La Commission de régulation de l’énergie (CRE) a publié le bilan des dépenses d’investissement 2025 des gestionnaires de réseaux de transport de gaz naturel et des opérateurs de stockage de gaz naturel, tout en approuvant leurs programmes d’investissements révisés pour l’année 2026. NaTran, Storengy, Teréga et Géométhane voient ainsi leurs budgets arbitrés au moment où le réseau gazier français prépare la prochaine saison hivernale.
Les faits : des écarts limités à l’exécution, des budgets 2026 resserrés
Dans son bilan annuel, le régulateur compare, opérateur par opérateur, les dépenses réellement engagées aux budgets qu’il avait révisés en cours d’année. Sur le segment transport, 410,0 M€ pour NaTran, contre 405,6 M€ prévus ont été exécutés, un dépassement mesuré. Teréga affiche pour sa part 126,9 M€ pour Teréga, au titre de son activité de transport, contre 124,1 M€ engagés sur son réseau de transport.
Côté stockage, l’exécution 2025 se révèle plus contrastée. Storengy affiche 223,3 M€ pour Storengy, contre 223,2 M€ prévus, une correspondance quasi parfaite entre prévision et réalisation. Teréga a de son côté engagé 39,2 M€ pour Teréga, au titre de son activité de stockage, contre 39,8 M€ initialement budgétés, une légère sous-exécution. L’écart le plus net concerne Géométhane, avec 26,8 M€ pour Géométhane, contre 34,1 M€ prévus, soit un retard d’exécution significatif sur ce site de stockage.
| Opérateur | Activité | Réalisé 2025 | Prévu 2025 (révisé) | Programme 2026 approuvé |
|---|---|---|---|---|
| NaTran | Transport | 410,0 M€ | 405,6 M€ | 528,1 M€ |
| Teréga | Transport | 126,9 M€ | 124,1 M€ | 120,8 M€ |
| Storengy | Stockage | 223,3 M€ | 223,2 M€ | 195,1 M€ |
| Teréga | Stockage | 39,2 M€ | 39,8 M€ | 42,1 M€ |
| Géométhane | Stockage | 26,8 M€ | 34,1 M€ | 40,6 M€ |
Le régulateur a donc arbitré des programmes 2026 nettement révisés par rapport aux versions initialement transmises. Pour NaTran, l’écart est le plus marquant : la CRE approuve désormais 528,1 M€ pour NaTran, contre 613,6 M€ initialement prévus, un coup de rabot de près de 86 M€. Teréga voit son volet transport ajusté à 120,8 M€ pour Teréga, au titre de son activité de transport, contre 120,2 M€ initialement, un mouvement marginal, tandis que son activité de stockage grimpe à 42,1 M€ pour Teréga, au titre de son activité de stockage, contre 39,2 M€ de départ. Storengy voit son enveloppe portée à 195,1 M€ pour Storengy, contre 192,7 M€ initialement prévus, et Géométhane connaît la révision la plus forte à la hausse avec 40,6 M€ pour Géométhane, contre 31,3 M€ initialement prévus, signe d’un rattrapage après le retard d’exécution 2025 constaté plus haut. Ces montants pèsent in fine sur la structure tarifaire que suit chaque mois le prix repère publié par le régulateur pour les fournisseurs et les consommateurs professionnels, un indicateur détaillé sur la page pilier consacrée aux mécanismes de fixation des prix de l’énergie en France.
Ces décisions se traduisent par une série de délibérations sectorielles : le dossier NaTran relève de la Délibération n°2026-167, celui de Storengy de la Délibération n°2026-138, l’activité stockage de Teréga de la Délibération n°2026-139, son activité transport de la Délibération n°2026-153, et Géométhane de la Délibération n°2026-140.
Mise en perspective : la trajectoire heurtée du programme NaTran
Le cas de NaTran éclaire la mécanique de révision en cours d’année. Le programme d’investissements de NaTran pour l’année 2025 avait initialement été approuvé par la CRE dans sa délibération du 20 février 2025, pour un montant de 387,1 M€. En cours d’exercice, NaTran a soumis à la CRE à mi-année une version révisée de ce programme pour un montant de 405,6 M€, que la CRE a approuvée dans sa délibération du 17 juillet 2025. C’est cette trajectoire en deux temps, approbation initiale puis révision à mi-parcours, que détaille la délibération consacrée au programme d’investissements de NaTran.
Pour 2026, NaTran avait dans un premier temps déposé un programme nettement plus ambitieux. Pour l’année 2026, NaTran présente un programme d’investissements qui s’élève à 615,2 M€. Ce budget est en hausse de 52 % par rapport au budget révisé pour l’année 2025, qui s’élevait à 405,6 M€. Cette hausse est presque exclusivement liée aux dépenses de réhabilitation de l’artère du Rhône et au renforcement du programme d’inspection par piston des canalisations. C’est ce même chantier structurant qui explique l’essentiel du réajustement final à la baisse décidé par la CRE, arbitré à 528,1 M€ pour NaTran, contre 613,6 M€ initialement prévus.
