IRVE en bâtiment tertiaire : dimensionner ses bornes selon le parking
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IRVE en bâtiment tertiaire : dimensionner ses bornes selon le parking

Dimensionner ses bornes IRVE en parking tertiaire : obligations de la loi LOM, formules PIRVE de foisonnement et puissance disponible au raccordement.

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Dimensionner ses bornes IRVE dans un parking tertiaire suppose de croiser trois logiques : l’obligation légale de pré-équipement et d’équipement, le calcul de la puissance de foisonnement PIRVE, et la puissance réellement disponible sur le raccordement du bâtiment. Voici la méthode utilisée par les bureaux d’études pour déterminer, tranche par tranche, le nombre de points de recharge et la puissance à réserver dans un parking d’entreprise ou de copropriété tertiaire.

Ce qu’impose la loi LOM pour les parkings d’entreprise

Selon la page de référence des ministères de la Transition écologique sur le développement des infrastructures de recharge, le déploiement s’accélère sur tout le territoire : plus de 2,5 millions de points de recharge sont disponibles au total, en comptant les bornes publiques et privées, un volume qui inclut désormais une part croissante de parkings d’entreprise et de copropriétés à usage tertiaire. Ce mouvement s’appuie sur un cadre légal précis. La loi d’orientation des mobilités et le décret 2020-1720 du 24 décembre 2020 ont étendu et simplifié l’exercice du droit à la prise qui permet à tout occupant d’une place de parking privative de l’équiper, y compris lorsque la place est mise à disposition dans un contexte professionnel.

Pour le bâti tertiaire disposant d’un grand parking, l’obligation va plus loin qu’un simple droit individuel : la loi d’orientation des mobilités prévoit également une obligation d’équipement des parkings des bâtiments non résidentiels disposant de plus de 20 places. A partir de 2025, ces parkings devront être équipés d’au moins un point de recharge par tranche de 20 places. Cette même obligation a ensuite été élargie à d’autres modes de gestion : la loi climat et résilience a complété cette disposition par une obligation similaire pour les parkings gérés en délégation de service public, en régie ou via un marché public. Le panorama complet de ces obligations et des aides associées est détaillé dans notre article sur les obligations LOM applicables à la borne de recharge en entreprise.

En parallèle de cette obligation d’équipement, un second volet concerne les bâtiments en construction ou en rénovation : la loi d’orientation des mobilités a renforcé les exigences de pré-équipement des parkings de bâtiments neufs ou rénovés. Le pré-équipement permet de faciliter les mises en place ultérieures des points de recharge. Concrètement, cela évite de reprendre l’intégralité du génie civil (tranchées, chemins de câbles, réservations dans le tableau électrique) à chaque nouvelle demande de borne. Ces obligations s’inscrivent dans une trajectoire plus large de transition énergétique du bâtiment tertiaire, présentée dans notre guide complet sur les énergies du futur.

La méthode de dimensionnement PIRVE : foisonnement et formules par tranche

Une fois l’obligation légale posée, reste à déterminer combien de kVA réserver au tableau électrique. Le guide de dimensionnement des infrastructures de recharge coproduit par Enedis et le comité SéQuélec formalise une méthode de calcul en deux temps. Pour une construction neuve, la nouvelle puissance de raccordement de l’immeuble est déterminée suivant le calcul suivant : PR = PUC + PIRVE. Le premier terme reste inchangé : Puc (usages classiques) suit les règles actuelles de dimensionnement suivant NF C 14-100, en tenant compte le cas échéant du chauffage électrique du bâtiment. Le second terme, PIRVE, correspond à la réservation propre à la recharge de véhicules électriques.

Ce second terme change la donne pour les bureaux d’études : il est proposé de prendre en compte une puissance de réservation minimale pour le dimensionnement de l’alimentation des IRVE, une approche que le guide technique présente explicitement comme une nouveauté par rapport aux règles antérieures. Pour un parking réservé aux salariés, cette puissance minimale se calcule selon la capacité du parc de stationnement, par tranches successives.

Tranche du barèmeFormule de puissance minimale PIRVE
Formule courtePIRVE = 30 + 6 ((Nplaces-50) /10)
Formule intermédiairePIRVE = 60 + 3,6 ((Nplaces-100) /10)
Formule étenduePIRVE = 96 + 0,2 (Nplaces-200)

Ces formules s’appliquent à la colonne des parcs de stationnement de bâtiments non résidentiels à usage professionnel, c’est-à-dire aux places réservées aux salariés — et non à un parking ouvert au public, dont le barème diffère. La logique de foisonnement qui sous-tend ces formules n’est d’ailleurs pas propre au tertiaire : elle a d’abord été formalisée pour les infrastructures collectives de recharge en habitation. Selon le rapport de la Commission de régulation de l’énergie sur le déploiement des infrastructures collectives de recharge, le coefficient de foisonnement des IRVE raccordées à l’infrastructure collective proposé est aujourd’hui de 0,4 sur la base d’une étude établie par Enedis, un coefficient qui pondère une formule de principe : PIRVE = Nombre de places desservies x Préférence x coefficient de foisonnement des IRVE.

