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Gaz : +23,8% sur le terme de stockage au 1er avril 2026, ce que ça coûte vraiment

Chaque 1er avril, les tarifs des infrastructures gazières en France sont révisés par la Commission de Régulation de l’Énergie (CRE). Pour 2026, la délibération n°2026-63 du 12 mars arrête le terme tarifaire de stockage (TTS) à 398,08 €/MWh/j/an, soit une…

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Chaque 1er avril, les tarifs des infrastructures gazières en France sont révisés par la Commission de Régulation de l’Énergie (CRE). Pour 2026, la délibération n°2026-63 du 12 mars arrête le terme tarifaire de stockage (TTS) à 398,08 €/MWh/j/an, soit une hausse de 23,8 % par rapport à 2025. Dans le même temps, le tarif de transport augmente de 3,41 %. Pourtant, sur la facture des ménages, l’effet est bien moindre que ces chiffres ne le laissent paraître : environ 10 euros par an pour un foyer chauffé au gaz.

Dans ce contexte, l’observatoire CRE T4 2025 (18 mars 2026) révèle que les fournisseurs alternatifs couvrent désormais 46,9 % du marché résidentiel gaz, avec des offres à prix fixe pouvant amortir ces hausses structurelles.

Ce que la CRE a décidé pour le 1er avril 2026

Par sa délibération n°2026-63 du 12 mars 2026, la CRE fixe le terme tarifaire de stockage applicable à compter du 1er avril à 398,08 €/MWh/j/an. L’année précédente, ce terme s’établissait à 331,44 €/MWh/j/an — la progression est donc de 66,64 €/MWh/j/an, soit +23,8 % en douze mois.

Simultanément, la délibération n°2026-28 publiée au Journal officiel revalorise de 3,41 % le tarif d’utilisation des réseaux de transport de gaz naturel (ATRT8), pour les deux opérateurs de transport NaTran (ex-GRTgaz) et Teréga, sur l’ensemble de leurs réseaux principal et régionaux.

Le 1er avril 2026 ouvre également la nouvelle année de stockage 2026–2027. La CRE confirme que l’intégralité des capacités de stockage souterrain françaises a été souscrite lors des enchères organisées en amont. Cette pleine souscription témoigne d’une demande soutenue de la part des fournisseurs de gaz, qui cherchent à sécuriser leurs approvisionnements hivernaux dans un contexte de prix de gros volatils.

Les revenus autorisés pour 2026 au titre de l’ATS3 — le cadre tarifaire des infrastructures de stockage pour la période 2024–2027 — ont été arrêtés par la délibération n°2025-273 de décembre 2025 à 862,1 millions d’euros au total, en progression de 2,9 % par rapport aux 837,6 M€ de 2025. Les trois opérateurs régulés se partagent ce revenu : Storengy (filiale d’Engie, exploitant de 13 sites sur 15) perçoit 627,6 M€ (+4,3 %), Teréga 180,2 M€ (−0,3 %) et Géométhane 54,3 M€ (−1,5 %).

La France dispose de quinze sites de stockage souterrain réglementés, représentant une capacité d’environ 130 TWh — soit environ 36 % de la consommation annuelle nationale de gaz et près de 48 % des besoins hivernaux. La loi impose un remplissage minimal de 85 % au 1er novembre de chaque année, conformément aux obligations européennes en matière de sécurité d’approvisionnement.

La mécanique du terme tarifaire : un mécanisme résiduel par nature volatile

Pour comprendre la forte variation du TTS (23,8 % en un an, après +138 % en 2025 et −25 % en 2024), il faut saisir sa nature particulière. Le terme tarifaire de stockage est un mécanisme résiduel : il ne constitue pas la totalité des revenus de stockage, mais uniquement la partie que les opérateurs n’ont pas été en mesure de percevoir lors des enchères de capacité organisées par la CRE.

Lorsque les enchères sont animées — c’est-à-dire lorsque les fournisseurs se disputent les capacités de stockage pour sécuriser leurs portefeuilles —, les opérateurs couvrent l’essentiel de leur revenu autorisé directement sur le marché. Dans ce cas, le TTS est faible. À l’inverse, quand la pression concurrentielle aux enchères se relâche, la compensation résiduelle via le TTS augmente. Cette logique explique une volatilité structurelle que l’historique illustre parfaitement :

  • 2021 : 185,11 €/MWh/j/an
  • 2022 : 261,08 €/MWh/j/an (+41,0 %)
  • 2023 : 186,70 €/MWh/j/an (−28,5 %)
  • 2024 : 139,07 €/MWh/j/an (−25,5 %)
  • 2025 : 331,44 €/MWh/j/an (+138,3 %)
  • 2026 : 398,08 €/MWh/j/an (+23,8 %)

Il est important de distinguer cette volatilité du terme résiduel de l’évolution de fond du cadre tarifaire ATS3 (2024–2027). Ce cadre pluriannuel, établi par la délibération n°2024-21 du 30 janvier 2024 publiée au Journal officiel, a fixé les revenus autorisés des trois opérateurs de stockage à une moyenne de 849 M€/an sur la période, soit une hausse structurelle de 20 % par rapport au niveau de 2022 (710 M€/an). Cette revalorisation de fond reflète les coûts de maintenance des infrastructures vieillissantes, les investissements de sécurité et l’intégration des nouvelles contraintes réglementaires européennes sur les émissions de méthane (règlement UE 2024/1787).

