Bail vert, audit énergétique : qui paie entre bailleur et locataire commercial ? La loi n’attribue pas explicitement ce coût dans l’annexe environnementale des locaux tertiaires de plus de 2 000 mètres carrés à usage de bureaux ou de commerces, contrairement à ce qu’elle prévoit pour d’autres diagnostics analogues. Résultat : une question renvoyée à la négociation contractuelle entre les parties.
Comprendre le bail vert et l’audit énergétique de l’annexe environnementale
Le bail vert, formalisé par une annexe environnementale, encadre les relations entre bailleur et locataire sur les enjeux de performance énergétique du local loué. Ce dispositif, ses obligations et son contenu détaillé sont présentés dans notre guide complet du bail vert et de l’annexe environnementale, que nous complétons ici sur un point précis, rarement traité : le financement de l’audit énergétique.
La loi impose cette annexe pour tout bail conclu ou renouvelé sur des locaux de plus de 2 000 mètres carrés à usage de bureaux ou de commerces, en application de l’article L.125-9 du code de l’environnement, une obligation introduite par le rapport de la commission mixte paritaire sur la loi portant engagement national pour l’environnement. Ce type de flou contractuel sur la répartition des charges se retrouve aussi dans l’habitat résidentiel, par exemple pour l’entretien de la VMC entre propriétaire et locataire. Un décret définit le contenu de cette annexe — le décret n°2011-2058 du 30 décembre 2011, qui précise les informations que bailleur et locataire doivent échanger.
À ne pas confondre avec le décret tertiaire (dispositif Éco Énergie Tertiaire), dont le champ d’application diffère par le seuil de surface : Toutes les constructions existantes et neuves, dont les bâtiments ont une surface d’activité tertiaire (ou un cumul de surfaces) égale ou supérieure à 1 000 m² y sont soumises, contre 2 000 mètres carrés pour l’annexe environnementale du bail vert. Les deux dispositifs se recoupent souvent dans un même immeuble tertiaire, sans se confondre juridiquement.
Dans le même mouvement réglementaire issu du Grenelle II, les bâtiments équipés d’une installation collective de chauffage ou de refroidissement sont soumis à une obligation proche : Un diagnostic de performance énergétique est réalisé pour les bâtiments équipés d’une installation collective de chauffage ou de refroidissement, dans un délai de cinq ans à compter du 1 er janvier 2012, et dans ces bâtiments, un audit énergétique doit être réalisé. Le contenu et les modalités de réalisation de cet audit sont définis par décret en Conseil d’État, sans qu’aucune règle de financement n’y soit associée — un vide que l’on retrouve, à l’identique, dans le régime spécifique de l’annexe environnementale du bail vert.
Concrètement, Cette annexe environnementale peut prévoir les obligations qui s’imposent aux preneurs pour limiter la consommation énergétique des locaux concernés, tandis que Le preneur et le bailleur se communiquent mutuellement toutes informations utiles relatives aux consommations énergétiques des locaux loués. C’est souvent à l’occasion de la négociation de cette annexe que les parties décident de faire réaliser un audit énergétique, sur le modèle méthodologique de la norme EN 16247 que nous détaillons dans notre guide de l’audit énergétique, sans qu’aucune clause de bail ne soit imposée par un texte réglementaire dédié.
Comparatif : bail commercial classique vs bail vert face au coût de l’audit
Avant la loi Pinel de 2014, le bail commercial ne comportait aucun cadre légal sur la répartition des charges entre les parties. Ce vide n’était pas anodin : le défaut de transparence et de prévisibilité pour le locataire du montant des charges courantes, mais aussi et surtout exceptionnelles (gros travaux), est souvent pointé par les praticiens. De fait, Le régime des baux commerciaux prévu aux articles L. 145-1 à L. 145-60 du code de commerce ne comporte aucun disposition en matière d’état des lieux et de répartition des charges locatives entre bailleur et locataire, comme le relevait le rapport sénatorial sur le projet de loi relatif à l’artisanat, au commerce et aux très petites entreprises. La loi Pinel a changé la donne pour les charges en général — mais pas pour l’audit énergétique du bail vert, resté hors de son champ d’application.
| Critère | Bail commercial classique (avant la loi Pinel) | Bail vert / annexe environnementale |
|---|---|---|
| Base légale sur la répartition des charges | Aucune disposition dédiée dans le code de commerce | Article L.125-9 du code de l’environnement et décret n°2011-2058 |
| État des lieux | Non obligatoire avant la loi Pinel | Depuis la loi Pinel, l’état des lieux est rendu obligatoire, avec un inventaire précis des charges locatives ainsi que de leur répartition entre le preneur et le bailleur |
| Points sensibles identifiés par le législateur | la répartition des charges entre bailleurs et locataires en matière de taxes et d’impôts et celle des travaux considérés, ou non, comme de « grosses réparations » au sens de l’article 606 du code civil | Mêmes points, appliqués à un audit énergétique non expressément mentionné par les textes |
| Financement de l’audit énergétique | Non tranché par la loi — par analogie, entièrement laissées à la liberté contractuelle | Non tranché par la loi — par analogie, entièrement laissées à la liberté contractuelle |
Ce renvoi à l’article 606 du code civil n’est pas anodin : il désigne les « grosses réparations » que l’article R145-35 du code de commerce exclut par principe des charges imputables au locataire, sauf clause contraire du bail. Un audit énergétique, qui relève d’un diagnostic et non d’une réparation, ne tombe pas mécaniquement dans cette exclusion : c’est précisément ce vide qui pousse les parties à négocier expressément la clause dans l’annexe environnementale, plutôt que de s’en remettre au droit commun du bail commercial.
