Électrification : RTE annonce un triplement de son rythme d’investissement annuel d’ici 2030, dont 8 milliards d’euros spécifiquement dédiés à l’électrification des usages. Publiée sous le titre « Réussir l’électrification de la France », cette annonce détaille aussi une réforme du raccordement industriel attendue avant la fin de l’année 2026. Voici ce que ce plan change concrètement, et pour qui.
Les faits : ce qu’annonce RTE
Dans sa communication intitulée « Réussir l’électrification de la France », le gestionnaire du réseau de transport d’électricité pose deux horizons d’investissement distincts. À court terme, RTE triplera son rythme d’investissement annuel d’ici 2030, avec 8 milliards d’euros spécifiquement dédiés à l’électrification des usages. À plus long terme, l’entreprise prévoit d’investir 94 milliards d’euros d’ici à 2040, comme prévu dans le Schéma de développement du réseau. Ces investissements accompagnent un mix électrique déjà largement décarboné : le bilan RTE 2025 confirme un record de production bas-carbone à 95,2 %. Emilie Piette, présidente du directoire de RTE, résume l’ambition en assurant que « notre rôle est de connecter la France à son avenir, devenir l’industriel au service des industriels pour être au rendez-vous de la transition énergétique ».
Ce plan s’appuie sur une dynamique déjà engagée : RTE a investi 3 346 millions d’euros en 2025, en hausse de 29 % par rapport à 2024, selon le communiqué de résultats annuels 2025 de RTE — un rythme que le nouveau plan promet donc de tripler encore d’ici la fin de la décennie. Pour resituer ce chiffre, RTE avait déjà communiqué sur son niveau d’investissement pour la seule année 2026 lors d’une précédente prise de parole ; ce nouveau plan porte, lui, sur la trajectoire pluriannuelle jusqu’en 2030 et 2040.
Mise en perspective : le nœud du raccordement industriel
La priorité affichée par RTE est de résorber l’attente qui freine aujourd’hui les nouveaux projets industriels électro-intensifs. Plus de 200 projets industriels, représentant près de 33 GW de capacité, sont en attente d’un raccordement au réseau haute tension, notamment des datacenters, des sites de production d’hydrogène et de l’industrie. Ce chiffre confirme une tendance déjà documentée en mars 2026, quand RTE indiquait que plus de 200 projets d’électrification dans la grande industrie ou les centres de données avaient déjà sécurisé leur accès au réseau, pour une puissance cumulée de 33 GW. Ce chiffre confirme aussi l’appétit industriel pour l’hydrogène décarboné, dont le mégaprojet HyLacq vient d’être classé d’intérêt national.
Pour absorber cette demande, RTE cible en priorité les grands pôles industrialo-portuaires : des zones « prêtes à raccorder » doivent offrir 9 GW de capacité supplémentaire d’ici 2029, soit une capacité d’accueil triplée, à Dunkerque, au Havre et à Fos. Le dispositif est complété par 5 GW de capacité additionnelle dans cinq zones industrielles de taille intermédiaire — Sud Île-de-France, Sud Alsace, Saint-Avold, Valenciennes-Maubeuge et Port-la-Nouvelle. Cette accélération du raccordement industriel s’inscrit dans la continuité du bilan de raccordement publié par Enedis pour 2025, gestionnaire du réseau de distribution qui opère en aval de RTE sur la partie basse tension. Les deux réseaux, transport et distribution, doivent avancer de concert : un pôle industriel bien raccordé côté RTE ne profite pleinement à son territoire que si le réseau de distribution local absorbe ensuite la demande des entreprises sous-traitantes et des ménages qui s’installent dans son sillage.
Impact concret : une nouvelle règle du jeu pour les raccordements
Le changement le plus structurant pour les porteurs de projets est procédural : d’ici la fin de l’année 2026, le principe du « premier prêt, premier servi » remplacera celui du « premier arrivé, premier servi » afin de favoriser les projets les plus avancés. Concrètement, un industriel dont le dossier technique et financier est finalisé pourra doubler dans la file d’attente un projet déposé plus tôt mais resté à l’état de simple intention — une bascule qui devrait limiter les réservations de capacité « spéculatives » qui engorgent aujourd’hui certaines zones du réseau.
Ce plan doit aussi avoir un effet sur l’emploi : 8 000 à 10 000 embauches sont prévues dans la filière industrielle des réseaux électriques d’ici 2030, un volume cohérent avec l’ampleur des chantiers annoncés — production de câbles, postes électriques, transformateurs. Sur le plan macroéconomique, RTE justifie cette accélération par un enjeu de souveraineté énergétique : électrifier les usages permet de réduire la dépendance de la France au pétrole et au gaz tout en luttant contre le changement climatique. Une évaluation plus fine, publiée dans le bilan prévisionnel de RTE sur la décennie à venir, chiffre l’enjeu : la stratégie de décarbonation permettrait de réduire de près de moitié les hydrocarbures importés dans la consommation finale d’énergie à l’horizon 2035, soit -500 TWh d’imports de fossiles, dont 40 % grâce à l’électrification des usages.
