Les énergies renouvelables ont réduit les prix de gros de l’électricité de près de 24 % en moyenne sur 19 pays européens entre 2023 et 2025, selon le rapport « Towards Cheaper Electricity » publié par Positive Money fin avril 2026 et relayé par Euronews le 24 avril 2026. En France, ce mouvement s’est traduit par deux baisses successives du tarif réglementé de vente (TRV) : -15 % en février 2025, puis -3 % en août 2025, portant le kilowattheure à 0,1952 €/kWh TTC. Le plan AccelerateEU présenté par la Commission européenne le 22 avril 2026 vise à amplifier durablement cette dynamique en faveur des consommateurs.
Les chiffres : -24 % en moyenne, 3 milliards d’euros d’économies par mois
Le rapport analyse l’évolution des prix de gros de l’électricité dans 19 pays de l’Union européenne sur la période 2023-2025. Sa conclusion principale : la montée en puissance du solaire photovoltaïque et de l’éolien a permis une réduction moyenne de 24,2 % des prix de marché. L’effet est maximal dans les pays ayant le plus déployé. En Espagne, les prix ont chuté de 53 % par rapport à leur niveau de 2022, sous l’effet du doublement des capacités solaires et éoliennes depuis 2019. Sur le seul mois de mars 2026, SolarPower Europe estime que la production solaire et éolienne a généré plus de 3 milliards d’euros d’économies pour les consommateurs européens — soit plus de 100 millions d’euros par jour. À l’échelle de l’année 2026, si les prix du gaz restent élevés, les projections font état de jusqu’à 67,5 milliards d’euros d’économies potentielles pour le continent. Dans ce contexte, le plan AccelerateEU de la Commission européenne vise à imposer le changement de fournisseur en 24 heures d’ici fin 2026.
Le plan AccelerateEU de la Commission européenne, présenté le 22 avril 2026, s’appuie sur ce constat pour proposer une accélération du déploiement : 100 GW de nouvelles capacités renouvelables installées par an dans l’UE, des procédures d’autorisation plafonnées à deux ans d’ici fin 2026, et 55 à 200 GW de stockage en batteries déployés d’ici 2030. La Commission souligne que l’UE importait encore 57 % de son énergie sous forme de combustibles fossiles en 2025, pour un coût de 340 milliards d’euros.
En France, l’effet sur les tarifs réglementés est déjà perceptible. La Commission de régulation de l’énergie (CRE) a acté deux baisses successives du TRV : -15 % en février 2025, puis -3 % en août 2025, portant le prix moyen à 0,1952 €/kWh TTC — contre 0,2516 €/kWh au pic de la crise en 2023. Pour un foyer consommant 5 000 kWh/an, cela représente une économie annuelle d’environ 280 €.
| Indicateur | Valeur | Source |
|---|---|---|
| Baisse prix gros électricité Europe 2023-2025 | -24,2 % (19 pays) | Positive Money, avril 2026 |
| Baisse en Espagne vs pic 2022 | -53 % | Positive Money / Euronews |
| Économies renouvelables en Europe (mars 2026) | > 3 Md€/mois | SolarPower Europe |
| TRV France (mai 2026) | 0,1952 €/kWh TTC | CRE |
| Économies pour un foyer 5 000 kWh/an | ~280 €/an vs 2023 | Calcul Orelni d’après CRE |
| Projection économies UE 2026 | Jusqu’à 67,5 Md€ | Positive Money / Euronews |
Le mécanisme : le merit order et l’effet structurel des renouvelables sur les prix
La crise énergétique de l’automne 2022 reste la toile de fond de cette évolution. La réduction brutale des exportations russes de gaz naturel a propulsé les prix de gros de l’électricité jusqu’à 500 €/MWh en Allemagne et 450 €/MWh en France — cinq à dix fois les niveaux historiques normaux. Gouvernements et entreprises ont réagi par une accélération sans précédent du déploiement renouvelable : l’UE a installé plus de capacités solaires photovoltaïques en 2023 et 2024 combinées qu’au cours des vingt années précédentes. En 2025, les renouvelables ont surpassé les combustibles fossiles dans la production électrique de 14 États membres sur 27 — une première dans l’histoire du continent.
Le mécanisme qui relie déploiement renouvelable et baisse des prix s’appelle le merit order. Sur les marchés de gros européens, le prix de l’électricité est déterminé par la dernière centrale appelée pour équilibrer offre et demande à un instant donné. Les renouvelables ont un coût marginal nul — le vent et le soleil sont gratuits. Lorsqu’ils produisent en grande quantité, ils prennent la place de centrales à gaz ou à charbon plus coûteuses dans l’ordre d’appel, faisant baisser le prix de compensation pour l’ensemble des acheteurs sur le marché. C’est ce mécanisme qui a produit, le 30 avril 2026 en France, un prix day-ahead record à -413 €/MWh sur certaines heures — un phénomène appelé à se répéter plus fréquemment au fil du déploiement renouvelable.
En France, l’ampleur de l’effet est renforcée par la remontée en puissance du parc nucléaire. La production nucléaire française a atteint 333,3 TWh sur les onze premiers mois de 2025 — son meilleur niveau depuis 2015, après les crises de corrosion sous contrainte de 2022-2023. La conjugaison du nucléaire à coût marginal bas et des renouvelables à coût marginal nul crée une offre abondante et structurellement décarboné qui pèse sur les prix de marché à chaque heure de la journée.
