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Éolien en mer : RTE engage Centre-Manche 2 et muscle le réseau pour 18 GW

L’éolien en mer français change d’échelle, et c’est désormais le réseau qui donne le tempo. En lançant l’enquête publique du raccordement de Centre-Manche 2 et en multipliant les chantiers, RTE prépare l’infrastructure qui devra absorber les futurs parcs offshore, à…

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L’éolien en mer français change d’échelle, et c’est désormais le réseau qui donne le tempo. En lançant l’enquête publique du raccordement de Centre-Manche 2 et en multipliant les chantiers, RTE prépare l’infrastructure qui devra absorber les futurs parcs offshore, à l’image de l’éolien flottant qui structure sa filière en Méditerranée — un effort chiffré en milliards d’euros pour viser 18 GW à l’horizon 2035.

Centre-Manche 2 : l’enquête publique s’ouvre fin juin 2026

Le gestionnaire du réseau de transport franchit une nouvelle étape. Du 30 juin au 11 août : enquête publique sur le projet de raccordement du parc éolien en mer Centre-Manche 2, annonce RTE dans son communiqué de début juin 2026. Le calendrier de l’ouvrage est dimensionné sur le long terme : 2026-2031 – Travaux de construction de raccordement / 2031 – 2032 – Mise en service du raccordement. Les modalités de la consultation figurent dans l’annonce officielle de l’enquête publique Centre-Manche 2.

Ce chantier n’est pas isolé. Quelques semaines plus tôt, RTE bouclait un autre raccordement majeur, celui du parc Dieppe-Le Tréport, avec 1 double ligne électrique sous-marine de 225 000 volts de 23 km, de quoi alimenter environ 850 000 personnes. Nous avions retracé l’état d’avancement global dans notre bilan sur les 9 premiers parcs raccordés par RTE.

Où en est vraiment l’éolien en mer français ?

Le point de départ reste modeste au regard des ambitions. Au 31 décembre 2025, la puissance totale du parc éolien en mer installé au large des côtes françaises métropolitaines atteignait 1,9 GW. La dynamique, en revanche, est forte : en 2025, la production éolienne en mer française s’est établie à 5,7 TWh, en augmentation de près de 43 % (+1,7 TWh) par rapport à son niveau observé sur l’année 2024. Ces données proviennent du bilan électrique 2025 de RTE.

Côté infrastructures déjà en service, 4 raccordements de parcs éoliens en mer ont déjà été mis à disposition (Saint-Nazaire, Saint-Brieuc, Fécamp et Calvados). Le dernier-né, posé au large de la Vendée, a démarré progressivement : un quatrième parc commercial dont les éoliennes sont posées en mer au large des îles d’Yeu et Noirmoutier a été mis en service progressivement (411 MW sur 488 MW totaux étaient opérationnels en fin d’année 2025). La France a aussi franchi un cap technologique : ont été mis en service en juin 2025 sur la zone dite de « Faraman », à 17 km au large les 25 MW de sa première ferme pilote éolienne flottante. Pour situer chaque projet, notre carte des projets offshore et son calendrier reste la référence.

Un réseau qui doit changer de dimension

Le défi industriel est colossal. Pour tenir les objectifs de long terme, RTE estime que le rythme actuel de construction des projets éoliens en mer français devra être multiplié par 10, voire par 30. Le gestionnaire mobilise déjà des moyens importants — RTE mobilise plus de 300 emplois sur ces projets de raccordement en mer. — et a fortement accéléré ses investissements globaux : 3 346 M€, en hausse de 29 % par rapport à 2024 en 2025. Le détail des techniques employées est présenté sur la page de RTE dédiée au raccordement de l’éolien en mer.

La technologie elle-même évolue avec l’éloignement des parcs. Aujourd’hui, les liaisons sous-marines à courant alternatif 225 000 volts sont composées de câbles tripolaires en cuivre ou en aluminium pouvant transporter une puissance entre 250 et 300 MW environ. Mais pour les futurs projets, amenés à combiner de plus fortes puissances en mer et un éloignement plus important à la côte, la technologie du courant continu sera généralisée. Ce basculement vers le courant continu (HVDC) s’inscrit dans la famille des technologies des énergies marines renouvelables.

