La France n’avait jamais autant vendu d’électricité à ses voisins européens sur les six premiers mois de l’année. Selon RTE, le gestionnaire du réseau de transport, le solde net des exportations d’électricité a atteint 51 TWh – c’est le niveau record du solde des exports d’électricité français au premier semestre 2026, un chiffre jamais atteint auparavant sur cette période. Une performance qui confirme la trajectoire de décarbonation du mix électrique français, entamée depuis plusieurs années.
Les faits : un semestre hors normes pour le réseau électrique
L’annonce a été faite par Thomas Veyrenc, directeur général Économie, stratégie et finance de RTE, dans une publication relayée sur le site de RTE. Selon lui, ce record est porté par le rétablissement du nucléaire, la croissance des renouvelables et des coûts marginaux bas-carbone particulièrement compétitifs. Concrètement, la France produit désormais une électricité suffisamment abondante et peu coûteuse pour écouler ses surplus vers l’Italie, l’Allemagne, la Belgique, la Grande-Bretagne ou la Suisse, tout en couvrant sa propre consommation.
Ce résultat s’inscrit dans une dynamique déjà solide. Sur l’ensemble de l’année 2025, le bilan électrique publié par RTE indiquait que le solde net de la France en 2025 s’est élevé à 92,3 TWh dans le sens des exportations, un montant qui représentait pour la deuxième année consécutive, le plus élevé de son histoire, dépassant le solde de 2024 (89 TWh). Autrement dit, la France améliore sa performance d’exportatrice année après année, et le premier semestre 2026 confirme que cette tendance s’accélère plutôt qu’elle ne s’essouffle.
Le socle de cette performance reste la production nucléaire, en nette amélioration. Le même bilan RTE précise que la production nucléaire a augmenté (373,0 TWh, soit +11,3 TWh par rapport à 2024), tandis que la production d’électricité en France métropolitaine a atteint 547,5 TWh en 2025. Une région comme la Nouvelle-Aquitaine illustre bien cette dynamique bas-carbone à l’échelle locale.
Mise en perspective : une trajectoire engagée depuis plusieurs années
Pour mesurer l’ampleur du record de 2026, il faut comparer avec les semestres précédents. Le bilan du premier semestre 2025 publié par RTE rappelait que le solde des échanges d’électricité français est resté largement exportateur pendant tous les mois du premier semestre, s’élevant à 37,6 TWh. Ce montant constituait déjà, à l’époque, le deuxième solde exportateur le plus élevé jamais atteint pour un premier semestre, inférieur seulement à celui de l’année précédente (42,7 TWh). Le chiffre de 51 TWh enregistré au premier semestre 2026 représente donc un bond de plus de 13 TWh par rapport au premier semestre 2025, année qui détenait pourtant déjà un record.
Cette accélération n’est pas homogène selon les filières. Le bilan du premier semestre 2025 notait déjà que les productions nucléaire (du fait d’une meilleure disponibilité) et solaire progressent, tandis que les productions éolienne et hydraulique reculent — un rééquilibrage du mix qui semble se poursuivre en 2026. Le détail des échanges par frontière donne aussi une idée de la géographie de ces flux : en 2025, il s’est élevé à 22,6 TWh avec la Grande-Bretagne, 20,1 TWh avec la Suisse, 26,2 TWh avec l’Italie, 23,1 TWh avec la région Core (Allemagne-Belgique-Luxembourg-Pays-Bas), tandis que les échanges avec cette même région Core s’établissaient au premier semestre 2025 à 7,9 TWh, une valeur élevée par rapport à l’historique, mais nettement en deçà de celle atteinte au premier semestre de l’année 2024 (13,5 TWh) — preuve que ces flux fluctuent fortement d’une année sur l’autre selon la disponibilité du parc et les prix de marché.
À l’échelle de l’année entière, la France est ainsi devenue une pièce maîtresse du système électrique européen : en 2025, la France est restée le premier exportateur net d’électricité d’Europe en volume, exportant l’équivalent de 17 % de sa production, contre un niveau proche de celui de 2024 (16,5 %). Ce statut d’exportateur net structurel s’appuie sur le développement continu des infrastructures de réseau, comme le raccordement des parcs éoliens en mer piloté par RTE, ou encore les nouvelles interconnexions transfrontalières, à l’image du chantier France-Espagne dans le golfe de Gascogne.
