Le prix de l’électricité payé par les ménages français a nettement reculé en 2025, à 254,6 €/MWh toutes taxes comprises, tandis que celui du gaz naturel est reparti à la hausse. C’est le constat des deux enquêtes de prix que le service statistique du ministère de la Transition écologique vient de publier. Derrière ces courbes opposées se joue une même mécanique : le reflux des coûts de fourniture d’un côté, la remontée de la fiscalité et des tarifs de réseau de l’autre.
Les faits : deux énergies, deux trajectoires opposées
D’après l’enquête semestrielle menée auprès des fournisseurs, le prix moyen de l’électricité toutes taxes comprises atteint 254,6 €/MWh pour les ménages en 2025, soit un repli de 9,0 % sur un an. Cette baisse recouvre deux mouvements de sens contraire. La part hors taxes, qui pèse 70 % du prix payé par les ménages, chute de 16,8 %. Dans le même temps, les taxes progressent de 16,5 % avec la fin du bouclier tarifaire. Autrement dit, la molécule d’énergie coûte sensiblement moins cher, mais la fiscalité en récupère une part croissante.
Le gaz naturel suit la trajectoire inverse. Son prix moyen toutes taxes comprises s’établit à 141,4 €/MWh PCS, en hausse de 8,6 % sur un an. Là encore la fiscalité pousse dans le même sens : les taxes acquittées par les ménages représentent 29 % du prix et augmentent de 9,5 %. Pour un foyer chauffé au gaz, l’accalmie observée sur l’électricité ne s’est donc pas matérialisée.
Le contraste devient plus frappant encore lorsqu’on élargit la focale à l’Europe. Sur l’électricité, les ménages français retrouvent une partie de leur avantage avec un prix inférieur de 13 % à la moyenne européenne. Sur le gaz, la position est exactement inverse : le tarif français est supérieur de 19 % à la moyenne des prix de l’Union européenne. Un même pays, deux énergies, deux positionnements diamétralement opposés dans le classement communautaire.
| Ménages, année 2025 | Électricité | Gaz naturel |
|---|---|---|
| Prix moyen TTC | 254,6 €/MWh | 141,4 €/MWh PCS |
| Évolution sur un an | – 9,0 % | + 8,6 % |
| Structure du prix | 70 % du prix payé par les ménages hors taxes | 29 % du prix de taxes |
| Évolution des taxes | + 16,5 % | + 9,5 % |
| Écart à la moyenne UE | – 13 % | + 19 % |
Mise en perspective : ce que paient les entreprises
Le mouvement observé chez les particuliers se retrouve, amplifié, du côté professionnel. Pour les entreprises, le prix hors TVA de l’électricité recule de 9,6 %, à 148,8 €/MWh. Le SDES attribue à la seule composante d’approvisionnement l’origine du mouvement : la baisse des coûts de fourniture de 20,5 % sur un an explique l’intégralité de la diminution. Résultat, l’électricité française redevient compétitive avec un prix moyen inférieur de 16 % à la moyenne européenne — un argument que les fédérations industrielles mettent en avant depuis la fin des dispositifs de crise.
La référence européenne aide à situer ces montants. Dans l’UE à vingt-sept, le prix de l’électricité pour les usages non résidentiels s’établit en moyenne à 175,6 €/MWh HTVA, réparti entre 105,8 €/MWh pour la fourniture, 40,6 €/MWh pour le réseau et 29,2 €/MWh pour les taxes. Cette décomposition en trois blocs — énergie, acheminement, fiscalité — est la clé de lecture de toute facture, et c’est aussi celle qui permet de comprendre pourquoi une baisse des marchés de gros ne se répercute jamais intégralement chez le client final.
Sur le gaz, le tableau professionnel est nettement moins favorable. Le prix hors TVA progresse de 1,5 %, à 65,7 €/MWh PCS, après la baisse de 18,2 % constatée en 2024. Le coupable est identifié : les coûts d’utilisation des réseaux de transport et de distribution qui augmentent de 34 % expliquent majoritairement cette remontée. Le prix français figure ainsi parmi les plus élevés de l’Union européenne, avec un niveau supérieur de 8 % à la moyenne européenne. Cette tension sur l’acheminement n’a rien d’accidentel : la CRE a elle-même chiffré l’effet ciseau qui pèse sur le tarif de réseau gazier à mesure que le nombre de consommateurs raccordés diminue.
Côté ménages européens, le gaz à usage domestique revient en moyenne à 118,4 €/MWh TTC dans l’UE à vingt-sept, dont 58,6 €/MWh pour la fourniture, 24,4 €/MWh pour le réseau et 35,4 €/MWh pour les taxes, pour une progression limitée à 3 % entre 2024 et 2025. La hausse française est donc près de trois fois plus rapide que la moyenne continentale — l’écart relevé plus haut ne résulte pas d’un décrochage européen, mais bien d’une dynamique nationale propre, déjà visible dans les révisions successives du prix repère du gaz.
Ces chiffres ne sont pas des estimations de conjoncture. Ils proviennent d’une obligation communautaire : pour répondre aux exigences du règlement européen du 26 octobre 2016 sur la transparence des prix du gaz et de l’électricité, le service statistique réalise une enquête semestrielle auprès des fournisseurs sur leurs prix de vente. Le champ professionnel y est entendu largement : il s’agit de l’ensemble des clients professionnels, c’est-à-dire qui ne sont pas des ménages, des artisans aux sites industriels.
Impact concret : ce que cela change sur votre facture
Pour la très grande majorité des foyers, ces moyennes se traduisent par le tarif réglementé. Le régulateur recensait 19,75 millions de clients résidentiels ayant souscrit un contrat au TRVE en France métropolitaine continentale. En incluant les offres indexées, la couverture est plus large encore : environ sept consommateurs résidentiels d’électricité sur dix relèvent de cette référence. C’est dire si chaque révision du tarif réglementé d’électricité se répercute massivement.