18 GW en 2035, 45 GW en 2050 : la trajectoire

Les jalons sont posés par la programmation énergétique. RTE retient comme objectif en 2035 : 18 GW de capacité éolienne en mer mise en service, puis en 2050 : minimum 45 GW d’éolien en mer en service. Étape intermédiaire décisive côté attribution, l’objectif est ensuite d’atteindre une puissance cumulée de 26 GW attribuée d’ici à 2030-2031, selon la politique publique éolien en mer du ministère. Cette montée en puissance accompagne une augmentation en volume du besoin de production électrique décarbonée à hauteur de 585 TWh à l’horizon 2030.

ÉchéanceObjectif éolien en mer
Fin 2025 (installé)1,9 GW
D’ici 2030-2031 (attribué)26 GW
2035 (en service)18 GW
2050 (en service)45 GW minimum

Pour alimenter ce pipeline, l’État a lancé un appel d’offres d’une ampleur inédite. Onze projets d’installations éoliennes de production d’électricité en mer, dit « AO10 » sont concernés, pour une puissance totale de 8 à 10 GW avec l’objectif d’une attribution à l’automne 2026. La CRE souligne que l’appel d’offres porte sur un périmètre particulièrement ambitieux, inédit par rapport aux précédents appels d’offres éolien en mer, tout en alertant sur les coûts de raccordement (qui pourraient représenter environ 20 milliards d’euros pour le présent appel d’offres). Nous avons détaillé cet avis dans notre article sur l’AO10 et l’alerte de la CRE sur la viabilité à 100 €/MWh, à relier au lancement raconté dans le pari renouvelable de la PPE3.

Au-delà des mégawatts, l’éolien en mer est devenu un enjeu de souveraineté industrielle et d’emploi. Chaque parc mobilise des ports, des navires d’installation, des usines de câbles et de fondations, ainsi qu’une filière de maintenance amenée à durer plusieurs décennies. La régularité du carnet de commandes — appels d’offres successifs, calendrier de raccordement lisible — conditionne la capacité des industriels à investir en France plutôt que d’importer. C’est tout l’enjeu d’une planification qui cherche à articuler objectifs climatiques, acceptabilité locale et retombées économiques sur les territoires littoraux.

Concertation et prochaines étapes

La planification s’appuie aussi sur la consultation du public. Le débat public « La mer en débat » s’est déroulé simultanément sur les quatre façades maritimes, posant le cadre d’une cartographie des futures zones. L’objectif affiché par l’État est d’identifier des zones sur nos différentes façades maritimes pour attribuer environ 15 GW dans les 10 prochaines années. Pour les territoires littoraux et les acteurs de la filière, les rendez-vous se multiplient : enquête publique de Centre-Manche 2 jusqu’au 11 août, attribution de l’AO10 attendue à l’automne, sans oublier les futurs débats locaux liés à chaque nouvelle façade. Le sujet s’inscrit pleinement dans notre dossier sur les énergies du futur et la transition du mix électrique.

Reste l’équation économique et industrielle : tenir un rythme de raccordement multiplié par dix ou trente suppose des câbles, des plateformes en mer, des stations de conversion à terre et des compétences rares. C’est cette colonne vertébrale, davantage que les turbines elles-mêmes, qui conditionnera l’atteinte des 18 GW de 2035.

Questions fréquentes

Quelle est la puissance éolienne en mer installée en France ?

Au 31 décembre 2025, la puissance totale du parc éolien en mer installé au large des côtes françaises métropolitaines atteignait 1,9 GW, avec quatre parcs commerciaux raccordés (Saint-Nazaire, Saint-Brieuc, Fécamp et Calvados) et une première ferme pilote flottante de 25 MW au large de Faraman.

Quels sont les objectifs de la France pour l’éolien en mer ?

La trajectoire vise 18 GW de capacité éolienne en mer mise en service en 2035 et un minimum de 45 GW en 2050. Une étape intermédiaire prévoit d’atteindre 26 GW de puissance cumulée attribuée d’ici à 2030-2031.

Qu’est-ce que l’enquête publique Centre-Manche 2 ?

Il s’agit de la consultation, organisée par RTE du 30 juin au 11 août 2026, sur le projet de raccordement du parc éolien en mer Centre-Manche 2. Les travaux de raccordement sont prévus de 2026 à 2031 pour une mise en service en 2031-2032.

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