La décarbonation de l’industrie repasse à l’offensive : le gouvernement vient de relancer deux dispositifs majeurs de France 2030 pour aider les sites industriels à réduire leurs émissions. Avec un guichet ouvert jusqu’au 7 septembre 2026, l’État entend accélérer la transformation du secteur le plus difficile à verdir, à l’heure où la trajectoire climatique française accuse encore un net retard.
Deux appels à projets relancés sous France 2030
Dans un communiqué de début juin, le ministère de l’Économie annonce que le Gouvernement lance aujourd’hui le deuxième « Appel d’Offres Grands projets industriels de décarbonation (AO GPID) », en parallèle d’une nouvelle relève du dispositif DECARB IND. Les deux dispositifs partagent un calendrier identique : la fiche officielle précise une ouverture Du 07 mai 2026 au 07 septembre 2026 (heure de clôture : 15h00). Opérés par l’ADEME pour le compte de l’Etat, ces deux dispositifs s’inscrivent dans le cadre du plan France 2030.
Lancé pour réindustrialiser le pays tout en accélérant sa transition écologique, le plan France 2030 finance des projets jugés stratégiques, de la production d’hydrogène aux technologies bas-carbone. La décarbonation de l’industrie en constitue l’un des axes phares : le secteur figure parmi les plus gros émetteurs nationaux, mais aussi parmi les plus difficiles à transformer, car beaucoup de procédés — chimie, ciment, métallurgie — reposent encore sur des combustibles fossiles brûlés à très haute température.
L’ambition affichée est claire : réduire de 30% les émissions industrielles d’ici 2030. Une cible qui s’appuie sur des leviers déjà éprouvés. Le dispositif DECARB IND 25 finance quatre thématiques, dont l’efficacité énergétique, la modification du mix énergétique, celle du mix matière et le captage, valorisation et stockage du carbone.
Ce qu’a déjà produit la première édition
Le bilan de la première vague justifie la relance. Selon la Direction générale des entreprises, le premier AO GPID a attribué 1,6 Md€ à 7 lauréats permettant d’éviter 3,8 Mt CO₂e/an, pour un appel d’air considérable : l’édition initiale avait suscité plus de 8 milliards d’euros de demande de soutien. Ces 3,8 Mt CO₂e/an évitées chaque année représentent 24% de l’effort industriel à réaliser d’ici 2030 (SNBC 3), soit 1% des émissions nationales évitées chaque année.
L’efficience du dispositif tient à son coût d’abattement : 22 euros par tonne de CO₂ évitée en moyenne, avec un accompagnement étalé sur une durée de 15 ans. Parmi les lauréats figure notamment Aluminium Dunkerque (360 millions d’euros), illustrant le calibre des projets soutenus. Côté DECARB IND, le bilan est tout aussi parlant : depuis son lancement, le programme DECARB IND a attribué 570 M€ à 158 projets, permettant de réduire les émissions de 2,8 MtCO2e, pour un coût d’abattement moyen de 10 €/tCO2e sur 20 ans. Fait notable : cette performance a été obtenue notamment grâce à l’électrification (50% des projets).
Qui peut candidater, et à quelles conditions
Les deux dispositifs ne visent pas les mêmes profils. L’AO GPID cible les gros émetteurs : il concerne les activités industrielles existantes (hors raffineries), soumises au système européen d’échange de quotas d’émissions (ETS), avec pour objectif d’accélérer la décarbonation des secteurs et sites industriels les plus émetteurs et les plus difficiles à décarboner. Il finance aussi la production d’hydrogène décarboné par électrolyse. Attention toutefois : La participation à ce deuxième AO GPID est limitée aux entreprises ayant participé à l’appel à manifestation d’intérêt antérieur ou au premier appel d’offres.
DECARB IND 25 s’adresse à un spectre plus large de projets industriels. Les critères d’éligibilité exigent une réduction d’émissions de GES supérieure à 1 000 tCO₂eq par an à iso-production, et plafonnent l’aide à une demande d’aide inférieure à 30 millions d’euros. Pour les entreprises qui manqueraient cette échéance, le calendrier prévoit déjà une suite : Une troisième relève est prévue le 20 mai 2027. Ces aides complètent l’arsenal des certificats d’économies d’énergie, que nous décryptons dans notre guide complet des CEE 2026 et notre analyse de la fiche CEE industrie IND-UT-137 pour les pompes à chaleur.
