recyclage des pales d'éoliennes
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Recyclage des pales d’éoliennes : où en est la filière en France et en Europe

Recyclage des pales d’éoliennes : ce que prévoit la réglementation, ce que montre la recherche et ce que riverains et élus peuvent vérifier.

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Le recyclage des pales d’éoliennes intéresse les riverains de parcs comme les élus des communes d’accueil. Ce guide distingue ce que la réglementation exige du démantèlement, ce que l’on sait des procédés de traitement des composites et où en sont les projets de recherche européens. Pour situer le sujet dans le paysage énergétique, consultez notre guide complet des énergies du futur.

De quoi sont faites les pales d’une éolienne terrestre

Commençons par la matière. Dans sa réponse à une question écrite du Sénat, le ministère de la Transition énergétique indique que les pales des éoliennes sont constituées de matériaux composites (fibre de verre, carbone, résine).

Le rapport du CGEDD et du CGE de mai 2019 précise la composition des pales terrestres de l’époque : les composites étaient élaborés quasi exclusivement avec des fibres de verre, qui représentent environ 40% du poids des pales. Le même rapport relevait que seules les pales les plus récentes, de dimensions importantes (80 à 100 mètres), et celles destinées à l’offshore, comportent une proportion élevée de composites renforcés avec des fibres de carbone, plus facilement recyclables.

Ces constats datent de mai 2019. Ils décrivent l’état des connaissances de l’époque : les sources officielles consultées pour ce guide ne décrivent pas les pales installées depuis, et nous ne les transposons donc pas à la situation actuelle.

Combien de pales sont concernées : ce que l’on sait et ce que l’on ignore

Les sources officielles consultées ne donnent aucun nombre de pales ni de machines en fin de vie, ni en France ni en Europe. Elles fournissent deux repères d’ordre différent. Le premier est la taille du parc. Le SDES, dans son tableau de bord de l’éolien, écrit : « Au 30 juin 2026, le parc éolien français atteint une puissance de 26,7 GW, dont 24,4 GW d’éolien terrestre ». Cette valeur est une puissance installée : elle ne dit rien du nombre de machines ni de pales.

Le second repère est une estimation ancienne. Selon le rapport de mai 2019, pour les pales d’éoliennes en fin de vie, l’Ademe évalue le flux annuel de déchets à un maximum de 17kt en 2030. Le rapport décrit aussi, tous matériaux confondus, la dynamique des flux issus des parcs terrestres : ces flux, fonction de la puissance installée au fil du temps et de la durée de vie des éoliennes, ne deviennent significatifs qu’à partir de 2025 ; ils passent par un maximum en 2030. Il s’agit d’une projection établie en mai 2019, non d’un constat ; rien dans les sources consultées ne permet d’y lire une baisse définitive des quantités à traiter.

Ce que prévoit la réglementation française pour le démantèlement

Le cadre de référence est l’arrêté du 26 août 2011 relatif aux installations éoliennes terrestres soumises à autorisation. Son champ est précis : le texte indique que le présent arrêté est applicable aux installations soumises à autorisation au titre de la rubrique 2980 de la législation des installations classées. Dans ce guide, chaque obligation citée vise donc ces installations soumises à autorisation.

Reste à savoir quelles machines relèvent de l’autorisation. Selon le ministère de la Transition écologique, c’est le cas lorsque l’installation comprend au moins un aérogénérateur d’une hauteur supérieure à 50 mètres ou lorsque l’installation comprend des aérogénérateurs dont le mât est compris entre 12 m et 50 m pour une puissance installée supérieure à 20 MW. Pour mieux situer ce seuil, nous vous renvoyons à notre dossier sur la hauteur des éoliennes terrestres.

Que recouvre le démantèlement ? L’article R. 515-106 du code de l’environnement, consultable sur Légifrance, précise que les opérations de démantèlement et de remise en état d’un site après exploitation comprennent : 1° Le démantèlement des installations de production ; 2° L’excavation de tout ou partie des fondations. Le même article inclut la réutilisation, le recyclage, la valorisation ou à défaut l’élimination des déchets de démolition ou de démantèlement dans les filières dûment autorisées à cet effet. L’article 29 de l’arrêté de 2011 reprend cette hiérarchie : les déchets de démolition et de démantèlement sont réutilisés, recyclés, valorisés, ou à défaut éliminés dans les filières dûment autorisées à cet effet.

Ces règles ne concernent pas que les parcs en fin de course. Le même article 29 prévoit que les opérations de démantèlement et de remise en état prévues à l’ article R. 515-106 du code de l’environnement s’appliquent également au démantèlement des aérogénérateurs qui font l’objet d’un renouvellement.

