Une autorisation environnementale accordée par le décret n° 2026-807 du 20 août 2026 permet à EDF de lancer les travaux de terrassement des deux réacteurs EPR2 de Gravelines, avec une dérogation touchant 61 espèces protégées impactées par le projet.
Ce que prévoit le décret d’autorisation environnementale
Le texte porte sur les travaux nécessaires à l’implantation d’une paire d’unités de production nucléaire de type EPR2 sur les communes de Gravelines, Craywick, Loon Plage et Bourbourg. Électricité de France (EDF), dont le siège est sis, 22-30, avenue de Wagram, 75008 Paris, est le bénéficiaire de l’autorisation environnementale, précise le décret publié au Journal officiel. Le dossier avait été déposé par Électricité de France en date du 23 octobre 2025 auprès du guichet unique, puis soumis à l’enquête publique unique au titre du code de l’environnement qui s’est déroulée du 14 avril au 15 mai 2026 inclus.
Sur le plan juridique, le décret rappelle que la réalisation des deux unités de production nucléaire est constitutive d’une raison impérative d’intérêt public majeur : c’est ce fondement qui autorise la dérogation aux règles de protection des espèces détaillée ci-dessous.
Une dérogation espèces protégées strictement encadrée
Pour limiter son impact sur la biodiversité, Électricité de France propose 3 mesures d’évitement et 30 mesures de réduction au titre de la séquence éviter-réduire-compenser. La dérogation porte sur des espèces réparties en plusieurs groupes : 47 espèces d’oiseaux, 6 d’amphibiens, 2 de reptiles, 6 espèces végétales, assortie de 13 mesures compensatoires. Au total, conclut le texte de l’autorisation environnementale, la dérogation ne nuit pas au maintien dans un état de conservation favorable des 61 espèces protégées impactées par le projet, y compris en intégrant les impacts liés à la liaison électrique sous maîtrise d’ouvrage de Réseau de transport d’électricité.
Cette logique éviter, réduire, compenser est le fil conducteur de tout projet d’infrastructure susceptible d’affecter des milieux naturels : on cherche d’abord à éviter l’impact en adaptant l’implantation ou le phasage du chantier, puis à réduire ce qui n’a pas pu être évité, et enfin à compenser ce qui subsiste par la restauration ou la protection d’espaces équivalents ailleurs sur le territoire. C’est cette même logique qui explique qu’une partie du chantier initialement prévue ait finalement été abandonnée : c’est l’évitement supplémentaire de la Zone 10 « zone sud-ouest » d’environ 17 hectares initialement à aménager pour les besoins du chantier, qui a ainsi permis de réduire d’autant la pression sur les milieux naturels avoisinants, alors que cette surface était pressentie pour de l’entreposage logistique et pour du stationnement.
Le tableau ci-dessous résume les principales données chiffrées de la dérogation et des mesures compensatoires :
| Donnée | Détail |
|---|---|
| Espèces protégées concernées | 61 espèces protégées impactées par le projet |
| Répartition des espèces | 47 espèces d’oiseaux, 6 d’amphibiens, 2 de reptiles, 6 espèces végétales |
| Mesures compensatoires | 13 mesures compensatoires |
| Sites de compensation | 13 sites de compensation |
| Surface totale de compensation | 102,4 hectares |
| Sites à double fonction (zones humides + espèces) | 7 sites parmi les 13 sites d’accueil des mesures compensatoires |
| Mesures de suivi | 12 mesures de suivi |
| Mesures d’accompagnement | 7 mesures d’accompagnement |
| Zone supplémentaire évitée | Zone 10 « zone sud-ouest » d’environ 17 hectares |
Les travaux de terrassement et l’aménagement du chantier
Sur le terrain, l’autorisation couvre plusieurs opérations. Les travaux entraîneront la Destruction d’environ 9 ha de zones humides du fait de travaux de terrassement et de remblais, notamment au niveau de l’extension sud du bloc usine et du terminal ferroviaire. Le chantier prévoit aussi la relocalisation du terminal ferroviaire du Centre Nucléaire de Production d’Électricité de Gravelines (CNPE), ainsi que l’aménagement des accès de chantier et création d’un parking (et installations connexes) au niveau des communes de Craywick et Bourbourg, et la création d’un nouveau Centre d’Information du Public. Le décret précise, dans sa clause de localisation, que Les « activités, installations, ouvrages, travaux » concernés par l’autorisation environnementale sont situés sur le territoire des communes de Gravelines et Loon Plage, à l’exception du parking éloigné situé sur les communes de Craywick et Bourbourg.
Une autorisation distincte du décret d’urbanisme
Ce décret ne doit pas être confondu avec un texte antérieur : quelques jours plus tôt, un décret distinct avait validé la mise en compatibilité des documents d’urbanisme du projet, sans pour autant autoriser le lancement des travaux eux-mêmes. Le chantier de l’EPR2 de Gravelines avance ainsi par étapes réglementaires successives : la conformité urbanistique d’abord, l’autorisation environnementale — incluant la dérogation espèces protégées et le volet zones humides — ensuite. Chacune de ces briques administratives conditionne une phase distincte de la préparation du site avant le démarrage effectif des travaux de terrassement.