Derrière ces critères se cache une logique d’efficacité de la dépense publique. Le « coût d’abattement » mesure l’argent public mobilisé pour chaque tonne de CO₂ évitée : plus il est bas, plus l’aide est jugée vertueuse. C’est pourquoi l’État privilégie les projets capables de décarboner massivement sans subvention disproportionnée, et fixe des seuils minimaux de réduction d’émissions à l’entrée. Pour les industriels, l’enjeu est double : décrocher un soutien tout en démontrant la maturité technique et la solidité économique de leur projet sur la durée.
Un retard climatique à combler
Cette relance n’a rien d’un luxe. La troisième Stratégie nationale bas-carbone fixe un cap exigeant pour l’industrie : passer de 78 MtCO₂eq par an en 2021 à 45 MtCO₂eq par an à horizon 2030, soit un objectif de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) de l’industrie de -47 % entre 2021 et 2030. À l’échelle nationale, la SNBC 3 entend Réduire de moitié les émissions territoriales hors puits de carbone (secteur UTCATF et puits technologiques) d’ici 2030 par rapport à 1990.
Or la trajectoire actuelle reste insuffisante. L’évaluation officielle du scénario avec mesures existantes projette 326 millions de tonnes en équivalent CO2 (MtCO2e) en 2030, soit une réduction d’émissions de 39,5 % comparé à 1990 — un niveau qui laisse encore un écart de 56 MtCO2e au-dessus de l’objectif futur de 270 MtCO2e de la SNBC 3 correspondant à une réduction de 50 %. C’est précisément cet écart que les aides France 2030 cherchent à résorber, en accélérant des leviers que nous explorons dans nos dossiers sur la valorisation de la chaleur fatale industrielle, sur l’efficacité énergétique industrielle via l’ISO 50001 et sur la récupération de chaleur fatale comme innovation clé.
Quelles perspectives pour les acteurs économiques
Pour les industriels, le message est limpide : les fenêtres de financement s’enchaînent désormais à un rythme soutenu, mais elles supposent des dossiers solides et des projets matures avant l’échéance de l’automne. Au-delà des grands sites soumis au marché du carbone, l’enjeu de la décarbonation irrigue toute la chaîne de valeur, des sous-traitants aux artisans du bâtiment, dont les financements passent souvent par d’autres canaux comme les CEE : nous l’illustrons dans notre article sur les nouveaux financements CEE pour les professionnels de la rénovation. Pour une vision d’ensemble des technologies de demain, consultez notre guide de référence sur les énergies du futur, et pour comprendre l’impact des coûts de l’énergie sur la compétitivité, notre guide complet sur le prix de l’énergie.
L’enjeu dépasse la seule comptabilité carbone. Décarboner l’industrie, c’est aussi sécuriser la compétitivité de sites souvent exposés à la concurrence internationale et au prix du carbone européen, préserver des emplois dans les territoires et réduire la dépendance aux énergies fossiles importées. L’électrification des procédés, la récupération de la chaleur perdue et le captage du carbone dessinent une feuille de route où performance environnementale et performance économique tendent, à terme, à converger : une usine moins émettrice est aussi, le plus souvent, une usine moins vulnérable aux chocs énergétiques.
Questions fréquentes
Jusqu’à quand peut-on candidater aux appels à projets de décarbonation ?
Les deux dispositifs, l’AO GPID et DECARB IND 25 (2e relève), sont ouverts du 07 mai 2026 au 07 septembre 2026 (heure de clôture : 15h00). Une troisième relève est prévue le 20 mai 2027, ce qui laisse une nouvelle fenêtre aux projets non aboutis à temps.
Quels résultats a obtenus la première édition de l’AO GPID ?
La première édition a attribué 1,6 Md€ à 7 lauréats permettant d’éviter 3,8 Mt CO₂e/an, soit 24% de l’effort industriel à réaliser d’ici 2030 (SNBC 3). Le coût d’abattement moyen ressort à 22 euros par tonne de CO₂ évitée, sur un accompagnement de 15 ans.
Quel est l’objectif de décarbonation de l’industrie d’ici 2030 ?
La SNBC 3 vise à faire passer les émissions de l’industrie de 78 MtCO₂eq par an en 2021 à 45 MtCO₂eq par an à horizon 2030, soit un objectif de réduction de -47 % entre 2021 et 2030. Le gouvernement vise plus largement de réduire de 30% les émissions industrielles d’ici 2030 via les dispositifs France 2030.

