Le 21 mai 2026, la Commission de Régulation de l’Énergie a rendu un avis favorable sur la refonte de l’arrêté S21, qui encadre les soutiens aux installations photovoltaïques sur bâtiment de moins de 500 kWc. Suppression totale des primes d’investissement (entre 60 et 140 €/kWc actuellement) et tarif de rachat du surplus réduit à 11 €/MWh, contre 40 à 47 €/MWh aujourd’hui : le modèle économique du solaire dans cet article dans cet article bâtiment en France bascule définitivement vers l’autoconsommation totale.
L’avis CRE S21 du 21 mai 2026 : deux ruptures majeures
L’arrêté S21, publié en octobre 2021 et modifié à neuf reprises depuis, définit les conditions de soutien pour toutes les installations photovoltaïques sur bâtiment de moins de 500 kWc. La CRE approuve les grandes lignes du projet d’arrêté modificatif, tout en formulant deux demandes d’ajustements techniques importantes.
Première rupture : la suppression totale des primes d’investissement pour tous les segments. Ces primes varient actuellement de 80 €/kWc pour les installations résidentielles de moins de 3 kWc à 60 €/kWc pour les systèmes entre 36 et 100 kWc. Elles compensent une partie des frais d’installation et améliorent le temps de retour sur investissement. Pour une installation type de 6 kWc (le standard en maison individuelle), la prime actuelle représente 840 €. Elle disparaîtrait intégralement.
Deuxième rupture : la création d’un tarif de rachat du surplus unique à 11 €/MWh (1,1 centime d’euro par kWh). Le tarif de rachat actuel se situe entre 4 c€/kWh (40 €/MWh) pour les installations de moins de 9 kWc et 4,73 c€/kWh pour les systèmes plus grands : la réduction atteint plus de 75 %. La CRE préconise d’appliquer ce tarif de manière fixe, sans le conditionner au prix Spot de l’électricité comme le proposait initialement le gouvernement, une complexité jugée inopportune pour les gestionnaires de réseau.
La CRE demande enfin que les opérations d’autoconsommation collective restent éligibles au régime de soutien même sans autoconsommation individuelle associée — une précision essentielle pour les copropriétés et les projets de partage d’énergie entre voisins.
Primes et tarifs actuels vs proposés : comparatif chiffré
| Segment | Prime actuelle (T2 2026) | Prime proposée | Tarif surplus actuel | Tarif surplus proposé |
|---|---|---|---|---|
| Moins de 3 kWc (résidentiel) | 80 €/kWc | 0 €/kWc | 4,00 c€/kWh (40 €/MWh) | 1,1 c€/kWh (11 €/MWh) |
| 3 à 9 kWc (résidentiel) | 140 €/kWc | 0 €/kWc | 4,00 c€/kWh | 1,1 c€/kWh |
| 9 à 36 kWc (petite toiture) | 120 €/kWc | 0 €/kWc | 4,73 c€/kWh (47,3 €/MWh) | 1,1 c€/kWh |
| 36 à 100 kWc (tertiaire) | 60 €/kWc | 0 €/kWc | 4,73 c€/kWh | 1,1 c€/kWh |
Pourquoi ce coup de frein : l’explosion des demandes au-delà des objectifs PPE3
La décision du gouvernement de modifier l’arrêté S21 n’est pas surprenante. Au troisième trimestre 2025, les demandes de soutien sur le segment 9 à 100 kWc ont atteint 291 MW pour un objectif trimestriel de 92 MW, soit plus du triple des volumes prévus par la programmation pluriannuelle de l’énergie. Cette saturation des guichets ouverts, conjuguée à la baisse des coûts d’installation de près de 50 % depuis 2021, justifie selon le gouvernement et la CRE une réduction des soutiens publics.
Depuis cinq ans, les primes d’investissement ont déjà été divisées par deux pour le segment résidentiel. Les tarifs solaires du T2 2026 avaient déjà enregistré une baisse de 12 % sur le rachat, signalant la direction prise par le régulateur. Dès avril 2026, Bercy avait évoqué publiquement la fin des primes et la division par quatre du tarif de rachat : l’avis de la CRE officialise cette trajectoire.