La procédure administrative avait débuté fin 2025, avant de franchir plusieurs jalons jusqu’à cette nouvelle étape réglementaire. Entre-temps, cette nouvelle autorisation environnementale vient clore le volet biodiversité et zones humides du dossier, tandis que le volet urbanistique reste régi par le texte publié quelques jours auparavant.
Cet empilement de décrets, qui peut surprendre un lecteur non initié, correspond en réalité à une règle générale du droit de l’environnement français : un projet de cette ampleur ne relève jamais d’une autorisation unique, mais d’une succession de régimes distincts — urbanisme, environnement, eau, sûreté nucléaire — chacun instruit par une autorité différente et sur la base d’un dossier dédié. Pour les professionnels du bâtiment et des travaux publics qui interviennent sur ce type de chantier, cette architecture réglementaire signifie que le calendrier d’exécution des travaux dépend directement de l’enchaînement de ces textes, et non d’une décision administrative unique dont la date serait connue à l’avance.
Ce que cette étape change pour le chantier de Gravelines
Concrètement, l’obtention conjointe des deux décrets ouvre la voie aux travaux préparatoires du chantier : terrassement, remblaiement et aménagement des accès peuvent démarrer sur les emprises désormais couvertes par l’autorisation environnementale. Pour les riverains de Craywick et de Bourbourg, l’impact le plus visible sera l’arrivée des engins de chantier au niveau du futur parking éloigné et de ses accès, une zone explicitement identifiée par le décret comme distincte du site principal de Gravelines et Loon Plage.
La mise en œuvre des mesures environnementales fait l’objet d’un suivi dédié. Organisé par le bénéficiaire, qui réalise le secrétariat, ce comité est présidé par le préfet du Nord ou son représentant.
Cette vigilance environnementale n’est pas isolée dans le paysage nucléaire français : elle rappelle d’autres épisodes où l’exploitation du parc a dû composer avec des impératifs écologiques, comme lorsque la centrale nucléaire du Bugey avait obtenu une dérogation temporaire pour sécuriser le réseau en pleine canicule. Elle s’inscrit aussi dans une dynamique plus large de relance du nucléaire en Europe, alors que la Belgique s’apprête à reprendre ses sept réacteurs nucléaires auprès d’Engie.
Pour les copropriétés et les gestionnaires de biens situés dans le périmètre élargi du chantier, l’enjeu immédiat reste avant tout organisationnel : circulation des poids lourds, nuisances sonores temporaires liées au terrassement, et évolution des accès routiers autour du site. Ces sujets relèvent généralement des arrêtés municipaux et préfectoraux d’application qui accompagnent la mise en œuvre du décret, davantage que du texte national lui-même. Les professionnels de la rénovation énergétique et du bâtiment actifs dans le Dunkerquois auront quant à eux intérêt à suivre de près le calendrier des marchés associés à ce chantier, qui devrait générer une activité économique significative dans la zone pendant plusieurs années.
Les prochaines échéances du projet
La délivrance de cette autorisation environnementale ne clôt pas le cycle réglementaire du site. D’autres autorisations resteront nécessaires au fil de l’avancement du chantier, notamment celles encadrant les phases de construction proprement dites des deux réacteurs. Ce mode d’instruction par étapes s’inscrit dans un mouvement plus large où la France adapte son cadre nucléaire pour accélérer plusieurs projets, du nouveau palier EPR2 aux petits réacteurs modulaires.
Le financement de ces chantiers reste par ailleurs étroitement surveillé, à l’heure où une EDF nationalisée à 100 % assume seule les coûts du nucléaire, avec les répercussions que cela suppose sur la facture d’électricité des ménages. Pour les acteurs du bâtiment et les copropriétés implantées à proximité du site, il conviendra de suivre la publication des prochains arrêtés d’application et, le cas échéant, les avis du comité de suivi évoqué plus haut.
À plus long terme, le comité de suivi mis en place autour du chantier de Gravelines constituera vraisemblablement un point de passage régulier pour toute information sur l’avancement des mesures compensatoires et sur d’éventuels ajustements du dispositif environnemental. C’est également à travers ce type d’instance que les collectivités locales et les acteurs économiques du territoire pourront suivre, dans la durée, l’articulation entre le calendrier du chantier et les contraintes environnementales qui l’encadrent.
Questions fréquentes
Que permet le décret d’autorisation environnementale de Gravelines ?
Le décret n° 2026-807 du 20 août 2026 autorise EDF à réaliser les travaux d’implantation des deux réacteurs EPR2 sur les communes de Gravelines, Craywick, Loon Plage et Bourbourg. Il porte sur les travaux de terrassement et sur la dérogation espèces protégées, distinctement du décret d’urbanisme déjà obtenu.
Combien d’espèces protégées sont concernées par la dérogation ?
La dérogation porte au total sur 61 espèces protégées impactées par le projet, réparties notamment en 47 espèces d’oiseaux, 6 d’amphibiens, 2 de reptiles, 6 espèces végétales. Le décret conclut qu’elle ne nuit pas au maintien de ces espèces dans un état de conservation favorable.
Ce décret est-il différent de celui sur l’urbanisme du projet ?
Oui. Le décret d’urbanisme validait la conformité des documents d’aménagement du territoire, tandis que cette autorisation environnementale porte sur les travaux eux-mêmes : terrassement, zones humides, relocalisation d’infrastructures et dérogation espèces protégées. Le chantier de l’EPR2 avance ainsi par étapes réglementaires successives.