Cette séquence s’inscrit dans un cadre juridique strict : En application des dispositions des articles L. 134-3 et L. 431-6, II du code de l’énergie, les gestionnaires de réseaux de transport (GRT) de gaz doivent transmettre leurs programmes annuels d’investissements à la Commission de régulation de l’énergie (CRE) pour approbation. Ce cadre d’approbation annuelle, que la CRE mobilise aussi sur d’autres segments d’infrastructures, comme en témoigne le chantier ouvert par le régulateur sur l’avenir des réseaux électriques à courant continu, illustre la vigilance du régulateur sur la trajectoire pluriannuelle des grandes infrastructures énergétiques, gazières comme électriques.
Impact concret : ce que ces arbitrages signifient pour les professionnels du secteur
Au-delà des totaux, c’est la structure interne du programme initial de NaTran qui renseigne le plus sur les priorités affichées par le gestionnaire de réseau pour l’exercice à venir. Quatre postes de dépenses se distinguent nettement dans ce budget : la sécurité des canalisations, l’obsolescence des équipements, les raccordements pour des tiers et le développement du réseau principal. Leur évolution respective dessine un arbitrage assez lisible entre une maintenance renforcée sur les ouvrages existants et un développement de capacités nouvelles plus mesuré, un équilibre que les équipes techniques et les prestataires du secteur suivront de près tout au long de l’exercice.
En 2026, les dépenses de sécurité représentent 299,9 M€, et sont en hausse de 202,8 M€ par rapport au dernier exercice, en raison des coûts des travaux de réhabilitation de l’artère du Rhône et du renforcement du programme d’inspection par piston des canalisations. Pour les exploitants et les prestataires du secteur, ce niveau de dépenses de sécurité confirme une priorité donnée à la maintenance préventive plutôt qu’à l’extension pure du réseau dans le programme initial 2026 de NaTran.
Les dépenses associées à l’obsolescence représentent 63,6 M€ et sont en baisse de 3,1 M€ par rapport au budget révisé 2025, en raison de la fin de plusieurs projets, notamment le projet de réfection d’un branchement à Fos-sur-Mer. Les raccordements, eux, restent dynamiques : Les dépenses de raccordements et de prestations pour tiers s’élèvent à 75,4 M€ en 2026, en hausse de 12,5 M€ par rapport au budget révisé 2025. Cette hausse s’explique principalement par l’augmentation des projets de raccordements et de rebours (+13,0 M€). Pour les porteurs de projets industriels ou de méthanisation en attente de raccordement au réseau de transport, cette hausse traduit un carnet de demandes qui reste soutenu malgré le ralentissement du budget global.
Les dépenses liées au développement du réseau principal sont en hausse de 5,1 M€ par rapport au budget révisé 2025. Cela s’explique principalement par le lancement des travaux sur le projet de liaison Gournay-Cuvilly, dont le budget cible a été fixé en janvier 2025. Pour les opérateurs de stockage, cet effort d’investissement s’ajoute à une tendance déjà installée : le renchérissement du terme de stockage facturé aux fournisseurs constaté depuis le printemps reflète en partie ces besoins de financement des infrastructures. Ces montants alimentent aussi la réflexion tarifaire de long terme, alors que le régulateur chiffre par ailleurs l’effet ciseau attendu sur le tarif du réseau de transport à long terme. Certains opérateurs de stockage explorent aussi des usages connexes, comme les différentes technologies de stockage de l’hydrogène qui pourraient un jour cohabiter avec le stockage de gaz naturel, une piste suivie de près par les acteurs de la transition énergétique.
Perspectives : les échéances à surveiller avant l’hiver
Ce cycle d’approbation annuel se répète chaque année selon le même calendrier : programme initial en fin d’année précédente, révision à mi-parcours, puis bilan d’exécution et nouvelle approbation l’été suivant. l’ensemble des délibérations correspondantes est publié par le régulateur au fil de ses séances, ce qui permet aux professionnels du secteur de suivre, opérateur par opérateur, l’avancement réel des chantiers de sécurisation et de maintenance du réseau. Pour les directions techniques des gestionnaires comme pour leurs prestataires, l’enjeu immédiat reste l’exécution du programme approuvé pour NaTran, dont les 528,1 M€ devront être engagés sur les chantiers de réhabilitation avant les pics de consommation hivernaux. Les prochains rendez-vous d’approbation interviendront selon le même rythme annuel, un point de vigilance pour les fournisseurs et les gestionnaires d’infrastructure à l’approche de la prochaine saison hivernale.
Questions fréquentes
Quel est le montant du programme d’investissements 2026 approuvé pour NaTran ?
La CRE a approuvé, pour l’année 2026, 528,1 M€ pour NaTran, contre 613,6 M€ initialement prévus, une révision à la baisse par rapport à la demande initiale du gestionnaire.
Pourquoi le programme initial 2026 de NaTran affichait-il une forte hausse ?
Cette hausse est presque exclusivement liée aux dépenses de réhabilitation de l’artère du Rhône et au renforcement du programme d’inspection par piston des canalisations.
Quel texte impose aux gestionnaires de réseaux de transport de gaz de soumettre leur programme d’investissements à la CRE ?
En application des dispositions des articles L. 134-3 et L. 431-6, II du code de l’énergie, les gestionnaires de réseaux de transport (GRT) de gaz doivent transmettre leurs programmes annuels d’investissements à la Commission de régulation de l’énergie (CRE) pour approbation.
Sources officielles
- Commission de régulation de l’énergie — bilan des investissements des réseaux de transport de gaz et des opérateurs de stockage
- Commission de régulation de l’énergie — délibération portant approbation du programme d’investissements de NaTran