Sur le plan des stocks physiques, les réserves françaises affichaient au 19 mars 2026 un taux de remplissage de 22,26 % (soit 27 741 GWh sur une capacité d’environ 124 600 GWh), sensiblement en dessous de la moyenne européenne de 29,2 % à la même date. L’hiver 2025-2026, marqué par des épisodes de froid prolongés en janvier et février, a entraîné un soutitage intense des réservoirs. La campagne de réinjection du printemps démarre donc avec des niveaux particulièrement bas, ce qui pourrait peser sur les prix spot du gaz au printemps et renforcer la nécessité d’achats anticipés pour les fournisseurs.

Quel impact réel sur votre facture de gaz ?

Malgré la hausse visible du TTS, son effet sur la facture des consommateurs finals est significativement atténué. Selon la CRE, l’effet combiné des évolutions du ATRT8 (+3,41 %) et de l’ATS3 (revenus en hausse de 2,9 %) se traduit par une augmentation de 0,3 % toutes taxes comprises sur le prix repère de vente du gaz naturel — soit environ 10 euros par an pour un foyer dont le chauffage est assuré par une chaudière à gaz (sur la base d’une consommation annuelle moyenne d’environ 11 000 kWh pour le chauffage).

Ce résultat peut sembler paradoxal au regard du bond du TTS. Il s’explique par la structure du prix du gaz naturel en France : la composante d’approvisionnement en molécules (le coût du gaz sur les marchés de gros européens) représente de loin la part principale de la facture. Les composantes d’infrastructure — transport, stockage, distribution — n’en constituent qu’une fraction, et leur évolution est partiellement neutralisée par les variations de la composante fourniture.

Illustration concrète : le prix repère d’avril 2026 publié par la CRE affiche une baisse de 0,70 % par rapport à mars 2026 (soit −0,1 c€/kWh TTC), car les cours de gros ont légèrement reflué. Cette détente sur la composante fourniture compense presque intégralement la hausse de la composante infrastructure. Pour un ménage chauffé au gaz avec une facture annuelle autour de 1 150 euros TTC, la résultante nette au 1er avril 2026 est donc quasi-neutre.

Sur le long terme, la meilleure protection contre la volatilité des tarifs gaziers reste la réduction de la dépendance au gaz elle-même. Le remplacement d’une chaudière à gaz par une pompe à chaleur permet de diviser par trois à quatre la dépense énergétique de chauffage, tandis qu’une meilleure isolation thermique du logement réduit les besoins en chauffage quelle que soit l’énergie utilisée. Ces travaux sont éligibles aux aides de l’État (MaPrimeRénov’, CEE) décrites dans notre guide complet sur la rénovation énergétique.

Ce qu’il faut surveiller dans les prochains mois

Le 1er avril n’est pas la seule date charnière de l’année pour les tarifs gaziers. D’autres révisions réglementaires sont programmées dans les mois à venir :

  • 1er juillet 2026 : révision du tarif d’utilisation des réseaux de distribution (ATRD), qui représente la part de la facture liée aux réseaux locaux (GRDF et autres opérateurs de distribution). La CRE publiera sa délibération au printemps. L’ATRD évolue selon des mécanismes similaires à l’ATRT8, avec une correction annuelle basée sur l’inflation et un terme de rattrapage.
  • 1er octobre 2026 : entrée en vigueur des nouveaux tarifs des points d’interconnexion (PIR) entre les réseaux français et les réseaux gaziers européens, également fixés par la délibération n°2026-28.
  • 1er novembre 2026 : date butoir légale pour atteindre au minimum 85 % de remplissage des stockages souterrains. Compte tenu des niveaux actuellement bas (22,26 % mi-mars), la campagne de réinjection printanière et estivale devra être particulièrement soutenue. Ce besoin de réinjection massif constitue un facteur de soutien des prix spot du gaz dans les prochains mois.

Dans un contexte de tensions géopolitiques persistantes — qui maintiennent une prime de risque sur les énergies fossiles en Europe — et de stocks continentaux inférieurs à la moyenne des cinq dernières années, la capacité de la France à remplir ses réservoirs d’ici l’automne sera l’un des enjeux énergétiques majeurs du printemps 2026. Les signaux de la CRE sur les révisions tarifaires à venir, notamment pour l’ATRD de juillet, méritent d’être suivis de près par les consommateurs et les professionnels du secteur.

Pour alléger leurs factures à court terme, les ménages modestes peuvent également bénéficier de le chèque énergie 2026 élargi à 700 000 foyers.

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