Le raccordement Enedis d’une maison neuve, de panneaux solaires ou d’une borne de recharge va coûter plus cher. La Commission de régulation de l’énergie a approuvé le 28 juillet 2026 la nouvelle grille tarifaire du gestionnaire du réseau de distribution, qui s’appliquera à partir du 28 octobre 2026. Pour les installations de 36 kVA et moins — c’est-à-dire la quasi-totalité des logements individuels —, les travaux de branchement grimpent de 11,3 % en moyenne.
Ce que la CRE a validé
Le barème de raccordement est le document qui fixe le prix des opérations facturées par Enedis lorsqu’un particulier, un promoteur ou un producteur demande à être relié au réseau public de distribution d’électricité. Il ne relève pas de la libre décision de l’opérateur : il doit être approuvé par le régulateur. C’est chose faite avec la délibération portant approbation du barème d’Enedis, rendue publique début août.
Le calendrier de cette révision est instructif. Enedis a d’abord consulté les utilisateurs du réseau : le distributeur indique avoir mené du 23 avril 2026 au 22 mai 2026 une concertation auprès du Comité des utilisateurs du réseau de distribution. Il a ensuite saisi le régulateur par courrier du 3 juillet 2026, complété par une saisine rectificative deux semaines plus tard. La grille validée porte la référence Version 8 du document Enedis-NMO-RAC_009E, et succède à la version approuvée par la délibération n°2025-100 de la CRE du 17 avril 2025.
L’entrée en vigueur n’est pas immédiate : la CRE rappelle dans sa délibération du 28 juillet que le texte s’applique trois mois après son approbation. Les devis émis d’ici là restent donc établis sur l’ancienne grille — une fenêtre qui compte pour tout projet déjà engagé.
Qui paie plus, qui paie moins
La hausse n’est pas uniforme. Elle frappe surtout le segment domestique, celui des maisons individuelles et des petites installations solaires. Le régulateur détaille les évolutions par catégorie d’utilisateur.
| Segment | Travaux de branchement | Travaux d’extension |
|---|---|---|
| Consommateurs et producteurs BT jusqu’à 36 kVA | 11,3 % | 5,9 % |
| Consommateurs BT au-delà de 36 kVA | 6,7 % | 5,5 % |
| Producteurs BT au-delà de 36 kVA | 6,8 % | 5,6 % |
| Extensions HTA en zone ZFA | — | 6,3 % |
| Extensions HTA jusqu’à 400 m en ZFB | — | baisse de -15,2 % |
Deux enseignements ressortent de ce tableau. D’abord, le branchement — la partie qui relie physiquement le logement au réseau — augmente nettement plus que l’extension de réseau. Ensuite, tout n’augmente pas : les extensions moyenne tension les plus courtes dans les grandes communes reculent sensiblement, signe que le régulateur a accepté un rééquilibrage entre segments plutôt qu’une hausse générale.
Le poste le plus spectaculaire concerne les postes de transformation, qui intéressent surtout les opérations collectives et les projets de production. Pour les postes ruraux compacts simplifiés, la délibération relève une hausse de 52 % jusqu’à 160 kVA, et 34 % au-delà. Un ordre de grandeur qui pèsera sur les budgets d’autoconsommation collective en zone rurale, où la création d’un poste est souvent inévitable.
À l’échelle nationale, l’enjeu financier est identifié. Les opérations couvertes par les formules de coûts simplifiées ont représenté des recettes d’environ 305 M€ pour l’année 2025, et le régulateur estime que le nouveau barème devrait les porter à environ 383 M€. L’écart entre ces deux montants sera prélevé chaque année sur les demandeurs de raccordement.
Cinq nouveaux forfaits qui clarifient la facture
Le barème ne se contente pas d’augmenter des prix : il crée aussi de nouvelles formules de coûts simplifiées, ces forfaits qui remplacent un devis au cas par cas. Pour l’usager, c’est un gain de lisibilité — on connaît le prix avant d’engager la démarche — même si le forfait n’est pas toujours moins cher qu’un devis.
- Demande anticipée de raccordement en dessous de 36 kVA avec extension : 505 € HT, soit 606 € TTC, sans réfaction applicable.
- Passage d’un branchement au-delà de 36 kVA vers un branchement domestique : 1 060 € HT, soit 1 272 € TTC avant réfaction.
- Raccordements et modifications des installations collectives jusqu’à 36 kVA : 1 887 € HT avant réfaction.
- Suppression d’un branchement domestique avec terrassement : 2 126 € HT en zone ZFA.
- Armoire de coupure moyenne tension : 25 580 € HT avant réfaction.
Une évolution technique mérite d’être signalée, car elle joue à la baisse. Le retrait progressif du gaz SF6 des matériels de réseau conduit à supprimer une catégorie de poste préfabriqué. La CRE note que cela diminue le prix de la FCS >160 kVA concernée, tout en déplaçant une partie du volume vers un matériel plus onéreux. Autrement dit, la transition environnementale des équipements réseau se lit désormais directement dans la grille tarifaire.