Ce que ça change concrètement pour votre facture et vos équipements
Pour les propriétaires de panneaux photovoltaïques, la baisse des prix de marché a une conséquence directe : le tarif de rachat du surplus (contrat EDF OA) est tombé à 0,04 €/kWh au deuxième trimestre 2026, contre 0,12 €/kWh en 2021. La revente est désormais peu rémunératrice. L’autoconsommation directe — en consommant sa production au fil du soleil — ou différée via une batterie domestique devient nettement plus rentable. Notre guide sur l’autoconsommation solaire détaille les stratégies d’optimisation.
Pour les ménages se chauffant à la pompe à chaleur, la baisse du prix de l’électricité est doublement bénéfique. Une PAC air/eau de COP 3,5 consomme 1 kWh électrique pour produire 3,5 kWh thermiques. Au tarif réglementé de 0,1952 €/kWh, le coût du kWh de chauffage revient à environ 0,056 €/kWh thermique — inférieur au gaz naturel à son tarif actuel. Pour un logement consommant 15 000 kWh thermiques/an pour le chauffage, le coût annuel de chauffage PAC avoisine 840 € contre plus de 1 200 € avec une chaudière gaz.
Pour les entreprises industrielles électro-intensives (fonderies, cimenteries, data centers), les prix de gros entre 58 et 70 €/MWh attendus en 2026 — bien en deçà des 450 €/MWh de l’automne 2022 — rendent économiquement pertinente l’électrification des procédés thermiques : remplacement des chaudières industrielles à gaz par des pompes à chaleur industrielles haute température, installation de fours électriques, etc. C’est précisément l’un des objectifs du plan AccelerateEU.
Perspectives 2026-2030 : TURPE, EPR2 et plan AccelerateEU
La trajectoire des prix de l’électricité en France n’est pas uniforme dans les prochains mois. La prochaine révision du TRV est prévue en août 2026. Elle intégrera la hausse du TURPE 7 (tarif d’acheminement des réseaux de distribution Enedis et de transport RTE), qui représente environ 25 % de la facture totale — comme notre analyse du TURPE 2026 le détaille. Cette hausse réseau pourrait partiellement atténuer les gains liés aux prix de marché, sans remettre en cause la tendance de fond.
À moyen terme (2027-2030), la combinaison du nucléaire relancé (six EPR2 en construction, dont les premiers à Penly), de l’essor de l’éolien offshore (AO10, 10 GW) et du déploiement massif du solaire (objectif 100 GW en 2035) crée les conditions d’un marché structurellement compétitif. Les projections de prix de gros à moyen terme se situent entre 58 et 70 €/MWh — bien en deçà des niveaux de crise, et compatibles avec une poursuite de la modération des tarifs réglementés.
Le plan AccelerateEU prévoit également une banque de décarbonation industrielle à 100 milliards d’euros pour financer l’accélération des renouvelables et du stockage à l’échelle européenne. Ces investissements n’auront d’effet sur les prix qu’à partir de 2028-2030, mais ils ancrent structurellement l’UE dans un modèle énergétique à faible coût marginal. Pour les particuliers, les offres heures creuses / heures pleines, l’option Tempo d’EDF et les contrats indexés sur le marché de gros permettent dès aujourd’hui de profiter des périodes de surproduction renouvelable — parfois à prix nul ou négatif.
Au-delà des prix de marché, le programme Watt Watchers révèle que le comportement des occupants crée un écart de consommation de 90 % entre logements identiques, soulignant que la sobriété comportementale reste le levier le plus immédiat pour réduire sa facture quelle que soit la trajectoire des prix.
Pourquoi les renouvelables font-ils baisser le prix de l’électricité ?
Le mécanisme s’appelle le merit order. Sur les marchés de gros, le prix est fixé par la dernière centrale appelée. Les renouvelables ont un coût marginal nul : lorsqu’ils produisent, ils remplacent des centrales à gaz ou à charbon plus chères, faisant baisser le prix de compensation pour l’ensemble des acheteurs. Plus la part des renouvelables est élevée, plus cet effet est fort et fréquent.
Ma facture d’électricité va-t-elle continuer à baisser en 2026 et 2027 ?
Pas nécessairement de façon linéaire. En août 2026, la révision du TRV intégrera la hausse du TURPE 7 (réseau de distribution), qui pourrait temporairement remonter la facture. À moyen terme (2027-2030), la montée en puissance des renouvelables et du nucléaire relancé laisse anticiper des prix de marché structurellement inférieurs au pic de 2022-2023, favorables à la modération tarifaire.
Comment profiter concrètement de la baisse des prix de l’électricité ?
Trois leviers principaux : (1) souscrire une offre heures creuses/heures pleines ou l’option Tempo pour bénéficier des périodes de surproduction renouvelable ; (2) équiper son logement d’une pompe à chaleur (COP 3,5 = kWh thermique à ~0,056 €, moins cher que le gaz) ; (3) maximiser l’autoconsommation solaire plutôt que la revente du surplus, désormais peu rémunérée à 0,04 €/kWh.