Ce cadre résidentiel repose sur un texte distinct de la loi LOM : la loi n° 2021-1104 dite « Climat et Résilience » du 22 août 2021 met en place de nouvelles dispositions pour accélérer le déploiement des Infrastructures de Recharge de Véhicules Electriques (IRVE) dans le résidentiel collectif. Il prévoit notamment qu’PIRVE à T0 prend en compte le nombre de branchements individuels demandés à T0 (branchements individuels synchrones) avec un minimum de 20 % des places de parking du périmètre de desserte, sachant que les branchements individuels au sens du décret n° 2022-1249 du 21 septembre 2022 désignent les dérivations individuelles depuis l’infrastructure collective jusqu’à chaque place de parking. Pour un parking d’entreprise réservé aux salariés, ce sont bien les formules par tranche du tableau ci-dessus qui s’appliquent, et non ce coefficient résidentiel : les deux logiques coexistent sans se substituer l’une à l’autre.

Puissance disponible vs puissance théorique de raccordement

Dans un parking déjà raccordé, la question n’est plus de calculer une puissance de raccordement neuve mais de vérifier la marge disponible sur l’installation existante du bâtiment. La puissance disponible pour le raccordement des IRVE dans les installations existantes est déterminée en appliquant la formule suivante : P disponible = P théorique maximale du raccordement – ∑P contractuelles réelles. Concrètement, il s’agit de soustraire, à la puissance maximale que le raccordement du bâtiment peut techniquement supporter, la somme des puissances déjà souscrites par les usages en place (éclairage, ventilation, ascenseurs, chauffage électrique le cas échéant).

Un exemple chiffré permet d’illustrer l’articulation des deux formules. Pour un parking d’entreprise dont le nombre de places réservées aux salariés relève de la tranche où s’applique la formule PIRVE = 30 + 6 ((Nplaces-50) /10), un décompte de quatre-vingts places donne une puissance minimale de réservation de 30 + 6 × ((80-50)/10), soit 48 kVA. Ce chiffre théorique doit ensuite être confronté à la puissance disponible réellement mesurée sur le raccordement existant du bâtiment, selon la formule présentée ci-dessus : si la marge disponible est inférieure à 48 kVA, un renforcement du raccordement ou un phasage du nombre de bornes installées simultanément devient nécessaire.

À titre de comparaison d’ordre de grandeur, en habitation individuelle, la puissance disponible doit être d’au moins 9 kVA pour envisager à minima l’installation d’un point de charge monophasé à 7,4 kVA en habitation — un seuil bien plus modeste qui illustre l’écart d’échelle entre un point de charge résidentiel unique et un parc tertiaire de plusieurs dizaines de places. Lorsque le parking est souterrain, cette marge de puissance disponible se négocie souvent en parallèle d’un chantier plus large de sobriété énergétique du site, comme le montre notre retour d’expérience sur la réduction de la facture énergétique d’un parking souterrain.

Choisir son schéma de raccordement Enedis

Le choix de la procédure de raccordement dépend directement de la puissance calculée aux étapes précédentes. Ce seuil se situe, dans la plupart des configurations, entre la première et la deuxième tranche du tableau de PIRVE présenté plus haut : un parking de taille moyenne peut donc basculer d’une procédure à l’autre selon le nombre exact de places réservées aux salariés et le choix retenu pour la puissance de réservation.

Puissance de raccordement calculéeProcédure Enedis applicable
Supérieure à 36 kVAEnedis PRO-RAC_14E, pour les puissances > 36 kVA
Inférieure ou égale à 36 kVAEnedis PRO-RAC_21E , pour les puissances ≤ 36 kVA

Le cadre réglementaire qui fixe le tableau des puissances minimales utilisé dans cet article est relativement récent : les dispositions du décret et de l’arrêté du 23 décembre 2020 entrent en vigueur le 11 mars 2021, ce qui en fait la référence technique actuellement opposable aux bureaux d’études et aux gestionnaires de parking. Le choix de la procédure conditionne aussi le délai et le formalisme de l’intervention, comme le détaille notre article sur le raccordement Enedis d’une borne de recharge.

