RTE a publié son bilan électrique 2025 : le volume de production d’électricité bas-carbone (nucléaire et renouvelable) en France a atteint en 2025 un maximum historique, à 521,1 TWh, soit 95,2 % de l’électricité produite sur le territoire métropolitain. Mais ce record cache une nuance importante : la part d’électricité d’origine renouvelable a en revanche reculé en 2025, à 27 %, par rapport au niveau historique atteint en 2024 (27,9 %). Autre enseignement du bilan, la France a battu son propre record d’exports d’électricité.
Les faits : un mix bas-carbone record, porté par le nucléaire
Selon le communiqué de RTE, le volume d’électricité produite en France métropolitaine a très légèrement crû en 2025, de 8,2 TWh soit +1,5 % par rapport à 2024. Cette progression s’explique d’abord par le redressement du parc nucléaire : la production nucléaire a augmenté à 373,0 TWh en 2025, soit +11,3 TWh par rapport à 2024, retrouvant un niveau proche de celui de 2019, grâce à l’amélioration de la disponibilité du parc. À l’inverse, la production hydraulique a fortement reculé par rapport à l’année 2024 exceptionnelle (-12,9 TWh), mais est restée en 2025 à un niveau conforme aux moyennes historiques, à 62,4 TWh.
Côté renouvelables, le détail par filière publié par RTE montre des trajectoires contrastées. Le solaire reste le principal moteur de la croissance : la production solaire française s’est établie à 32,9 TWh, en augmentation de 32,7 % par rapport à 2024, une filière qui a couvert en moyenne 7,5 % de la consommation française métropolitaine sur l’année. Cette dynamique s’appuie sur des capacités en forte hausse : à la fin d’année 2025, la puissance cumulée des installations solaires sur le territoire métropolitain s’élève à 30,4 GW, dont 5,9 GW nouvellement installés dans l’année, au point que la capacité solaire installée a dépassé en 2025 celle des installations hydrauliques françaises, à 25,7 GW. L’éolien progresse plus modérément : à terre, la production éolienne terrestre s’est légèrement redressée en 2025, à 43,9 TWh, en hausse de 2,5 % par rapport à 2024, couvrant en moyenne 10,0 % de la consommation nationale sur l’année, tandis qu’en mer, la production éolienne en mer française s’est établie à 5,7 TWh, en augmentation de près de 43 % par rapport à 2024 — une filière que nous suivons depuis le raccordement de ses premiers parcs.
Mise en perspective : record bas-carbone, repli renouvelable, deux mesures à ne pas confondre
Le paradoxe apparent du bilan 2025 tient à la différence entre deux indicateurs distincts. D’un côté, la part d’électricité bas-carbone dans le mix français se maintient à plus de 95 %, un chiffre qui additionne nucléaire ET renouvelables. De l’autre, la part spécifiquement renouvelable dans la production totale a reculé à 27 % contre 27,9 % en 2024 — un repli qui s’explique mécaniquement par le net recul de l’hydraulique après une année 2024 exceptionnellement pluvieuse, la croissance du solaire et de l’éolien n’ayant pas suffi à compenser. Sur le plan climatique, la performance reste néanmoins remarquable : l’intensité en émissions de gaz à effet de serre de la production d’électricité française, à 19,6 gCO2eq/kWh, est restée l’une des plus faibles au monde, ce qui place la France au deuxième rang des pays européens dont le mix électrique est le plus décarboné, derrière la Norvège. En volume, les émissions liées à la production d’électricité en France ont atteint la valeur historique de 10,9 MtCO2eq en 2025, après s’être établies à 11,7 MtCO2eq en 2024 et 15,8 MtCO2eq en 2023. Le ministère de la Transition écologique confirme d’ailleurs que cette performance illustre la pertinence de la stratégie française fondée sur un mix électrique robuste, associant nucléaire et énergies renouvelables, dont les orientations sont fixées par la PPE 3, publiée en février 2026.
RTE lui-même attribue ce résultat à un faisceau de facteurs : le record du mix électrique 2025 est porté par le rétablissement du nucléaire, la croissance des renouvelables et des coûts marginaux bas-carbone particulièrement compétitifs. Un constat cohérent avec ce que nous documentions déjà sur le pari nucléaire français et avec les tensions observées entre filières que nous avions analysées.
