Électricité : la CRE détaille qui paie les 55,9 milliards d’euros du système français
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Électricité : la CRE détaille qui paie les 55,9 milliards d’euros du système français

La CRE a publié le 9 septembre 2026 un rapport détaillant le coût complet du système électrique français et la part réellement payée par les consommateurs via leur facture. Elle conclut que la poursuite du développement des renouvelables reste pertinente…

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Le système électrique français a coûté 55,9 Mds€ en 2025, un montant que révèle le rapport publié par la Commission de régulation de l’énergie (CRE) le 9 septembre 2026. Le document explique qui, entre consommateurs, État et producteurs, finance concrètement la production et l’acheminement de l’électricité, et si la poursuite du développement des énergies renouvelables reste justifiée. De quoi éclairer ce qui compose réellement une facture d’électricité.

Les faits : ce que révèle le rapport de la CRE

Dans ce document, la CRE présente son rapport sur l’économie du système électrique français hexagonal et dresse d’abord un état des lieux du parc de production. Elle constate qu’à l’échelle d’une année, la capacité de production potentielle (plus de 160 GW) est supérieure au besoin de consommation. La capacité disponible à la pointe en France (environ 90 GW) reste assez proche du besoin lors des périodes de tension.

Cette évolution transforme le profil des prix sur le marché de gros. La CRE observe plus d’heures où la production est surabondante, générant des prix négatifs (513 heures en 2025, contre 179 heures en moyenne entre 2010 et 2020) — un phénomène qu’Orelni Énergie avait détaillé lorsque les prix du marché de gros étaient tombés à des niveaux extrêmes. Mais l’institution relève aussi plus d’heures où les moyens de pointe les plus coûteux doivent être mobilisés (1 807 heures avec des prix spot supérieurs à 100 €/MWh en 2025 contre 606 heures en moyenne entre 2010 et 2020), une tension que confirmait déjà le bulletin trimestriel de la CRE consacré au marché de gros.

Qui paie les coûts complets de production ?

Le chiffre central du rapport porte sur le financement de ces coûts. Sur un total de 40 Mds€ pour les coûts de production et 15,9 Mds€ pour les coûts d’acheminement, la CRE calcule précisément la part supportée par les ménages et les entreprises via leur facture. Elle établit que les consommateurs ont par exemple supporté 78,5 % des couts complets de la production d’électricité avec la part énergie de leur facture. En valeur, cela représente une somme considérable : les Français participent directement au financement des coûts complets de production pour un total de 31,4 Mds€, soit 78,5 % des coûts complets de production (40 Mds€).

Mais la facture n’est pas le seul canal de financement. Si l’on tient également compte de l’accise (taxe sur l’électricité), qui revient au budget de l’Etat et finance donc indirectement les coûts de production, ce niveau monte à 92 %. En intégrant la part non-affectée de l’accise, la facture des consommateurs a contribué en 2025 au financement des coûts complets de production à hauteur de 36,8 Mds€, soit 92 % des coûts complets de production. La CRE avait déjà consacré une large part de son rapport annuel à l’examen des prix, des factures et de la protection des consommateurs à ce même mécanisme de financement.

La part acheminement de la facture correspond, elle, au TURPE, le tarif qui finance les réseaux de transport et de distribution — un tarif qu’Orelni Énergie suit de près depuis qu’une hausse avait été confirmée par la CRE pour l’été.

Le rôle des échanges d’électricité avec l’Europe

La France occupe une position centrale au sein du réseau européen et dispose d’environ 20 GW de capacités d’interconnexion avec les pays voisins. Ces liaisons ne sont pas un détail technique : en 2025, elle a retrouvé sa position de premier exportateur net d’électricité en Europe (92,3 TWh exportés). Pour les producteurs, cela se traduit en valeur : les exportations d’électricité ont représenté environ 5,4 Mds€ de valorisation supplémentaire, par rapport à une situation sans interconnexions. Et côté consommateurs, ces échanges allègent aussi la facture réseau, puisque les recettes d’interconnexion perçues par les gestionnaires de réseau se sont élevées à 1,7 Md€, contribuant au financement des infrastructures de réseau et donc déduites du Tarif d’utilisation des réseaux publics d’électricité (TURPE) payé par les consommateurs.

Les interconnexions jouent aussi un rôle d’assurance collective en période de crise. La CRE le rappelle : En 2022, lors de la crise énergétique, les importations ont couvert jusqu’à 22 % de la consommation nationale (le 8 décembre) — un rappel utile alors que l’État mène sa campagne « Électrifions la France », en faveur d’une énergie moins chère et plus sûre.

