émissions de gaz à effet de serre
,

Émissions de gaz à effet de serre : -3 % en 2024, mais la France doit accélérer

Les émissions de gaz à effet de serre de la France ont de nouveau reculé en 2024 et 2025, confirmant une trajectoire de décarbonation parmi les plus rapides d’Europe. Mais l’inventaire national publié à la mi-juin 2026 le montre aussi…

·

Les émissions de gaz à effet de serre de la France ont de nouveau reculé en 2024 et 2025, confirmant une trajectoire de décarbonation parmi les plus rapides d’Europe. Mais l’inventaire national publié à la mi-juin 2026 le montre aussi : le rythme actuel reste insuffisant pour tenir l’objectif climatique de 2030. Décryptage des chiffres et de leurs conséquences pour les ménages et le bâtiment.

Les faits : deux années de baisse confirmée

Dans un communiqué publié à la mi-juin 2026, le ministère de la Transition écologique rappelle que le Centre interprofessionnel technique d’études de la pollution atmosphérique (Citepa) publie aujourd’hui l’édition 2026 de son inventaire national des émissions de gaz à effet de serre présentées par grands secteurs d’activité (rapport Secten). Le constat est net : les émissions françaises de gaz à effet de serre hors puits de carbone s’établissent à 367,0 MtCO₂e en 2024, en baisse de -3,0 % par rapport à 2023.

Cette performance dépasse les prévisions : cette diminution est plus marquée que celle anticipée à hauteur de -1,8 % par les premières estimations publiées dans le rapport Secten de 2025. La dynamique se prolonge l’année suivante, puisque pour 2025, l’estimation provisoire des émissions est de 359,4 MtCO₂e, soit une nouvelle baisse de -2,2 % entre 2025 et 2024. Il s’agit du niveau le plus faible observé depuis 1990, permettant d’atteindre une réduction cumulée des émissions de -34,3 % depuis 1990, ce qui la place parmi les pays européens les plus avancés dans la transition climatique.

Le mouvement de fond s’est accéléré au cours de la dernière décennie : depuis plusieurs années, la baisse des émissions s’accélère, avec un rythme moyen de réduction de -2,8 % par an entre 2017 et 2025, contre -0,6 % par an sur la période 1990-2016. Un signal encourageant, mais à nuancer : les années 2024 et 2025 montrent cependant un léger ralentissement du rythme de baisse par rapport aux années précédentes.

Tous les secteurs mobilisés, l’énergie en tête

La baisse de 2024 est largement le fait du système énergétique : en 2024, la diminution est principalement portée par le secteur de l’énergie (près de la moitié de la baisse), ainsi que par l’industrie manufacturière, les transports, les bâtiments, l’agriculture et les déchets. Le levier principal tient à la production électrique : en 2024, près de la moitié de la baisse nationale des émissions est portée par le secteur de l’énergie, grâce au retour à un haut niveau de disponibilité du parc nucléaire et à une production renouvelable soutenue. Conséquence directe, cette évolution a permis de réduire fortement le recours aux centrales thermiques fossiles, dont la production atteint un niveau historiquement bas. Cette abondance d’électricité décarbonée est au cœur de notre dossier sur les mécanismes de tarification du carbone.

En 2025, le moteur de la décarbonation change de nature : en 2025, l’industrie manufacturière représente la principale contribution à la baisse nationale. Une donnée à interpréter avec prudence, car cette évolution reflète à la fois les efforts de décarbonation engagés par les industriels, mais également des baisses de production dans certains secteurs fortement exposés à la concurrence internationale. Le soutien public reste massif : les dispositifs déployés dans le cadre de la loi Industrie verte et de France 2030 participent à cette ambition en soutenant les investissements industriels bas-carbone et les innovations permettant de réduire durablement les émissions, comme l’illustre la relance récente de deux appels d’offres France 2030.

Mise en perspective : la barre de 2030 reste haute

Ces résultats doivent se lire à l’aune des objectifs nationaux. Selon la troisième stratégie nationale bas-carbone, l’ambition est claire : réduire de moitié les émissions territoriales hors puits de carbone (secteur utilisation des terres, changement d’affectation des terres et foresterie – UTCATF et puits technologiques) d’ici 2030 par rapport à 1990. Or l’atteinte de ces cibles implique de baisser nos émissions de gaz à effet de serre de l’ordre de 5 % en moyenne chaque année d’ici 2030. Le ministère est explicite : pour atteindre l’objectif national de réduction de -50 % des émissions nettes de gaz à effet de serre d’ici 2030 par rapport à 1990, le rythme de baisse devra désormais atteindre environ -5 % par an entre 2024 et 2030.