Prix et budget 2026 : qui finance l’audit énergétique ?
Faute de règle légale dédiée au bail vert, il est utile de comparer sa situation à deux diagnostics analogues pour lesquels le législateur a explicitement tranché la question du financement.
| Diagnostic / audit | Qui le finance selon les textes | Régime concerné |
|---|---|---|
| DPE en bail d’habitation (précédent analogue) | Ce diagnostic est réalisé aux frais du propriétaire, par un expert indépendant et certifié | Bail d’habitation, hors périmètre du bail vert commercial |
| Audit énergétique réglementaire lié à la vente | L’audit énergétique réglementaire doit être effectué à l’initiative du propriétaire du bâtiment, à ses frais | Vente de logements énergivores, régime distinct du bail vert |
| Audit énergétique du bail vert tertiaire | Non tranché par la loi ; par analogie avec la règle générale, coût entièrement laissées à la liberté contractuelle entre bailleur et locataire | Annexe environnementale, locaux de plus de 2 000 mètres carrés |
Ce contraste est révélateur : lorsque le législateur a voulu trancher, il l’a fait sans ambiguïté. En bail d’habitation, le DPE doit être remis au locataire par le propriétaire lors de la signature ou du renouvellement d’un bail, à la charge de ce dernier. Rien de tel n’existe pour l’audit énergétique du bail vert commercial, dont le coût, le choix du bureau d’études et la périodicité restent à négocier au cas par cas. Notre guide dédié détaille les ordres de grandeur du coût d’un audit énergétique obligatoire et les critères de choix du bureau d’études, un point de repère utile pour chiffrer la négociation.
Aides financières 2026 pour l’audit énergétique du bail vert
Aucun dispositif d’aide spécifiquement dédié au financement de l’audit énergétique de l’annexe environnementale n’a été identifié parmi les sources officielles consultées. La question s’articule néanmoins avec les obligations voisines du décret tertiaire, un dispositif distinct mais complémentaire : sur la plateforme OPERAT, Les propriétaires, bailleurs ou occupants doivent y déclarer les consommations de leurs locaux, comme le précise le ministère de la Transition écologique sur le dispositif Éco Énergie Tertiaire. Ce dispositif fixe des objectifs ambitieux qui structurent la trajectoire du parc tertiaire — la réduction des consommations d’énergie finale de l’ensemble du parc tertiaire d’au moins -40 % en 2030, -50 % en 2040, -60 % en 2050 (par rapport à 2010) — et incitent de facto bailleurs et locataires à financer conjointement les diagnostics nécessaires, sans qu’aucune aide dédiée à l’audit du bail vert ne soit recensée à ce jour. Pour les modalités complètes de mise en conformité, notre guide sur la conformité au décret tertiaire et la plateforme OPERAT détaille la marche à suivre, ainsi que les échéances de juillet et septembre 2026 à ne pas manquer.
Installation et mise en œuvre : négocier la clause d’audit dans le bail vert
Négocier et faire vivre la clause d’audit énergétique du bail vert suit une chronologie assez stable, malgré l’absence de texte imposant une méthode unique.
- Vérification du seuil de surface — la clause d’annexe environnementale ne s’impose que pour les baux conclus ou renouvelés sur des locaux de plus de 2 000 mètres carrés à usage de bureaux ou de commerces.
- Négociation de la clause de financement de l’audit — en l’absence de règle légale, bailleur et locataire fixent contractuellement qui commande et qui paie, sur le modèle de l’audit énergétique réglementaire présenté par le ministère de la Transition écologique.
- Échange d’informations préalable — Le preneur et le bailleur se communiquent mutuellement toutes informations utiles relatives aux consommations énergétiques des locaux loués.
- Accès aux locaux — Le preneur permet au bailleur l’accès aux locaux loués pour la réalisation de travaux d’amélioration de la performance énergétique, une obligation qui s’étend en pratique à la réalisation de l’audit lui-même.
- Formalisation dans l’état des lieux — un inventaire précis des charges locatives ainsi que de leur répartition entre le preneur et le bailleur est annexé, offrant un support pour tracer la répartition du coût de l’audit.
- Suivi des obligations du preneur — Cette annexe environnementale peut prévoir les obligations qui s’imposent aux preneurs pour limiter la consommation énergétique des locaux concernés, souvent réévaluées à la lumière des résultats de l’audit.