Enfin, tout dépend de la date de l’installation. L’article premier de l’arrêté qualifie d’installations nouvelles celles dont le dépôt du dossier complet de demande d’autorisation environnementale, y compris en cas de modification substantielle, est postérieur au 1er janvier 2022. Pour le parc déjà en service, le texte renvoie à une annexe : « Pour les installations existantes, y compris les installations existantes historiques, les dispositions applicables sont définies en annexe III ». Dans la version consolidée de cette annexe, la ligne relative à l’article 29 mentionne 29-I Applicable Applicable 29-II Applicable Applicable 29-III Applicable aux cessations d’activités déclarées à partir du 01/06/2022. Cette ligne figure dans le texte consolidé pour certaines catégories d’installations existantes, dont les installations existantes historiques ; pour d’autres catégories, l’annexe renvoie à un document publié au Journal officiel que nous n’avons pas lu. Vérifiez donc la catégorie de votre parc avant de conclure.

Les objectifs de réutilisation et de recyclage : deux logiques à ne pas confondre

L’article 29 de l’arrêté fixe deux natures d’objectifs, qu’il faut absolument distinguer. La première porte sur des taux effectifs, mesurés sur ce qui est réellement démantelé. Le texte prévoit : « Au 1er juillet 2022, au minimum, 35 % de la masse des rotors doivent être réutilisés ou recyclées », et fixe pour la masse totale un taux de 90 % de la masse totale des aérogénérateurs démantelés, fondations incluses, lorsque la totalité des fondations sont excavées.

La seconde nature d’objectif est une exigence de conception : elle vise les machines elles-mêmes, selon la date de dépôt de leur dossier. Elle concerne les aérogénérateurs dont le dossier d’autorisation complet est déposé après les dates suivantes ainsi que les aérogénérateurs mis en service après cette même date dans le cadre d’une modification notable. Chaque palier a sa propre date : il serait faux de les ramener à une date unique. Il s’applique, rappelons-le, aux installations soumises à autorisation, et aux installations existantes selon l’annexe III.

Nature de l’objectifTauxÀ quoi il s’appliqueDepuis ou après quand
Taux effectif de réutilisation ou de recyclage90 % de la masse totale des aérogénérateurs démantelés, fondations incluseslorsque la totalité des fondations sont excavéesAu 1er juillet 2022
Taux effectif de réutilisation ou de recyclage85 %lorsque l’excavation des fondations fait l’objet d’une dérogationAu 1er juillet 2022
Taux effectif de réutilisation ou de recyclage35 %de la masse des rotorsAu 1er juillet 2022
Taux de masse réutilisable ou recyclable (conception)95 %de leur masse totale, tout ou partie des fondations incluses, réutilisable ou recyclableDossier complet déposé après le 1er janvier 2024
Taux de masse réutilisable ou recyclable (conception)45 %de la masse de leur rotor réutilisable ou recyclableDossier complet déposé après le 1er janvier 2023
Taux de masse réutilisable ou recyclable (conception)55 %de la masse de leur rotor réutilisable ou recyclableDossier complet déposé après le 1er janvier 2025

Dans notre lecture du texte, un parc dont le dossier complet a été déposé avant ces dates, hors modification notable, n’entre pas dans les paliers de conception : ce sont alors les taux effectifs qui le concernent, dans les conditions fixées par l’annexe III. Pour savoir où se situe un projet, il faut donc connaître la date de dépôt de son dossier complet ; notre explication de l’autorisation d’un projet éolien terrestre détaille les étapes de cette procédure.

Quelles voies de traitement pour les composites : l’état des connaissances en 2019

Reste la question technique. Le rapport de mai 2019 jugeait que le traitement des matériaux composites (résines organiques et fibres de renforcement) constitutifs des pales d’éoliennes pose un défi particulier, aucune des solutions actuellement mises en oeuvre n’offrant de garantie satisfaisante à la fois sur les plans technique, écologique et économique. Le mot « actuellement » renvoie ici à la date du rapport. Le tableau suivant reprend les voies qu’il examine ; leur maturité est celle de mai 2019, pas celle d’aujourd’hui.

Voie de traitementPrincipeMaturité selon le rapport de mai 2019
Incinération avec valorisation énergétique en cimenteriel’incinération avec valorisation énergétique, principalement dans des cimenteriesVoie principalement retenue à la date du rapport
PyrolyseLes fibres de verre qui sont récupérées ont des propriétés mécaniques fortement dégradées, alors que les fibres de carbone ont des propriétés quasi inchangéesce procédé ait été développé quasi exclusivement pour les composites en fibres de carbone
SolvolyseLa solvolyse immerge dans un réacteur le composite avec des solvants réactifsreste au stade du laboratoire
Résine thermoplastique à la place de la résine thermodurcissableremplacer dans la fabrication des pales d’éoliennes les résines thermodurcissables actuelles par une résine thermoplastique, plus facilement recyclableplus prometteuse à terme

Une précaution de lecture s’impose : la pyrolyse a été pensée pour les fibres de carbone, alors que le rapport décrit des pales terrestres surtout en fibres de verre. La résine thermoplastique relève de la conception future des pales, non du traitement de celles qui existent. Nous ne disposons pas d’un état plus récent de ces procédés et vous recommandons de ne pas en déduire leur situation industrielle actuelle.