Étapes de mise en œuvre pour un gestionnaire de parking

Le dimensionnement d’un parking tertiaire suit un enchaînement logique, que la puissance soit calculée pour une construction neuve ou pour un raccordement existant :

  • recenser le nombre de places de parking réservées aux salariés et vérifier si le seuil déclenchant l’obligation d’équipement s’applique au bâtiment ;
  • identifier la tranche correspondante dans le tableau des formules PIRVE et calculer la puissance minimale à réserver ;
  • pour l’existant, mesurer la puissance disponible sur le raccordement actuel en déduisant les puissances contractuelles déjà souscrites ;
  • déterminer la procédure de raccordement Enedis adaptée à la puissance visée ;
  • faire réaliser les travaux de génie civil, de câblage et de raccordement par un professionnel habilité ;
  • planifier la maintenance et le suivi de charge une fois les bornes mises en service.

L’installation elle-même doit suivre les normes IRVE en vigueur et les démarches administratives associées, une étape détaillée dans notre guide sur l’installation d’une borne de recharge et les démarches normatives IRVE. Une fois les bornes en service, leur bon fonctionnement dans la durée dépend d’un contrat de maintenance adapté au volume d’utilisation professionnelle, un point développé dans notre article sur l’entretien, la panne et la garantie des bornes IRVE.

Coûts et amortissement pour l’entreprise

Les sources réglementaires et techniques mobilisées pour cet article ne fournissent pas de grille de coûts chiffrée applicable uniformément à tous les parkings tertiaires : les devis varient fortement selon la puissance PIRVE réservée, la procédure de raccordement retenue et l’état du réseau électrique existant du bâtiment. En revanche, la méthode de calcul présentée plus haut structure directement l’enveloppe budgétaire : chaque franchissement de tranche dans le tableau de puissance minimale fait progresser par palier la puissance réservée, et donc le coût potentiel du raccordement ou de son renforcement.

Un gestionnaire de parking a donc intérêt à dimensionner au plus près du besoin réel plutôt que sur la totalité théorique des places, quitte à prévoir un pré-équipement (fourreaux, chemins de câbles, réservation au tableau électrique) pour les tranches futures plutôt que l’installation immédiate de l’intégralité des bornes. Les aides disponibles pour les entreprises, régulièrement mises à jour, sont recensées dans notre panorama des aides à la borne de recharge en 2026, à croiser avec les dispositifs spécifiques aux flottes professionnelles détaillés dans notre article sur les obligations IRVE et aides Advenir pour les flottes électriques d’entreprise.

Questions fréquentes

Combien de bornes IRVE faut-il prévoir dans un grand parking d’entreprise ?

Le nombre de points de recharge se calcule par tranche de places réservées aux salariés. La loi d’orientation des mobilités prévoit également une obligation d’équipement des parkings des bâtiments non résidentiels disposant de plus de 20 places. A partir de 2025, ces parkings devront être équipés d’au moins un point de recharge par tranche de 20 places.

Le pré-équipement des parkings est-il obligatoire même sans installer de bornes tout de suite ?

Oui pour les bâtiments neufs ou rénovés : la loi d’orientation des mobilités a renforcé les exigences de pré-équipement des parkings de bâtiments neufs ou rénovés. Le pré-équipement permet de faciliter les mises en place ultérieures des points de recharge, sans attendre l’installation effective des bornes.

Comment calculer la puissance IRVE à réserver pour un très grand parking d’entreprise ?

Au-delà du seuil couvert par la tranche intermédiaire, la formule applicable est PIRVE = 96 + 0,2 (Nplaces-200), exprimée en kVA.

Quelle procédure Enedis choisir selon la puissance du raccordement ?

Le seuil de 36 kVA sépare les deux procédures : Enedis PRO-RAC_14E, pour les puissances > 36 kVA et Enedis PRO-RAC_21E , pour les puissances ≤ 36 kVA.

Comment vérifier la puissance disponible sur un raccordement existant ?

La méthode consiste à partir de la puissance maximale théorique du raccordement et à en retirer ce qui est déjà utilisé : P disponible = P théorique maximale du raccordement – ∑P contractuelles réelles.

Le droit à la prise s’applique-t-il aussi aux places de parking en entreprise ?

Le droit à la prise a été étendu par le législateur à tout occupant d’une place de parking privative : la loi d’orientation des mobilités et le décret 2020-1720 du 24 décembre 2020 ont étendu et simplifié l’exercice du droit à la prise qui permet à tout occupant d’une place de parking privative de l’équiper.

Sources officielles

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