La réfaction, ce rabais invisible sur votre devis
Voilà le point que la plupart des porteurs de projet découvrent trop tard. Les montants publiés dans le barème ne sont pas ceux que l’on paie : Enedis précise que les prix du présent barème ne tiennent pas compte de la réfaction tarifaire, sauf mention contraire. La réfaction est la part du coût de raccordement qui n’est pas facturée au demandeur, parce qu’elle est mutualisée sur l’ensemble des consommateurs via le tarif d’utilisation des réseaux.
L’annexe tarifaire du barème fixe trois niveaux à la date d’approbation : 80% pour les raccordements relevant du décret n°2022-795 du 9 mai 2022, 0% pour les producteurs non renouvelables, et 40% dans les autres cas. Concrètement, un branchement complet en basse tension sous 36 kVA affiché 2 644,00 € HT au barème ne sera pas facturé à ce niveau au demandeur éligible : c’est la fraction restante, après réfaction, qui apparaît sur la proposition de raccordement.
Cette mécanique explique pourquoi deux voisins peuvent recevoir des devis très différents pour des travaux comparables. Elle explique aussi pourquoi la hausse du barème ne se traduit pas mécaniquement par la même hausse sur la facture finale : plus le taux de réfaction est élevé, plus l’augmentation est amortie. Les porteurs de projets solaires ont tout intérêt à vérifier leur éligibilité, un point que nous détaillons dans notre guide sur le raccordement Enedis de panneaux solaires.
Ce qu’il faut anticiper avant l’entrée en vigueur
Le délai de trois mois avant application ouvre une fenêtre d’opportunité concrète, à condition de savoir ce qui déclenche l’application d’un barème plutôt que d’un autre. Trois profils sont particulièrement concernés.
- Vous faites construire. Le branchement d’une maison neuve relève du segment le plus touché. Si le terrain est déjà identifié, engager la demande de raccordement sans attendre l’automne peut représenter plusieurs centaines d’euros d’écart.
- Vous installez du photovoltaïque. Les producteurs en basse tension sont concernés au même titre que les consommateurs. Les démarches préalables, du CONSUEL à l’attestation de conformité, sont détaillées dans notre article sur l’autoconsommation solaire et le raccordement Enedis, et le cadre général reste posé par notre guide complet des panneaux solaires en autoconsommation.
- Vous équipez un parking ou une copropriété. La création d’une dérivation pour une borne de recharge suit sa propre logique tarifaire ; nous en avons décrit le parcours dans notre guide du raccordement Enedis d’une borne de recharge.
Au-delà du cas individuel, cette révision s’inscrit dans un mouvement de fond : le réseau de distribution absorbe une vague de nouveaux usages, entre véhicules électriques, pompes à chaleur et production décentralisée. Nous avions documenté cette bascule à travers la vague de raccordements absorbée par Enedis sur une seule année. Financer cette adaptation suppose des arbitrages entre ce que paie le demandeur et ce que paie la collectivité des consommateurs — un équilibre dont la réfaction est le curseur, et le prix de l’énergie la variable d’ajustement.
Enfin, la CRE ne referme pas le dossier. Le régulateur annonce que la prochaine révision du barème de raccordement aura lieu au plus tard en 2029, et demande à Enedis d’approfondir d’ici là l’analyse des évolutions de coûts. Une échéance à garder en tête pour les projets pluriannuels, notamment en autoconsommation collective, où le rôle d’Enedis structure l’ensemble du montage.
Questions fréquentes
Mon devis de raccordement en cours est-il concerné par la hausse ?
Le nouveau barème s’applique à partir du 28 octobre 2026, trois mois après son approbation par le régulateur. Les propositions de raccordement établies avant cette échéance reposent sur la grille précédente. Si votre projet est mûr, engager la demande avant l’automne évite de basculer sur les nouveaux prix.
Pourquoi le prix du barème ne correspond pas au montant de ma facture ?
Parce que le barème publie des prix avant réfaction tarifaire. Selon la situation, la part non facturée au demandeur atteint 80%, 40% ou rien du tout pour les producteurs non renouvelables. Le solde est mutualisé sur le tarif d’utilisation des réseaux, donc sur l’ensemble des consommateurs.
Une installation solaire de petite puissance est-elle plus taxée qu’un logement ?
Non : jusqu’à 36 kVA, consommateurs et producteurs relèvent du même segment tarifaire et subissent la même évolution. L’écart apparaît au-delà de ce seuil, où les producteurs voient leurs travaux de branchement progresser de 6,8 % en moyenne contre 6,7 % en moyenne pour les consommateurs.
Sources officielles
- CRE — La CRE approuve le nouveau barème de raccordement d’Enedis
- CRE — Délibération d’approbation du barème de raccordement
- Enedis — Barème pour la facturation des raccordements, annexe tarifaire

