L’hydrogène naturel s’invite discrètement mais durablement dans la carte minière française. Depuis 2023, cinq permis exclusifs de recherche ont été accordés dans l’Hexagone pour explorer ce gaz que d’aucuns surnomment déjà « l’or blanc » de la transition énergétique, tandis qu’un rapport scientifique officiel dresse la carte des bassins géologiques français les plus prometteurs.
Les faits : cinq permis accordés entre 2023 et 2026
Longtemps cantonné aux marges de la recherche géologique, l’hydrogène naturel — parfois qualifié de blanc ou de natif selon les publications — est en train de sortir du statut de curiosité scientifique pour devenir un objet de politique minière à part entière. La succession des arrêtés ministériels observée depuis 2023 en offre la meilleure preuve : chaque permis exclusif de recherche traduit un pari, celui d’un opérateur convaincu qu’un gisement exploitable se cache sous tel ou tel bassin sédimentaire français.
Le cadre juridique de cette filière émergente remonte à 2022. L’ordonnance n° 2022-536 du 13 avril 2022 a modifié le code minier pour y intégrer l’hydrogène natif comme substance minière. Concrètement, l’article L. 111-1 du code minier classe désormais l’hydrogène natif au 16e rang de la liste des substances minières, au même titre que les hydrocarbures ou les métaux stratégiques. Ce statut juridique nouveau a permis à l’État de délivrer, arrêté après arrêté, les premiers permis exclusifs de recherche (PER) dédiés à ce gaz.
Cinq arrêtés se sont ainsi succédé au Journal officiel. Le tableau ci-dessous en résume les principales caractéristiques.
| Permis | Arrêté | Département(s) | Superficie | Société |
|---|---|---|---|---|
| Sauve Terre H2 | 23 novembre 2023 | Pyrénées-Atlantiques | permis accordé pour une durée de cinq ans | — |
| Grand Rieu | 21 février 2025 | Pyrénées-Atlantiques | 266 km² environ | — |
| Coucourou | 12 décembre 2025 | Pyrénées-Atlantiques | — | TBH2 Aquitaine SAS |
| Trois-Évêchés | 26 janvier 2026 | Meurthe-et-Moselle, Moselle | 2 254 km² environ | La Française de l’Énergie SA |
| Comminges | 31 mars 2026 | Haute-Garonne, Hautes-Pyrénées | 739 km² environ | G&OL SAS |
Le dernier permis en date, celui de Comminges, illustre l’ampleur des engagements pris par les opérateurs : il est accordé pour une durée de cinq ans à compter de la publication de l’arrêté et s’accompagne d’un engagement financier minimal de recherche de 1 005 950 euros souscrit par la société G&OL SAS. Avec ses 2 254 km², le permis des Trois-Évêchés reste à ce jour le plus étendu des cinq zones ouvertes à la recherche d’hydrogène natif en France.
Mise en perspective : un potentiel géologique documenté
Cette accélération des arrêtés ministériels ne doit rien au hasard. Un rapport commandé par la Direction Générale de l’Energie et du Climat, réalisé entre avril et novembre 2024 et publié dans sa version finale le 20 janvier 2025, a mobilisé un consortium scientifique de premier plan — IFP Energies nouvelles, BRGM, CNRS, ENSEGID Bordeaux INP, Université Paris Cité, Université Grenoble Alpes et UPPA — pour cartographier le potentiel national. Ses conclusions sont sans ambiguïté sur l’enjeu : l’hydrogène naturel présente des atouts potentiels qui pourraient, s’il est économiquement exploitable, contribuer à l’objectif de neutralité carbone au niveau mondial.
Sur le plan géographique, les scientifiques convergent : le Bassin Aquitain, le Piémont pyrénéen et le bassin houiller Lorrain apparaissent comme les principales zones à potentiel d’hydrogène naturel en France. Plus précisément, la France hexagonale dispose d’un potentiel avéré dans le Bassin Aquitain, le Piémont pyrénéen et le bassin houiller Lorrain, tandis qu’en Outre-mer, la Nouvelle-Calédonie constitue la zone au plus fort potentiel. Cette géographie explique la concentration des permis délivrés depuis 2023 dans les Pyrénées-Atlantiques, en Haute-Garonne, en Hautes-Pyrénées et sur l’axe Meurthe-et-Moselle/Moselle : elle correspond, presque trait pour trait, aux zones identifiées par le rapport. Cette dynamique d’exploration s’inscrit d’ailleurs dans la transformation plus large du paysage des énergies du futur, où de nouvelles sources cherchent leur place aux côtés des filières déjà installées.
Le rapport rappelle par ailleurs que l’hydrogène natif a été consacré en tant que substance de mines à l’article L. 111-1 du code minier lors de la réforme de 2021-2022 — une clarification juridique sans laquelle aucun de ces permis n’aurait pu voir le jour. À la date de sa rédaction, un seul permis exclusif de recherche avait été délivré en France, celui de « Sauve Terre H2 » du 23 novembre 2023 ; les quatre autres arrêtés recensés dans le tableau ci-dessus sont donc tous postérieurs à cette synthèse scientifique, signe d’une accélération continue du dossier depuis début 2025.