Au niveau européen, la maturité de la filière photovoltaïque — désormais la source d’électricité la moins chère à installer — rend les mécanismes de soutien à l’investissement de moins en moins justifiés. Le ministère de la Transition écologique souligne régulièrement que la rentabilité intrinsèque du solaire en autoconsommation est suffisante sans aide publique dans de nombreuses régions françaises.
Impact concret pour particuliers et professionnels
Pour les particuliers (moins de 9 kWc) : La suppression de la prime d’investissement réduit mécaniquement la rentabilité. Pour une installation de 6 kWc à 12 000 €, la prime de 840 € représentait 7 % du coût total ; son absence allonge le temps de retour de six à huit mois. L’essentiel de la rentabilité reposera sur l’autoconsommation directe valorisée à environ 0,20 €/kWh, pas sur la revente du surplus à 0,011 €/kWh. Avec un tarif de surplus divisé par quatre, stocker 1 kWh dans une batterie représente désormais une valorisation dix-huit fois supérieure à la revente réseau.
Pour les projets tertiaires entre 36 et 100 kWc : Ces systèmes ne sont plus éligibles au guichet ouvert S21 depuis octobre 2025 et doivent passer par les appels d’offres simplifiés. La suppression de la prime et la chute du tarif de surplus rendront non rentables les projets dont le taux d’autoconsommation est inférieur à 80 %. La stratégie d’autoconsommation en entreprise devient le seul modèle viable.
Pour l’autoconsommation collective : La demande de la CRE de maintenir l’éligibilité des opérations collectives est une bonne nouvelle pour les copropriétés. L’autoconsommation solaire collective reste une voie d’accès au solaire pour ceux qui ne peuvent pas installer des panneaux en propre. Notre guide complet panneaux solaires et autoconsommation fait le point sur toutes les options.
Fenêtre d’opportunité : agir avant la parution au Journal Officiel
Le principe de non-rétroactivité, confirmé lors de la modification de l’arrêté S21 en mars 2025, protège les porteurs de projets ayant déposé un dossier complet avant la date de publication de l’arrêté modificatif au Journal Officiel. Cette date n’est pas encore connue au 23 mai 2026, mais la fenêtre est probablement courte — de quelques semaines à quelques mois.
Pour sécuriser les tarifs actuels, il convient de finaliser son dossier de raccordement auprès d’Enedis ou de déposer une demande complète auprès d’un mandataire agréé avant la parution officielle. Les installateurs RGE et les bureaux d’études sont actuellement très sollicités pour cette raison.
À plus long terme, le marché solaire bâtiment en France ne disparaîtra pas. En 2025, la France a raccordé 5,9 GW de photovoltaïque, dont une large part sans recourir aux primes maximales. La baisse des coûts d’installation — autour de 1 800 à 2 200 €/kWc en résidentiel, contre plus de 3 000 €/kWc en 2018 — compense la réduction des aides. L’avenir appartient aux systèmes optimisés pour l’autoconsommation maximale, idéalement couplés à un stockage par batterie dont le prix a chuté de 40 % en deux ans.
Questions fréquentes
Qu’est-ce que l’arrêté S21 et pourquoi est-il important pour le solaire résidentiel ?
L’arrêté S21, publié en octobre 2021, fixe les conditions de soutien public (primes d’investissement et tarifs de rachat du surplus) pour les installations photovoltaïques sur bâtiment de moins de 500 kWc en France. Sans ce cadre, aucun contrat d’achat garanti n’est possible avec EDF OA pour ces systèmes.
Les projets en cours sont-ils protégés par le principe de non-rétroactivité ?
Oui. Les dossiers complets déposés avant la publication de l’arrêté modificatif au Journal Officiel bénéficient des tarifs en vigueur au moment du dépôt. Cette date exacte n’est pas encore connue — agir rapidement est conseillé.
Le solaire est-il encore rentable sans prime d’investissement ?
Oui, principalement en autoconsommation directe. Avec des coûts d’installation autour de 1 800 à 2 200 €/kWc, le temps de retour est de 8 à 12 ans selon la région. La rentabilité repose sur l’électricité évitée (environ 0,20 €/kWh) et non plus sur la revente du surplus (11 €/MWh après modification).

