Le coefficient DPE de l’électricité doit passer de 1,9 à 1,7 : c’est l’objet d’un projet d’arrêté que la direction générale de l’énergie et du climat vient de soumettre à consultation publique. La bascule interviendrait au 1er janvier 2027 et ferait bouger l’étiquette de centaines de milliers de logements chauffés au courant, alors qu’aucun chantier n’y aura été mené. Pour les propriétaires concernés, l’opération sera gratuite et automatique.
Ce que prévoit le projet d’arrêté
Le facteur de conversion entre énergie finale et énergie primaire, désigné par le sigle PEF, est l’un des rouages les plus discrets du diagnostic de performance énergétique — et l’un des plus puissants. La consultation publique ouverte par la DGEC, qui s’est tenue du 09/07/2026 au 06/08/2026, rappelle que ce coefficient existe depuis sa réforme entrée en vigueur le 1er juillet 2021, date à laquelle le diagnostic est devenu opposable. L’audit réglementaire, lui, tourne avec le même moteur de calcul.
Concrètement, ce coefficient traduit la quantité d’énergie qu’il faut mobiliser en amont pour livrer un kilowattheure au compteur du logement. Plus il est élevé, plus un logement chauffé à l’électricité consomme « en énergie primaire », et plus son étiquette se dégrade. L’électricité en bénéficie depuis le 1er janvier 2026 d’un facteur de conversion fixé à 1,9. Le projet d’arrêté propose de descendre encore d’un cran.
Le ministère assume pleinement la finalité politique de la manœuvre : la réforme vise donc à soutenir l’électrification des usages dans le secteur du bâtiment, au titre du premier axe du plan d’électrification. L’exécutif veut accélérer la sortie des énergies fossiles, électrifier les usages et faire du mix électrique décarboné français le socle de notre compétitivité, de notre souveraineté et de notre réindustrialisation. Le détail du texte et les contributions reçues figurent sur la consultation publique ouverte par la DGEC, qui a recueilli 91 contributions.
Le champ d’application est large. La modification affecte la consommation énergétique de l’ensemble des DPE et audits énergétiques réalisés depuis le 1er juillet 2021 : autrement dit, la totalité du stock de diagnostics en circulation, et non les seuls diagnostics à venir. Rappelons que 4 millions de DPE sont réalisés chaque année en France, selon le ministère de la Transition écologique.
Trois ajustements du curseur en quelques années
Ce n’est pas la première fois que le curseur bouge. Le gouvernement avait annoncé le 9 juillet 2025 la baisse du coefficient pour le porter à 1,9, une décision entrée en application au début de cette année. Nous avions détaillé à l’époque ce que le coefficient 1,9 changeait concrètement pour les logements, ainsi que l’effet de sortie massive du statut de passoire sans travaux qui l’accompagnait.
L’ordre de grandeur de ce précédent donne la mesure de ce qui se joue. Dans sa contribution à la consultation, l’association APREN cite un chiffrage officiel : La réduction, à l’époque de 2,3 à 1,9 du coefficient d’énergie primaire de l’électricité devait permettre de sortir « environ 850 000 logements » du statut de passoire énergétique selon les estimations du gouvernement. Coénove, autre contributeur, retient un ordre de grandeur plus prudent : Le précédent abaissement de 2,3 à 1,9, intervenu au 1er janvier 2026, a conduit à la sortie d’environ 700 000 logements de la catégorie des passoires énergétiques (F et G dans le DPE), et cela sans le moindre chantier.
Pour la marche suivante, aucun chiffrage officiel n’a été publié par l’État. Les seules estimations disponibles émanent des contributeurs à la consultation : pour Coénove, un passage à 1,7 entraînerait le reclassement d’environ 260 000 à 300 000 logements supplémentaires. Ces valeurs doivent être lues pour ce qu’elles sont — des projections d’acteurs de la filière gaz, partie prenante au débat — et non comme une donnée gouvernementale.
Ce que cela change pour votre logement
C’est la bonne nouvelle du texte pour les propriétaires : rien à payer, rien à refaire. Le ministère prévoit qu’il sera possible de télécharger gratuitement une attestation officielle de nouvelle étiquette DPE sur l’Observatoire DPE-Audit de l’ADEME (observatoire-dpe-audit.ademe.fr) en entrant le numéro du DPE, celui qui figure en haut à droite du rapport. Aucune nouvelle visite de diagnostiqueur n’est nécessaire.
Cette attestation n’a rien d’un document officieux : elle viendra remplacer l’étiquette du DPE, et pourra être utilisée notamment lors de transactions immobilières ou de mises en location. Elle garde la même durée de validité que le DPE dont elle remplace l’étiquette, indique le ministère dans sa foire aux questions consacrée aux évolutions du calcul du DPE. Les diagnostics déjà réalisés, eux, restent valables pendant 10 ans.
Les propriétaires bailleurs sont les premiers concernés, puisque les logements classés G sont interdits à la location en France métropolitaine. Un logement qui remonterait d’une lettre grâce au nouveau coefficient redeviendrait louable sans travaux. Notre guide sur ce qu’il faut faire avant l’interdiction de location d’une passoire thermique détaille les échéances applicables, et notre analyse de l’impact du DPE sur le prix de vente et les obligations du vendeur éclaire le volet transaction.