Trois leviers déterminent cette répercussion, et aucun ne dépend du fournisseur. Le premier est fiscal : le niveau de l’accise sur l’électricité est fixé à 30,85 €/MWh à partir du 1er février 2026 pour les particuliers et assimilés — un paramètre que nous avions détaillé dans notre analyse des nouveaux taux d’accise sur l’électricité. Le deuxième est l’acheminement : la dernière évolution des tarifs de réseau induit une augmentation d’environ 1 % TTC des tarifs réglementés de vente de l’électricité, mécanisme que nous avons décortiqué à propos de la hausse du TURPE et de son effet sur la facture. Le troisième, enfin, est la fourniture, seule composante réellement exposée aux marchés.
Un point mérite l’attention des foyers modestes : le prix publié par le service statistique n’inclut pas le chèque énergie. Le niveau réellement supporté par un ménage bénéficiaire est donc inférieur aux moyennes citées ici, à condition que l’aide soit effectivement utilisée — un enjeu de non-recours que nous avons documenté dans notre guide sur les montants et bénéficiaires du chèque énergie.
Côté gaz, une population souvent oubliée reste exposée : 1,7 million de ménages, soit 16,5 % de l’ensemble des consommateurs résidentiels de gaz, se trouvent encore dans l’offre dite « de bascule » vers laquelle ils ont été transférés lors de l’extinction du tarif réglementé de vente du gaz. Ces contrats, jamais renégociés depuis, méritent une comparaison sérieuse avec les offres de marché — d’autant que le régulateur a fait de la protection des consommateurs un chantier prioritaire, comme le montre son rapport annuel consacré aux prix et aux factures.
Pour un propriétaire, la lecture opérationnelle de ces statistiques est simple. L’écart de trajectoire entre les deux énergies — l’une en repli, l’autre en hausse et durablement au-dessus de la moyenne européenne — renforce la rationalité économique d’une sortie progressive du chauffage au gaz, à condition que le logement soit correctement isolé au préalable. Notre guide complet sur les prix de l’énergie détaille les composantes de chaque facture et les arbitrages possibles selon le mode de chauffage.
Perspectives : un avantage électrique qui se consolide
Les indications disponibles sur les marchés à terme suggèrent que le reflux constaté sur l’électricité n’est pas un accident isolé. Le régulateur observe que les prix à terme de l’électricité varient la plupart du temps entre 60 et 70 €/MWh et qu’ils sont en ce moment plutôt bas, autour de 60 €/MWh pour les années 2026, 2027 et 2028. Cette composante n’étant qu’une fraction du prix final, elle ne garantit aucune baisse mécanique de la facture : elle indique seulement que la pression ne viendra pas de la fourniture.
Le risque se déplace donc vers les deux autres blocs. Les tarifs d’acheminement sont orientés à la hausse, sur l’électricité comme sur le gaz, où la contraction du nombre d’abonnés impose de répartir des coûts fixes sur une base plus étroite. Quant à la fiscalité, sa progression de 16,5 % sur l’électricité en une seule année rappelle qu’elle constitue désormais la variable la plus volatile de la facture. Rappelons que ces taxes recouvrent plusieurs prélèvements distincts : l’accise sur l’électricité, la contribution tarifaire d’acheminement (CTA) et, avant 2023, les taxes locales à la consommation finale d’électricité.
Pour les prochains mois, deux points de vigilance s’imposent. D’abord la révision annuelle du tarif réglementé, dont la dernière itération s’était soldée par une quasi-stabilité — la CRE propose de maintenir les TRVE stables, au 1er février 2026 (-0,83 % TTC). Ensuite l’évolution des tarifs de réseau gaziers, principal moteur de la hausse constatée chez les professionnels et qui finira par se transmettre aux particuliers. Dans les deux cas, la meilleure protection reste structurelle : réduire les volumes consommés plutôt que d’espérer un prix unitaire plus favorable.
Questions fréquentes
Pourquoi ma facture d’électricité n’a-t-elle pas baissé autant que la moyenne ?
La baisse porte sur le prix moyen national toutes taxes comprises, pas sur votre facture individuelle. Trois raisons expliquent l’écart. Votre contrat peut être une offre de marché à prix fixe, insensible au mouvement de l’année. Votre consommation a pu augmenter, ce qui compense un prix unitaire plus faible. Enfin, la moyenne agrège toutes les tranches de consommation et tous les types de contrats. À l’intérieur de ce prix, la part hors taxes recule fortement pendant que les taxes progressent de 16,5 % : selon la structure de votre contrat, l’un ou l’autre mouvement domine.
Le gaz est-il vraiment plus cher en France qu’ailleurs en Europe ?
Oui, pour les ménages comme pour les entreprises. Le prix français est supérieur de 19 % à la moyenne des prix de l’Union européenne côté résidentiel, et les entreprises paient un niveau supérieur de 8 % à la moyenne européenne. L’explication tient surtout aux coûts de réseau, qui augmentent de 34 % pour le segment professionnel. Sur l’électricité, la situation est inverse : le prix français est 13 % en dessous de la moyenne européenne pour les ménages.
Le chèque énergie est-il pris en compte dans ces prix moyens ?
Non. Le service statistique précise explicitement que le prix n’inclut pas le chèque énergie. Pour un ménage bénéficiaire qui utilise effectivement son aide, le coût réellement supporté est donc inférieur aux moyennes publiées. Cette précision méthodologique compte : elle signifie que les comparaisons européennes portent sur des prix bruts, avant dispositifs sociaux nationaux, lesquels diffèrent fortement d’un État membre à l’autre.

