégrant la conception, la préfabrication, la logistique, le contrôle qualité, la mise en œuvre sur le chantier et la démontabilité en fin de vie, de sous-ensembles de bâtiments produits en dehors du chantier.
Pourquoi l’ADEME soutient-elle cette méthode ?
Parce que le rythme actuel de rénovation est trop faible face aux objectifs nationaux : l’ADEME vise 700 000 rénovations BBC par an, contre moins de 50 000 logements rénovés performants par an aujourd’hui. La préfabrication permet des chantiers plus rapides et plus reproductibles.
Le logement social est-il concerné ?
Oui : les recommandations de politiques publiques financées par l’ADEME ciblent spécifiquement le parc social parmi les catégories de logements prioritaires, et un outil prototype de rénovation hors-site a déjà été testé sur une opération portée par un bailleur social.