Une comparaison internationale encore modeste
À l’échelle mondiale, l’hydrogène naturel reste une filière naissante. Au Mali, seul site au monde où une exploitation existe déjà, la production actuelle reste faible, de l’ordre de 1 500 m3 par jour — un volume qui illustre bien le caractère encore expérimental de cette ressource. En Europe, les perspectives économiques apparaissent toutefois plus favorables : en Espagne, au sud des Pyrénées, un coût de production de l’hydrogène naturel de 1 euro par kilogramme est annoncé. Un chiffre à mettre en regard des autres familles d’hydrogène, dont les écarts de coût et d’impact carbone sont détaillés dans notre article sur les différentes couleurs de l’hydrogène et leur impact carbone respectif.
L’argument économique central avancé par les chercheurs tient en une phrase : produire de l’hydrogène naturel avec les techniques du gaz naturel permettrait de réduire de 30 % le coût de production par rapport à l’hydrogène gris, pourtant l’un des moins chers actuellement. Si cette réduction de coût se confirme à l’échelle industrielle, elle changerait la donne pour une filière hydrogène aujourd’hui dominée par les procédés gris et vert, dont les enjeux de compétitivité mondiale sont eux aussi documentés dans notre dossier sur la façon dont l’essor de l’hydrogène redistribue les cartes énergétiques mondiales au détriment de l’Europe.
Impact concret : ce que cela signifie pour la filière énergétique
Pour l’heure, aucun de ces cinq permis n’autorise une exploitation commerciale : il s’agit exclusivement de permis exclusifs de recherche, dont l’objet est de caractériser les réservoirs (profondeur, pureté du gaz, débits potentiels) avant toute décision d’exploitation. Mais le simple fait que l’État ait délivré cinq arrêtés en trois ans, sur des superficies allant de quelques dizaines à plus de deux mille kilomètres carrés, traduit un intérêt industriel croissant pour une ressource jusqu’ici marginale dans le mix énergétique français.
Si les volumes explorés se révélaient exploitables, l’hydrogène naturel viendrait s’ajouter aux filières hydrogène gris, bleu et vert déjà engagées dans la décarbonation de l’industrie et des transports — un panorama que nous détaillons dans notre guide sur l’hydrogène naturel blanc, ses gisements et son potentiel pour la France. À plus long terme, une production compétitive pourrait aussi irriguer certains usages de proximité, à l’image des pistes explorées pour les applications résidentielles envisagées pour l’hydrogène vert, à condition que les coûts de purification et de distribution suivent.
Cette montée en puissance intervient alors que la politique énergétique française se redéfinit dans son ensemble, entre soutien affirmé au nucléaire et arbitrages sur les renouvelables : un contexte que nous décryptons dans notre analyse de la programmation pluriannuelle de l’énergie qui privilégie le nucléaire. L’hydrogène naturel n’y figure pas encore comme un pilier officiel, mais son inscription au code minier et la multiplication des permis montrent que le sujet est suivi de près par les pouvoirs publics.
Perspectives : des demandes encore en cours d’évaluation
Au-delà des cinq permis déjà accordés, d’autres dossiers étaient encore en instruction au moment de la rédaction du rapport scientifique. En Nouvelle-Aquitaine, à la date de début décembre 2024, un permis était déjà accordé et trois autres demandes étaient en cours d’évaluation, tandis que la région Grand Est comptait, à la même période, une demande de permis exclusif de recherche en cours d’évaluation. Ces chiffres, antérieurs à plusieurs des arrêtés listés plus haut, suggèrent que d’autres permis pourraient encore être délivrés dans les mois à venir, en particulier en Nouvelle-Aquitaine où la dynamique reste la plus active.
La multiplication des permis dans les Pyrénées-Atlantiques, en Haute-Garonne et en Hautes-Pyrénées, associée aux dossiers encore en cours d’évaluation, laisse penser que le Piémont pyrénéen restera la zone la plus surveillée à court terme, avant que la Lorraine, avec le permis des Trois-Évêchés, ne devienne à son tour un terrain d’observation pour la filière.
Entre l’octroi d’un permis exclusif de recherche et une éventuelle mise en production, plusieurs années de travaux géologiques et de forages d’évaluation sont généralement nécessaires avant qu’un opérateur puisse démontrer la viabilité économique d’un gisement. Les prochains mois seront donc surtout marqués par des campagnes de caractérisation des sous-sols plutôt que par des annonces de production, mais chaque nouvel arrêté publié au Journal officiel constituera un indicateur supplémentaire de la vitalité — ou non — de cette filière encore embryonnaire en France.
Questions fréquentes
Qu’est-ce que l’hydrogène naturel (ou natif) ?
Il s’agit d’hydrogène présent à l’état naturel dans le sous-sol, par opposition à l’hydrogène produit industriellement (gris, bleu ou vert). Depuis l’ordonnance n° 2022-536 du 13 avril 2022, le droit minier français le classe comme une substance minière à part entière, au 16e rang de l’article L. 111-1 du code minier.
Combien de permis d’exploration ont été accordés en France ?
Cinq permis exclusifs de recherche ont été accordés par arrêté entre 2023 et 2026 : Sauve Terre H2 (23 novembre 2023), Grand Rieu (21 février 2025), Coucourou (12 décembre 2025), Trois-Évêchés (26 janvier 2026) et Comminges (31 mars 2026).
Où se trouve le principal potentiel géologique français ?
Le Bassin Aquitain, le Piémont pyrénéen et le bassin houiller Lorrain concentrent l’essentiel du potentiel identifié en métropole, la Nouvelle-Calédonie représentant la zone la plus prometteuse en Outre-mer.