ROI : ce que l’audit énergétique apporte à chaque partie
Pour le bailleur, financer ou cofinancer l’audit énergétique du bail vert participe à la valorisation patrimoniale du bâtiment tertiaire : un actif dont la performance énergétique est documentée se loue et se cède plus facilement, dans un contexte où les objectifs du décret tertiaire structurent de plus en plus les arbitrages d’investissement.
Pour le locataire commercial, l’intérêt est plus direct : l’audit objective les postes de consommation et permet de négocier des clauses de limitation de charges en connaissance de cause. Dans un contexte de prix de l’énergie que notre guide complet actualise chaque année, disposer d’un diagnostic précis avant de signer ou de renouveler un bail vert est un levier de maîtrise des coûts sur toute la durée du contrat. Les pistes identifiées par l’audit peuvent ensuite s’articuler avec des actions concrètes de sobriété énergétique en entreprise, applicables sans attendre de gros travaux.
Questions fréquentes
Qui doit payer l’audit énergétique dans un bail vert ?
La loi ne tranche pas spécifiquement le financement de l’audit énergétique du bail vert, à la différence du diagnostic de performance énergétique en bail d’habitation, où Ce diagnostic est réalisé aux frais du propriétaire, par un expert indépendant et certifié.
Le locataire peut-il refuser de payer l’audit énergétique s’il n’a rien signé sur ce point ?
En l’absence de clause contractuelle prévoyant sa prise en charge, rien n’oblige légalement le locataire à financer l’audit : aucun texte ne le tranche spécifiquement : par analogie, la répartition des charges du bail commercial, comme celle spécifique à l’annexe environnementale, reste entièrement laissées à la liberté contractuelle. C’est pourquoi la négociation de cette clause, avant signature ou renouvellement, est déterminante.
Quels locaux sont concernés par l’obligation d’annexe environnementale du bail vert ?
Seuls les baux conclus ou renouvelés sur des locaux de plus de 2 000 mètres carrés à usage de bureaux ou de commerces sont soumis à l’obligation d’annexe environnementale, en application de l’article L.125-9 du code de l’environnement.
Quelle différence entre l’annexe environnementale du bail vert et le décret tertiaire ?
Les deux dispositifs ne partagent ni le même seuil ni le même objet. L’annexe environnementale s’applique aux locaux de plus de 2 000 mètres carrés à usage de bureaux ou de commerces, tandis que le décret tertiaire retient un seuil plus bas : Toutes les constructions existantes et neuves, dont les bâtiments ont une surface d’activité tertiaire (ou un cumul de surfaces) égale ou supérieure à 1 000 m², sont concernées par le dispositif. Le premier organise la relation contractuelle bailleur-locataire ; le second impose des objectifs de réduction de consommation au niveau du bâtiment, quel que soit le statut d’occupation.
L’article 606 du code civil s’applique-t-il à l’audit énergétique du bail vert ?
L’article 606 du code civil vise les « grosses réparations », que l’article R145-35 du code de commerce exclut par principe des charges imputables au locataire. Un audit énergétique est un diagnostic, pas une réparation : il n’entre donc pas mécaniquement dans cette exclusion, ce qui explique pourquoi le rapport parlementaire de la loi Pinel identifiait la répartition des charges entre bailleurs et locataires en matière de taxes et d’impôts et celle des travaux considérés, ou non, comme de « grosses réparations » au sens de l’article 606 du code civil comme l’un des points les plus sensibles du bail commercial.
Que se passe-t-il si le bail vert ne prévoit rien sur l’audit énergétique ?
À défaut de clause expresse, aucune règle légale ne vient combler le silence du contrat pour l’audit énergétique — contrairement à l’audit lié à la vente d’un bien énergivore, où L’audit énergétique réglementaire doit être effectué à l’initiative du propriétaire du bâtiment, à ses frais. En pratique, les parties doivent alors négocier a posteriori, ou s’appuyer sur l’obligation selon laquelle Le preneur et le bailleur se communiquent mutuellement toutes informations utiles relatives aux consommations énergétiques des locaux loués, qui reste due quelle que soit l’issue de la négociation sur le financement.
Qui doit permettre l’accès aux locaux pour réaliser l’audit énergétique ?
Le preneur permet au bailleur l’accès aux locaux loués pour la réalisation de travaux d’amélioration de la performance énergétique. Cette obligation, prévue pour les travaux, s’étend en pratique à la réalisation de l’audit énergétique préalable, indispensable pour identifier ces travaux.
Sources officielles
- Sénat — Rapport de la commission mixte paritaire sur la loi portant engagement national pour l’environnement
- Assemblée nationale — Rapport sur le projet de loi relatif à l’artisanat, au commerce et aux très petites entreprises
- Ministère de la Transition écologique — Audit énergétique réglementaire
- Ministère de la Transition écologique — Dispositif Éco Énergie Tertiaire (décret tertiaire)