Mise en perspective : un système sous tension structurelle

Ces chiffres s’inscrivent dans un contexte où le prix de l’électricité avait globalement reculé sur l’année tandis que celui du gaz progressait, une évolution qui ne dit rien, à elle seule, de la manière dont ce prix se décompose entre production, acheminement et taxes. C’est précisément ce que la CRE cherche à objectiver avec cette analyse des coûts complets : distinguer ce qui relève du coût réel de production de ce qui relève des choix de financement collectif, via la facture ou via le budget de l’État.

Le parc nucléaire reste la colonne vertébrale de cette équation, avec des coûts complets qui pèsent directement sur la part production de la facture — un sujet qu’Orelni Énergie avait exploré à l’occasion du bilan de la nationalisation complète d’EDF et de son impact sur la facture. Le rapport de la CRE vient compléter cette lecture en y ajoutant la part croissante des renouvelables et le jeu des échanges européens.

Impact concret : ce que cela change pour votre facture

Pour un propriétaire ou un copropriétaire qui reçoit sa facture d’électricité, ce rapport permet de répondre à une question simple : sur ce que je paie, quelle part finance réellement la production du courant que je consomme ? La réponse de la CRE est claire : les consommateurs ont par exemple supporté 78,5 % des couts complets de la production d’électricité avec la part énergie de leur facture, et ce taux grimpe encore une fois l’accise prise en compte. Le reste — les 15,9 Mds€ pour les coûts d’acheminement — correspond au TURPE, qui finance l’entretien et le développement des réseaux de transport et de distribution.

Cette décomposition éclaire aussi le débat sur les renouvelables. La CRE chiffre leur effet net sur les prix de marché : le développement du parc entre 2020 et 2025 a permis de diminuer les prix de marché d’environ 20 €/MWh comparativement à 2020, au bénéfice des consommateurs, mais au détriment des producteurs non soutenus et du budget de l’Etat. En contrepartie, ce développement a engendré une augmentation des coûts complets du système, dans une proportion limitée, à hauteur de 5 %, au travers notamment de la hausse des coûts complets des EnR, majoritairement supportée par l’Etat et d’un accroissement des coûts de réseaux. Pour le consommateur final, le bilan penche donc plutôt du bon côté : des prix de marché plus bas, financés pour l’essentiel par le budget de l’État plutôt que directement par la facture.

Perspectives : jusqu’où pousser le développement des renouvelables ?

C’est la question à laquelle la CRE tente de répondre en conclusion de son rapport. Elle rappelle d’abord l’intérêt des renouvelables en cas de choc sur les marchés : En situation de crise, le dimensionnement actuel du parc EnR (comparativement à 2020) permet de réduire les prix de marché de 7 à 40 €/MWh en fonction de la nature de la crise. Un mécanisme amortisseur qui rejoint des constats faits ailleurs en Europe, où Orelni Énergie a documenté la multiplication des heures de surplus renouvelable et de prix négatifs à l’échelle de l’Union européenne.

Sur cette base, la conclusion de la CRE est nette : La poursuite du développement des EnR, au-delà de la file d’attente actuelle, est pertinente du point de vue du consommateur, y compris si la demande ne redémarre pas immédiatement. Ce n’est toutefois pas un blanc-seing sans limite. L’institution pose un garde-fou : à long terme, une augmentation du parc EnR au-delà de 50 % de la puissance installée, en ordre de grandeur, à fin 2025, accompagnée d’une stagnation de la consommation sur plusieurs années, ne serait probablement pas soutenable. Autrement dit, le rythme actuel reste justifié, mais il suppose que la consommation d’électricité reparte à la hausse dans les années qui viennent, comme le détaille la CRE dans son rapport sur l’économie du système électrique français hexagonal.

Sources officielles

Questions fréquentes

Combien coûte le système électrique français chaque année ?

Selon la CRE, les coûts complets du système électrique s’établissent pour 2025 à 55,9 Mds€ et se répartissent de la manière suivante : 40 Mds€ pour les coûts de production et 15,9 Mds€ pour les coûts d’acheminement.

Qui paie réellement la production d’électricité en France ?

La facture des ménages est le premier contributeur : les consommateurs ont par exemple supporté 78,5 % des couts complets de la production d’électricité avec la part énergie de leur facture. En ajoutant l’accise sur l’électricité, qui alimente indirectement le même financement, ce niveau monte à 92 %.

Le développement des énergies renouvelables va-t-il se poursuivre ?

Oui. La CRE conclut : La poursuite du développement des EnR, au-delà de la file d’attente actuelle, est pertinente du point de vue du consommateur, y compris si la demande ne redémarre pas immédiatement. Elle pose toutefois une limite : à long terme, une augmentation du parc EnR au-delà de 50 % de la puissance installée, en ordre de grandeur, à fin 2025, accompagnée d’une stagnation de la consommation sur plusieurs années, ne serait probablement pas soutenable.

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