Si le communiqué de RTE cible en priorité le raccordement industriel, la dynamique d’électrification des usages engagée par les pouvoirs publics concerne aussi les particuliers. Pour une pompe à chaleur individuelle, la puissance électrique minimum requise pour le compteur est de 9 kVA selon Enedis, un prérequis à vérifier avant d’équiper aussi son logement d’une borne de recharge sans devoir augmenter son abonnement. Pour l’installation d’une borne de recharge collective en copropriété, les montants plancher et plafond de contribution au préfinancement de l’infrastructure s’élèvent respectivement à 456 € TTC et 2 267 € TTC pour 2026, hors présence d’amiante, un dispositif qui s’articule avec l’aide Advenir dédiée aux copropriétés.
Pour les industriels en attente de raccordement, la bascule vers le « premier prêt, premier servi » impose un changement de posture. Jusqu’ici, sécuriser une place dans la file d’attente suffisait à geler une capacité réseau, y compris pour des projets encore incertains sur le plan du financement ou du permis de construire. Avec la nouvelle règle, c’est l’avancement réel du dossier — études techniques finalisées, financement bouclé, autorisations obtenues — qui déterminera l’ordre de raccordement. Les porteurs de projets ont donc intérêt à accélérer leurs démarches administratives et financières dès maintenant, sous peine de perdre leur priorité au profit d’un projet déposé plus tard mais mieux préparé.
Perspectives : un plan à resituer dans la stratégie nationale
L’annonce de RTE ne sort pas de nulle part : elle prolonge la campagne nationale « Électrifions la France » lancée par le gouvernement. Le Gouvernement a lancé à partir du 26 mai 2026 une campagne nationale de communication pour promouvoir l’électrification des usages, un levier clé de la transition écologique et de l’indépendance énergétique de la France. Cette campagne s’appuie sur un plan d’électrification des usages composé de 22 mesures concrètes, présenté le 23 avril 2026 et qui s’inscrit dans la continuité de la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE3) — un plan déjà détaillé sur Orelni Énergie au moment de sa présentation. Une attention particulière est portée à 100 territoires d’électrification prioritaires, où les actions seront renforcées pour accompagner ménages et entreprises, un maillage territorial qui doit démultiplier l’effet des investissements de RTE sur le réseau de transport.
La bascule vers le « premier prêt, premier servi » doit intervenir d’ici la fin de l’année 2026 : les porteurs de projets industriels ont donc intérêt à consolider dès maintenant leur dossier technique et financier pour ne pas se retrouver relégués dans la nouvelle file d’attente. Reste à surveiller la déclinaison opérationnelle de ce plan à 8 milliards d’euros, dont RTE n’a pas encore publié la répartition détaillée par usage (industrie, transport, bâtiment).
Sur le terrain, l’effet de ce plan se mesurera d’abord dans les grands pôles industrialo-portuaires ciblés en priorité, avant de se diffuser aux zones industrielles de taille intermédiaire. Pour les ménages, l’impact sera plus indirect : un réseau de transport mieux dimensionné facilite en amont le travail d’Enedis sur le réseau de distribution, dont dépendent au quotidien le raccordement d’une pompe à chaleur ou l’installation d’une borne de recharge à domicile. Le succès de ce plan à 8 milliards d’euros se jugera donc autant à l’aune des grands raccordements industriels débloqués qu’à celle de la fluidité retrouvée sur les dossiers de raccordement du quotidien.
Questions fréquentes
De combien RTE va-t-il augmenter son investissement annuel ?
RTE va tripler son rythme d’investissement annuel d’ici 2030, avec 8 milliards d’euros spécifiquement dédiés à l’électrification des usages. À plus long terme, l’entreprise prévoit d’investir 94 milliards d’euros d’ici à 2040.
Qu’est-ce que le principe « premier prêt, premier servi » ?
C’est la nouvelle règle de priorisation des demandes de raccordement au réseau que RTE compte instaurer d’ici la fin de l’année 2026, en remplacement du principe « premier arrivé, premier servi », afin de favoriser les projets les plus avancés techniquement et financièrement.
Combien de projets industriels attendent un raccordement au réseau ?
Plus de 200 projets industriels, représentant près de 33 GW de capacité, sont en attente d’un raccordement au réseau haute tension, notamment des datacenters, des sites de production d’hydrogène et de l’industrie.