Impact concret : ce que ce record change pour les Français
Pour les propriétaires et copropriétaires, ce record n’a pas d’effet mécanique immédiat sur la facture d’électricité, dont l’évolution dépend d’autres paramètres régulés (TURPE, fiscalité, prix de marché). Il a en revanche une portée environnementale directe : plus la France produit et exporte une électricité bas-carbone, plus l’argument climatique en faveur de l’électrification des usages — chauffage par pompe à chaleur, mobilité électrique, sécurité d’approvisionnement en période de forte demande — se trouve renforcé. Le bilan 2025 de RTE le confirme : le volume de production d’électricité bas-carbone (nucléaire et renouvelable) en France a atteint en 2025 un maximum historique, soit 521,1 TWh, ce qui représente 95,2 % de l’électricité produite dans l’Hexagone. Une performance qui va de pair avec une empreinte carbone parmi les plus faibles d’Europe, puisque l’intensité en émissions de gaz à effet de serre de la production d’électricité française (19,6 gCO2eq/kWh) est restée l’une des plus faibles au monde.
Pour les professionnels du bâtiment, ce contexte conforte les arguments commerciaux en faveur des solutions électriques bas-carbone (pompes à chaleur, bornes de recharge, chauffe-eau thermodynamiques) : l’électricité française reste l’une des moins émettrices de CO2 au monde, un atout à valoriser auprès de clients sensibles à l’impact environnemental de leurs travaux de rénovation.
Ce niveau d’exportation confirme aussi que le réseau électrique français aborde les pics de consommation estivaux dans de bonnes conditions. RTE l’a d’ailleurs rappelé quelques jours avant l’annonce du record semestriel : le 22 juin 2026, en pleine canicule, RTE a jugé que la sécurité d’approvisionnement en électricité n’appelait aucune vigilance particulière, un message rassurant pour les ménages qui recourent de plus en plus à la climatisation ou aux pompes à chaleur réversibles lors des épisodes de forte chaleur.
Perspectives : vers un nouveau record annuel ?
Si la dynamique du premier semestre se maintient sur la seconde moitié de l’année, 2026 pourrait dépasser le record de 92,3 TWh établi en 2025 sur l’ensemble de l’année. Tout dépendra de la disponibilité du parc nucléaire pendant les mois d’hiver, de la production éolienne et solaire, ainsi que des prix de marché chez nos voisins européens, qui déterminent l’attractivité des exports français heure par heure. Cette trajectoire s’inscrit plus largement dans la transition du mix énergétique français vers les énergies du futur, un mouvement de fond que RTE documente bilan après bilan.
Les prochains rendez-vous à surveiller : le bilan RTE du premier semestre 2026 dans son intégralité (encore non publié à ce jour), qui devrait détailler la répartition des exports par pays destinataire et par filière de production, ainsi que les prévisions de RTE pour la sécurité d’approvisionnement de l’hiver prochain.
Questions fréquentes
Pourquoi la France exporte-t-elle autant d’électricité ?
Parce que sa production, essentiellement nucléaire et de plus en plus renouvelable, dépasse largement sa consommation intérieure. RTE explique ce record par le rétablissement de la disponibilité du parc nucléaire, la croissance des énergies renouvelables et des coûts de production bas-carbone très compétitifs par rapport à ceux de certains voisins européens.
Ce record a-t-il un impact sur ma facture d’électricité ?
Pas directement : les tarifs réglementés et le TURPE suivent des mécanismes de régulation distincts des volumes d’exportation. En revanche, ce niveau de production bas-carbone renforce l’argument climatique en faveur de l’électrification des usages du logement, comme le chauffage par pompe à chaleur.
La France reste-t-elle le premier exportateur d’électricité en Europe ?
Oui. En 2025, la France était déjà le premier exportateur net d’électricité d’Europe en volume, exportant l’équivalent de 17 % de sa production. Le record du premier semestre 2026 confirme et amplifie cette position.

