L’hydroélectricité revient au cœur de la stratégie énergétique française. Le Parlement vient d’adopter une proposition de loi destinée à relancer les investissements dans la première source d’électricité renouvelable du pays et à moderniser le régime des concessions hydrauliques. Ce mouvement de fond s’inscrit dans une électrification des usages que RTE mesure désormais via un tableau de bord dédié. Le réseau de transport doit lui aussi absorber cette relance : RTE mise sur un investissement triplé d’ici 2030 pour électrifier les usages, un contexte où l’éolien terrestre voit lui aussi son impact sur la biodiversité mieux encadré par le protocole ADEME de détection-arrêt. Objectif affiché : débloquer la construction de nouveaux barrages et, surtout, de stations de transfert d’énergie par pompage (STEP), pièce maîtresse du stockage de demain.
Une filière historique au poids considérable dans le mix
Selon le ministère de la Transition écologique, l’hydroélectricité est la deuxième source de production électrique derrière le nucléaire et la première source d’électricité renouvelable en France : l’hydroélectricité est la deuxième source de production électrique derrière le nucléaire et la première source d’électricité renouvelable. Le principe physique est simple : l’hydroélectricité transforme l’énergie gravitaire des lacs, des cours d’eau et des marées en électricité.
Le parc est l’un des plus puissants du continent. La France dispose d’environ 26,2 GW installés, dont environ 25,7 GW en France métropolitaine, soit l’un des plus grands parcs hydroélectriques en Europe. Côté éolien terrestre, la 11e période de l’appel d’offres PPE2 confirme une baisse des prix de 11 % portée par le repowering. Cette puissance n’est pas anecdotique dans le système électrique : elle représente environ 20 % de la puissance électrique totale installée, pour un productible annuel moyen d’environ 67 TWh. Pour mieux situer cette filière parmi les autres leviers de la transition, notre dossier sur les énergies renouvelables en France et leur croissance soutenue remet ces ordres de grandeur en perspective.
2025 : une production en net recul, mais conforme à la moyenne décennale
L’année écoulée a rappelé la dépendance de la filière à la météo. D’après le bilan électrique de RTE, la production hydraulique a très sensiblement décru en 2025 : la production d’électricité d’origine hydraulique a très sensiblement décru en 2025 (-12,9 TWh/17,2 %), atteignant 62,4 TWh. Ce repli reste toutefois à relativiser, puisqu’il s’agit d’un niveau proche de la production annuelle moyenne de la dernière décennie (61,4 TWh en moyenne sur la période 2015-2024).
La cause de ce recul est avant tout climatique : le recul de la production hydraulique entre 2024 et 2025 reflète essentiellement des précipitations moins abondantes en 2025 qu’elles ne l’avaient été en 2024. Cette variabilité illustre tout l’intérêt de coupler l’hydraulique à des moyens de flexibilité, un enjeu que nous détaillons dans notre analyse du stockage d’électricité et des projets retenus par la CRE.
Concessions hydrauliques : le verrou que la loi veut faire sauter
Pourquoi une loi ? Parce que l’exploitation de la ressource est étroitement encadrée. Le code de l’Énergie pose un principe clair : nul ne peut disposer de l’énergie des marées, des lacs et des cours d’eau sans une concession ou une autorisation de l’État. Or l’essentiel des grands ouvrages relève de ce régime : la France compte plus de 340 concessions hydroélectriques qui représentent plus de 90 % du total de la puissance hydroélectrique installée.
Ce cadre a été défini il y a une décennie : la procédure d’octroi des concessions a été précisée dans le livre V du code de l’Énergie par la loi du 17 août 2015 relative à la transition énergétique pour la croissance verte (LTECV) et son décret d’application n°2016-530. Depuis, le renouvellement des concessions est gelé, faute d’accord sur les modalités de mise en concurrence. Nous revenions sur l’origine de ce blocage dans notre article consacré à la consultation de la DGEC et la recherche d’une issue au conflit avec Bruxelles. La nouvelle loi entend précisément lever ce verrou pour relancer l’investissement.