Qui paie le démantèlement : les garanties financières

Que se passe-t-il si l’exploitant fait défaut au moment de remettre le site en état ? Le code de l’environnement répond par un mécanisme de garanties. Selon son article R. 515-101, que vous pouvez lire sur Légifrance, la mise en service d’une installation de production d’électricité utilisant l’énergie mécanique du vent soumise à autorisation au titre du 2° de l’article L. 181-1 est subordonnée à la constitution de garanties financières. Ces garanties sont visant à couvrir, en cas de défaillance de l’exploitant lors de la remise en état du site, les opérations prévues à l’article R. 515-106.

Les sources officielles consultées ne donnent pas ici le montant de ces garanties, que nous ne pouvons donc pas chiffrer. Un autre dispositif complète le contrôle : le ministère présente l’ATTES éolien comme une obligation réglementaire introduite par la loi du 7 décembre 2020 d’accélération et de simplification de l’action publique (loi ASAP), qui impose une vérification du démantèlement des éoliennes. Pour les retombées locales d’un parc, un autre sujet, voyez notre analyse de la fiscalité d’un parc éolien.

En Europe : des projets de recherche, pas encore une filière

À l’échelle européenne, CORDIS, le service d’information de la Commission européenne sur la recherche, dresse un constat : la gestion des pales déclassées est un défi croissant en Europe : elles sont généralement incinérées ou finissent en décharge.

Côté solutions, l’exemple documenté est celui du projet européen REFRESH : des fibres de verre recyclées issues de pales en fin de vie ont été transformées en mat non tissé puis intégrées à un prototype de pale non structurel. C’est une démonstration, non une production industrielle : un prototype non structurel ne dit rien d’une capacité de recyclage à grande échelle. Pour comparer avec un autre équipement de la transition énergétique, lisez notre analyse du recyclage des batteries lithium.

Ce que les riverains et les élus peuvent vérifier

Voici la démarche que nous vous recommandons, dans l’ordre :

  1. Identifier le régime du parc : vérifier si l’installation relève de l’autorisation, au vu de la hauteur des mâts et de la puissance.
  2. Repérer la date de dépôt du dossier complet : dans notre lecture du texte, elle détermine quels paliers de masse réutilisable ou recyclable s’appliquent.
  3. Pour un parc existant, consulter l’annexe III de l’arrêté plutôt que de présumer qu’une règle s’y applique.
  4. Demander à l’exploitant ou à la préfecture si les garanties financières ont été constituées avant la mise en service.
  5. Demander si la vérification du démantèlement prévue par l’ATTES éolien a été réalisée.
  6. Interroger l’exploitant sur les filières autorisées envisagées pour les déchets de démantèlement, en gardant en tête que les procédés pour les composites étaient limités en mai 2019.

Si votre préoccupation porte aussi sur les nuisances, notre guide sur le bruit d’une éolienne complète utilement cette liste.

Où en est la filière : ce qu’il faut retenir

Trois lectures se dégagent. Le cadre juridique est précis, mais son champ d’application est à vérifier à chaque fois. Les informations techniques officielles que nous avons mobilisées datent de mai 2019. Les exemples européens sourcés relèvent de la démonstration. Nous vous recommandons de rapprocher ces repères des publications officielles les plus récentes avant toute décision locale.

Questions fréquentes

Les pales d’éoliennes sont-elles recyclables ?

Le rapport de mai 2019 jugeait que le traitement des matériaux composites (résines organiques et fibres de renforcement) constitutifs des pales d’éoliennes pose un défi particulier. C’est un constat daté ; le détail des voies de traitement figure dans le corps de l’article.

Que deviennent les pales en fin de vie ?

À la date du rapport de mai 2019, la voie actuellement retenue est l’incinération avec valorisation énergétique, principalement dans des cimenteries. En Europe, CORDIS indique que la gestion des pales déclassées est un défi croissant en Europe : elles sont généralement incinérées ou finissent en décharge.

Quelles règles de recyclage s’appliquent lors d’un démantèlement ?

L’arrêté relatif aux éoliennes soumises à autorisation prévoit que les déchets de démolition et de démantèlement sont réutilisés, recyclés, valorisés, ou à défaut éliminés dans les filières dûment autorisées à cet effet. Il vise les installations soumises à autorisation et, pour les installations existantes, son annexe III fixe les dispositions applicables. Les taux chiffrés et leurs dates sont détaillés dans le corps de l’article.

Qui paie si l’exploitant fait défaut ?

Le code de l’environnement prévoit que la mise en service d’une installation éolienne soumise à autorisation est subordonnée à la constitution de garanties financières, visant à couvrir, en cas de défaillance de l’exploitant lors de la remise en état du site. Les sources consultées ne donnent pas le montant.

Le recyclage des pales s’industrialise-t-il en Europe ?

Les sources consultées montrent des projets de démonstration. Dans le projet européen REFRESH, des fibres de verre recyclées issues de pales en fin de vie ont été transformées en mat non tissé puis intégrées à un prototype de pale non structurel. C’est un prototype, pas une production industrielle.

Comment vérifier le démantèlement d’un parc proche de chez moi ?

Le ministère présente l’ATTES éolien comme une obligation réglementaire qui impose une vérification du démantèlement des éoliennes. Nous vous recommandons de poser la question à la mairie ou à la préfecture.

Sources officielles

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