Impact concret : prix, exports et ce que cela change pour les factures
Ce mix abondant et largement décarboné a soutenu un nouveau record commercial pour la France. Le solde net d’exports s’est élevé à 92,3 TWh en 2025, un niveau resté le plus élevé de son histoire pour la deuxième année consécutive, dépassant le record de 2024 (89 TWh), soit l’équivalent de 17 % de la production française, un niveau proche de celui de 2024 (16,5 %), ce qui confirme la position de premier exportateur net d’électricité d’Europe en volume. Le détail par frontière montre où va cette électricité : 22,6 TWh vers la Grande-Bretagne, 20,1 TWh vers la Suisse, 26,2 TWh vers l’Italie et 23,1 TWh vers la région Core (Allemagne et Belgique). Sur le plan financier, la valorisation nette totale de ces exportations s’est élevée à 5,4 milliards d’euros en 2025 — une recette qui pèse dans l’équation du financement des investissements réseau de RTE, dont nous suivions récemment la montée en puissance.
Pour les consommateurs, ce mix abondant n’a pas fait mécaniquement baisser les prix de marché : le prix spot moyen annuel de l’électricité en France est resté relativement stable en 2025 par rapport à l’année précédente, à 61 €/MWh contre 58 €/MWh en 2024. Un signal utile à connaître pour tout propriétaire qui envisage une installation solaire en autoconsommation : la croissance rapide des capacités PV (+5,9 GW en 2025) ne se traduit pas nécessairement par une baisse des prix de gros, ce qui renforce l’intérêt de produire et consommer sa propre électricité plutôt que de dépendre uniquement du marché.
Perspectives : vers quelle trajectoire pour les prochaines années ?
La suite dépendra largement du rythme d’installation du solaire, filière la plus dynamique du bilan 2025. Un document RTE antérieur rappelait qu’après plusieurs ajustements, le projet de PPE dans sa version de mars 2025 fixe un objectif de 54 GW de capacité photovoltaïque à horizon 2030 et entre 65 et 90 GW en 2035 — sachant que le parc a déjà franchi les 30 GW fin 2025, la trajectoire semble tenable si le rythme de +5,9 GW par an se maintient. Reste à voir si l’éolien en mer, en forte progression relative (+43 % de production) mais encore modeste en volume absolu (5,7 TWh), confirmera son accélération à mesure que de nouveaux parcs comme ceux du calendrier 2026 seront raccordés au réseau. Pour la filière des énergies du futur dans son ensemble, le bilan RTE 2025 confirme en tout cas qu’un mix associant nucléaire et renouvelables reste, à ce stade, la combinaison la plus efficace pour concilier décarbonation et compétitivité à l’export.
Questions fréquentes
La part des renouvelables a-t-elle vraiment reculé en France en 2025 ?
Oui, en proportion de la production totale : elle passe de 27,9 % en 2024 à 27 % en 2025 selon RTE. Ce recul s’explique par la forte baisse de l’hydraulique après une année 2024 exceptionnellement pluvieuse, que la croissance du solaire et de l’éolien n’a pas suffi à compenser en proportion. Il ne signifie pas un recul en volume : la production solaire et éolienne a continué de croître.
Qu’est-ce que la part « bas-carbone » du mix électrique français ?
C’est la part de l’électricité produite sans émettre directement de CO2 significatif, qui additionne le nucléaire et l’ensemble des renouvelables (solaire, éolien, hydraulique). En 2025, elle atteint 95,2 % selon RTE, un niveau proche de celui de 2024, ce qui place la France parmi les mix électriques les plus décarbonés d’Europe.
Pourquoi la France exporte-t-elle autant d’électricité ?
Le mix français, largement bas-carbone et abondant grâce au redressement du parc nucléaire, produit plus que la consommation nationale. En 2025, la France a exporté un solde net record de 92,3 TWh, soit 17 % de sa production, principalement vers la Grande-Bretagne, la Suisse, l’Italie et la région Core (Allemagne, Belgique), pour une valorisation nette de 5,4 milliards d’euros.