Les candidats à une aide ne sont pas oubliés. Pour les audits énergétiques, une attestation similaire pourra être téléchargée sur le même site internet et servir dans les dossiers MaPrimeRénov’ déposés à compter du 1er janvier 2027. En copropriété, où le diagnostic collectif conditionne souvent le plan de travaux, les mêmes règles s’appliqueront : notre dossier sur l’obligation de DPE collectif et son exploitation en copropriété reste la référence sur ce point. Pour décrypter chaque ligne de votre rapport, notre guide pour lire et interpréter chaque indicateur de son DPE reste valable : c’est la consommation en énergie primaire qui bouge, pas la méthode.
Une filière du bâtiment très partagée
La consultation a servi d’exutoire aux opposants au texte. GRDF s’y déclare vivement opposé au projet du gouvernement de réduire de 1.9 à 1.7 la valeur du facteur de conversion en énergie primaire de l’électricité (FEP) pris comme référence dans l’élaboration des DPE. L’argument central des contradicteurs tient en une phrase : un ménage dont le logement passe de F à E sans travaux continuera de payer la même facture de chauffage.
Le reproche le plus embarrassant pour l’exécutif vient de l’APREN : le gouvernement avait lui-même reconnu, le 9 juillet que la diminution de ce coefficient réduisait « l’incitation réglementaire à rénover ». France gaz rappelle de son côté que le Gouvernement avait déjà abaissé ce coefficient de 2,3 à 1,9 à l’été 2025, dénonçant une succession d’ajustements réglementaires plutôt qu’une évolution physique du système électrique.
Ce débat croise une réalité statistique préoccupante. Le service des données et études statistiques du ministère vient de publier son bilan des aides 2024 : 271 000 dossiers MaPrimeRénov’ pour des rénovations par geste ont été déposés, un volume divisé par deux par rapport à l’année précédente, pour un coût moyen des travaux par dossier de 12 100 €. Le détail figure dans l’étude du SDES sur les rénovations énergétiques par geste aidées par MaPrimeRénov’. Un enseignement mérite d’être retenu : les pompes à chaleur ne concernent que 23 % des dossiers mais contribuent pour 65 % des économies d’énergie de l’aide.
La rénovation lourde, elle, progresse. Toujours selon le SDES, 91 900 logements ont engagé des rénovations d’ampleur avec une aide de l’Anah en 2024, une progression de 28 % sur douze mois pour 2,4 Md€ de subventions. Ce dispositif vise juste : 51 % des logements aidés sont des passoires énergétiques, soit 46 800 logements, pour un coût moyen des travaux de 41 500 euros selon l’étude consacrée aux rénovations d’ampleur aidées par l’Anah.
Les prochaines échéances à surveiller
La consultation étant close, le texte doit désormais suivre son parcours réglementaire avant publication. Tant que l’arrêté n’est pas paru, rien n’est acquis : c’est la version publiée au Journal officiel qui fixera la valeur définitive et la date d’entrée en vigueur.
- Ne pas commander de nouveau diagnostic dans l’espoir de gagner une lettre : l’attestation gratuite fera le travail, sans frais de diagnostiqueur.
- Vendeurs et bailleurs pressés : vérifier si le logement se situe à la limite haute d’une classe, cas où le nouveau coefficient peut faire basculer l’étiquette.
- Propriétaires occupants : un reclassement administratif n’améliore ni le confort ni la facture — les travaux restent le seul levier réel, comme le rappelle notre guide complet de la rénovation énergétique.
- Copropriétés en cours de plan pluriannuel : anticiper l’effet du nouveau calcul sur les objectifs de gain de classe inscrits au vote.
Une chose ne change pas : le diagnostic reste une obligation légale. Comme le rappelle France Rénov’, le DPE est obligatoire lors d’une vente ou d’une mise en location et doit être réalisé par un diagnostiqueur certifié. Les règles applicables sont détaillées sur la fiche officielle de France Rénov’ consacrée au DPE et à l’audit.
Questions fréquentes
Faut-il refaire son DPE après le changement de coefficient ?
Non. Une attestation officielle sera mise à disposition sans frais sur l’observatoire DPE-Audit piloté par l’ADEME, à partir du seul numéro du diagnostic existant. Elle se substitue à l’ancienne étiquette et en garde l’échéance, le rapport d’origine restant valable pendant 10 ans.
Mon logement va-t-il automatiquement gagner une classe ?
Pas nécessairement. Seuls basculent les logements situés près d’une frontière de classe, et l’effet est d’autant plus marqué que le chauffage est électrique. Un logement au gaz ou au fioul n’est pas concerné par le nouveau facteur de conversion.
Un reclassement suffit-il à relouer une passoire thermique ?
Juridiquement, oui, si l’étiquette remonte au-dessus du seuil d’interdiction : les logements classés G sont interdits à la location en France métropolitaine. Économiquement, non : la consommation réelle et la facture du locataire restent inchangées tant qu’aucun travail n’est engagé.

