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SMR : la France adapte son cadre nucléaire pour accélérer en 2026

Les petits réacteurs modulaires (SMR) franchissent une nouvelle étape réglementaire en France. Coup sur coup, un arrêté de mai 2026 actualise les exigences de sûreté applicables aux installations nucléaires, tandis que la stratégie énergétique nationale et le plan France 2030…

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Les petits réacteurs modulaires (SMR) franchissent une nouvelle étape réglementaire en France. Coup sur coup, un arrêté de mai 2026 actualise les exigences de sûreté applicables aux installations nucléaires, tandis que la stratégie énergétique nationale et le plan France 2030 dessinent la place de ces réacteurs de nouvelle génération dans le mix électrique de demain, un mix qui a permis à la France d’enregistrer un nouveau record d’exportations d’électricité au premier semestre 2026. Tour d’horizon d’un dossier qui conditionne une partie de la souveraineté énergétique du pays, à l’instar de l’exploration de l’hydrogène naturel, une autre piste énergétique émergente en France.

Un cadre réglementaire taillé pour les petits réacteurs

Le socle juridique remonte à la loi relative à l’accélération des procédures nucléaires. Celle-ci a ouvert un régime accéléré pour les nouveaux réacteurs, à condition qu’ils soient implantés au plus près des sites existants : la réalisation d’un réacteur doit être envisagée à proximité immédiate ou à l’intérieur du périmètre d’une installation nucléaire de base existante. Ce régime n’est pas illimité dans le temps : il s’applique aux demandes déposées au cours des vingt ans qui suivent la promulgation de la présente loi, soit jusqu’en 2043.

La loi a aussi élargi la définition juridique d’un chantier nucléaire, qui englobe désormais l’ensemble des constructions, des aménagements, des équipements, des installations et des travaux liés à sa création ou à sa mise en service ainsi que ses ouvrages de raccordement au réseau de transport d’électricité. C’est dans ce cadre que s’inscrit le fait marquant du printemps 2026 : un arrêté du 26 mai 2026 portant homologation de la décision n° 2026-DC-041 de l’Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection du 7 avril 2026 modifiant la décision n° 2015-DC-032 relative au rapport de sûreté. Cette homologation intervient conformément aux articles L. 592-20 et R. 592-17 du code de l’environnement, et met à jour les exigences que devront respecter les porteurs de projets, dont les futurs SMR.

Une stratégie nucléaire inscrite dans la PPE3

Ces ajustements techniques prennent tout leur sens dans la trajectoire fixée par la troisième Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE3) qui fixe la stratégie énergétique de la France pour la période 2026-2035, publiée en février 2026. Comme le détaille notre analyse de la stratégie énergétique nationale qui privilégie le nucléaire, l’objectif est d’augmenter massivement la production bas-carbone : la PPE3 vise à porter la production électrique décarbonée entre 650 et 693 TWh en 2035, contre 458 TWh en 2023.

Le nucléaire reste la clé de voûte de ce scénario. La programmation prévoit la consolidation et la prolongation des 57 réacteurs existants et une optimisation du parc visant une production de 380 TWh dès 2030, mais aussi un renouvellement : la construction de six EPR2 pour de premières mises en service dès 2038, une option pour huit EPR2 supplémentaires est inscrite noir sur blanc. Une dynamique de renouvellement déjà engagée avec la mise en service de l’EPR de Flamanville, désormais en exploitation commerciale, et le lancement, à l’autre bout du cycle de vie, du premier grand démantèlement nucléaire français à Fessenheim.

L’enjeu dépasse le seul comptage de térawattheures : il s’agit de substituer de l’électricité décarbonée aux énergies fossiles. La PPE3 affiche ainsi l’ambition de réduire la consommation d’énergies fossiles à environ 330 TWh en 2035, contre 900 TWh en 2023. Le point de départ est favorable, puisque selon le bilan électrique de RTE, la part d’électricité bas-carbone dans le mix français se maintient donc à plus de 95 % — un atout que l’Hexagone partage avec peu de voisins, comme le montre notre comparatif du mix électrique européen en 2025.

France 2030 : le pari industriel des réacteurs innovants

Pour passer de la stratégie aux prototypes, l’État mise sur le plan d’investissement France 2030. Dans ce cadre, France 2030 investit environ 1 Md€ de fonds publics en soutien aux petits réacteurs modulaires et aux réacteurs modulaires avancés. Cet argent ne se limite pas au seul SMR « historique » porté par EDF : il irrigue tout un écosystème de start-up et de bureaux d’études. Au total, onze projets ont été désignés lauréats soutenus à hauteur de 129,8 millions d’euros par l’État.

La diversité technologique de ces lauréats est frappante. L’appel à projets soutient notamment 9 projets de réacteurs de fission : réacteurs à neutrons rapides au sodium et au plomb, réacteurs haute température, réacteurs à neutrons rapides aux sels fondus, réacteurs calogènes, sans oublier des paris plus lointains sur la fusion, dont nous avions dressé l’état de la recherche et l’horizon réaliste. Cette stratégie nationale s’articule enfin avec une dimension européenne, la France étant à l’origine de l’Alliance industrielle européenne sur les petits réacteurs modulaires (SMR), qui vise à accélérer le déploiement des petits réacteurs modulaires au sein de l’Union.

Ce que cela change et les prochaines échéances

Pour un porteur de projet, l’équation se précise : un dossier de SMR déposé sur ou à côté d’un site nucléaire existant bénéficie des procédures accélérées, tout en devant intégrer les exigences de sûreté actualisées en 2026. Pour le citoyen et le consommateur, ces décisions sont moins abstraites qu’il n’y paraît : elles dessinent le coût et la composition de l’électricité des prochaines décennies, dans le prolongement direct du débat sur les coûts du nucléaire et leur impact sur la facture d’électricité.

Les prochaines échéances seront scrutées de près : maturation des prototypes financés par France 2030, premières demandes d’autorisation de création sous le régime accéléré, et concrétisation de la trajectoire EPR2 à l’horizon 2038. Le rythme de cette montée en puissance déterminera la capacité de la France à tenir ses objectifs de décarbonation tout en préservant la sécurité d’approvisionnement. Pour aller plus loin sur les filières émergentes, consultez notre dossier de référence sur les énergies du futur et leurs perspectives en France.

Questions fréquentes

Qu’est-ce qu’un SMR (petit réacteur modulaire) ?

Un SMR est un réacteur nucléaire de puissance réduite, conçu pour être fabriqué en série et installé plus rapidement que les grands réacteurs. En France, leur déploiement bénéficie d’un régime de procédures accéléré lorsqu’ils sont implantés à proximité immédiate ou à l’intérieur du périmètre d’une installation nucléaire de base existante.

Quel budget public soutient ces réacteurs en France ?

France 2030 investit environ 1 milliard d’euros de fonds publics en soutien aux petits réacteurs modulaires et aux réacteurs modulaires avancés. Onze projets ont été désignés lauréats soutenus à hauteur de 129,8 millions d’euros par l’État.

Quelle place pour le nucléaire dans la PPE3 ?

La PPE3 prévoit la consolidation et la prolongation des 57 réacteurs existants, avec une production visée de 380 TWh dès 2030, ainsi que la construction de six EPR2 pour de premières mises en service dès 2038, avec une option pour huit EPR2 supplémentaires. L’objectif global est de porter la production électrique décarbonée entre 650 et 693 TWh en 2035.

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