Les STEP, batteries géantes du réseau
Au-delà des barrages, l’enjeu central est le stockage. Les « stations de transfert d’énergie par pompage » ou STEP, utilisées pour le stockage de l’énergie électrique, fonctionnent comme d’immenses batteries : elles pompent l’eau vers un réservoir supérieur quand l’électricité est abondante, puis la turbinent quand la demande grimpe. Leur rôle est aujourd’hui irremplaçable, comme le souligne RTE : les STEP représentent actuellement le seul moyen de stockage à grande échelle — les STEP représentent actuellement le seul moyen de stockage à grande échelle, pour une capacité installée en France aujourd’hui d’environ 5 GW.
C’est là que se joue l’avenir. La programmation pluriannuelle de l’énergie a fixé un cap : engager, au cours de la première période de la PPE, les démarches permettant le développement des STEP pour un potentiel de 1,5 GW identifié en vue des mises en service des installations entre 2030 et 2035. RTE confirme cette ambition : la PPE envisage ainsi la possibilité de mettre en service jusqu’à 1,5 GW de nouvelles STEP entre 2030 et 2035. Ces capacités viendraient compléter d’autres pistes de stockage prometteuses, comme celles que nous décrivons dans notre dossier sur le stockage par gravité, alternative durable aux batteries.
Quel potentiel de développement reste-t-il ?
La marge de progression existe, même si elle est encadrée par les enjeux environnementaux. Le ministère chiffre un potentiel résiduel de 653 MW en sites vierges hors Liste 1 et de 368 MW pour l’équipement des seuils existants. La PPE traduit cette ambition en objectifs concrets : augmenter le parc de l’ordre de 200 MW d’ici 2023 et de 900 à 1 200 MW d’ici 2028. Ces nouveaux mégawatts s’inscrivent dans une stratégie d’ensemble, puisque la stratégie française est fondée sur un mix électrique robuste associant nucléaire et énergies renouvelables, dont les orientations sont fixées par la PPE 3, publiée en février 2026.
L’enjeu dépasse la seule production : il touche à la décarbonation du pays. Le ministère rappelle qu’en 2024, près de la moitié de la baisse nationale des émissions a été portée par le secteur de l’énergie : en 2024, près de la moitié de la baisse nationale des émissions est portée par le secteur de l’énergie, grâce au retour à un haut niveau de disponibilité du parc nucléaire et à une production renouvelable soutenue. Une électricité plus flexible et plus stockable est donc un atout direct pour tenir les objectifs climatiques — un sujet que nous explorons aussi à travers les énergies marines renouvelables et leurs technologies.
Ce que cela change pour les territoires et les consommateurs
Pour les vallées de montagne, où se concentrent les grands ouvrages, la relance des concessions ouvre la perspective de chantiers de modernisation et d’emplois locaux. Pour le système électrique, davantage de STEP signifie une meilleure capacité à absorber les pics de production solaire et éolienne, et donc à limiter le gaspillage d’électricité renouvelable lors des épisodes de surproduction. Pour le consommateur enfin, un réseau mieux équipé en flexibilité, c’est à terme une meilleure maîtrise des coûts — un levier que nous suivons de près dans notre rubrique consacrée au prix de l’énergie et à son évolution. La filière hydraulique reste, plus que jamais, un pilier des énergies du futur.
Questions fréquentes
Qu’est-ce qu’une STEP et à quoi sert-elle ?
Une STEP, ou station de transfert d’énergie par pompage, sert au stockage de l’énergie électrique. Elle pompe l’eau vers un réservoir d’altitude lorsque l’électricité est abondante, puis la turbine pour produire de l’électricité au moment des pics de demande. En France, ces installations constituent aujourd’hui le seul moyen de stockage à grande échelle, pour une capacité installée d’environ 5 GW.
Quelle place occupe l’hydroélectricité dans le mix électrique français ?
L’hydroélectricité est la deuxième source de production d’électricité derrière le nucléaire et la première source d’électricité renouvelable du pays. Son parc, d’environ 26,2 GW, pèse pour près de 20 % de la puissance électrique totale installée.
Pourquoi la production hydroélectrique a-t-elle baissé en 2025 ?
Le recul observé en 2025 s’explique avant tout par des précipitations moins abondantes que l’année précédente. La production a reculé pour atteindre 62,4 TWh, un niveau qui reste néanmoins proche de la moyenne de la dernière décennie.