L’écart avec le rythme récemment observé est donc considérable : il faut quasiment doubler la cadence. Les projections existantes le confirment. D’après l’évaluation du scénario avec mesures existantes, l’AME 2024 atteint 326 millions de tonnes en équivalent CO2 (MtCO2e) en 2030, soit une réduction d’émissions de 39,5 % comparé à 1990 — soit nettement en deçà de la cible de réduction de moitié visée pour 2030. Cet enjeu de trajectoire rejoint celui que nous détaillions dans notre analyse de la SNBC 3 appliquée à la rénovation thermique des logements.

Côté industrie, le défi est chiffré secteur par secteur. L’objectif de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) de l’industrie, défini par la Stratégie nationale Bas Carbone 3, soumise à consultation, est de -47 % entre 2021 et 2030, ce qui suppose de passer de 78 MtCO₂eq par an en 2021 à 45 MtCO₂eq par an à horizon 2030.

Impact concret : électrifier les usages

Pour les ménages comme pour les collectivités, le message des pouvoirs publics tient en un mot : électrification. Le ministère indique que le plan national d’électrification présenté au printemps 2026 contribuera à cette baisse d’émissions en favorisant le remplacement progressif des équipements utilisant des combustibles fossiles par des solutions électriques performantes et compétitives. Concrètement, cela passe par le remplacement des chaudières fioul et gaz par des pompes à chaleur, l’isolation des logements et le suivi de son diagnostic de performance énergétique en 2026. Pour les particuliers, ces arbitrages s’inscrivent dans une démarche globale de rénovation énergétique de leur logement et de maîtrise de leur facture d’énergie sur le long terme.

La cohérence du dispositif repose sur le mix électrique national. Le ministère souligne que cette performance confirme la pertinence de la stratégie française fondée sur un mix électrique robuste, associant nucléaire et énergies renouvelables, dont les orientations sont fixées par la PPE 3, publiée en février 2026. À l’échelle des territoires, les collectivités disposent d’outils de planification que nous décrivons dans notre guide sur l’élaboration d’un PCAET pour réduire les émissions locales.

Perspectives : un premier trimestre 2026 prometteur

Les signaux de court terme sont plutôt favorables. Le Citepa anticipe une accélération : pour le premier trimestre 2026, la baisse des émissions pourrait atteindre -5,2 % par rapport au premier trimestre 2025, avec un recul net des émissions des bâtiments et des transports. Si elle se confirmait sur l’ensemble de l’année, cette cadence serait pour la première fois cohérente avec l’objectif de 2030.

L’effort industriel devrait également monter en puissance. Le Gouvernement lance aujourd’hui le deuxième « Appel d’Offres Grands projets industriels de décarbonation (AO GPID) », des dispositifs dont l’instruction est confiée à l’agence de la transition écologique : opérés par l’ADEME pour le compte de l’Etat, ces deux dispositifs s’inscrivent dans le cadre du plan France 2030. La prochaine édition du rapport Secten, attendue en 2027, dira si la France a réussi à transformer une trajectoire de baisse régulière en véritable rupture.

Questions fréquentes

De combien ont baissé les émissions de gaz à effet de serre en France en 2024 et 2025 ?

Selon l’inventaire national 2026 du Citepa, les émissions hors puits de carbone ont atteint 367,0 MtCO₂e en 2024, puis une estimation provisoire de 359,4 MtCO₂e en 2025. C’est le niveau le plus bas depuis 1990, et la France figure parmi les pays européens les plus avancés dans sa transition climatique.

Pourquoi la France doit-elle accélérer sa décarbonation ?

L’objectif national est de réduire de moitié les émissions nettes d’ici 2030 par rapport à 1990. Cela suppose de baisser les émissions d’environ cinq pour cent par an entre 2024 et 2030, alors que la baisse moyenne observée depuis 2017 a été plus modérée. Il faut donc quasiment doubler la cadence actuelle.

Quel secteur contribue le plus à la baisse des émissions ?

En 2024, près de la moitié de la baisse vient du secteur de l’énergie, grâce à la forte disponibilité du parc nucléaire et à une production renouvelable soutenue, qui ont réduit le recours aux centrales thermiques fossiles. En 2025, c’est l’industrie manufacturière qui apporte la principale contribution à la baisse nationale.

Partager cet article

📖 Sommaire


📂 Catégorie

,

Articles similaires