DPE succession : vous héritez, seul ou en indivision, d’un logement classé F ou G et devez décider quoi en faire ? Ce guide détaille les diagnostics réellement déclenchés par votre situation, le calendrier qui contraint vos délais, et les trois scénarios possibles pour trancher entre vendre, rénover ou louer.
Comprendre ce que la succession change (et ne change pas) au DPE
Lorsqu’un logement classé F ou G entre dans une succession, les héritiers indivisaires héritent aussi de ses contraintes énergétiques. Le diagnostic de performance énergétique donne des informations sur la performance énergétique et climatique d’un logement, et il sert de référence à toutes les décisions qui suivront : vendre, rénover ou louer. Le ministère de la Transition écologique détaille ces obligations sur sa fiche consacrée au diagnostic de performance énergétique. Nous vous recommandons de le considérer, dès l’ouverture de la succession, comme une pièce aussi structurante que l’acte notarié lui-même.
En pratique, avant le partage de la succession, les biens du défunt appartiennent à l’ensemble des héritiers en indivision. C’est un point que beaucoup d’héritiers ignorent : aucune fiche officielle consultée ne mentionne le partage successoral comme un acte qui déclenche, à lui seul, un nouveau diagnostic. C’est la vente ou la location du logement qui intègre le DPE au dossier de diagnostic technique annexé à l’avant-contrat de vente ou au contrat de location. Concrètement, tant que les indivisaires se répartissent le bien entre eux sans le vendre ni le relouer, aucune obligation nouvelle ne s’ajoute de ce seul fait — mais dès qu’une sortie de l’indivision est engagée par une vente ou une nouvelle location, l’obligation redevient pleine et entière.
Le contexte réglementaire de 2026 pèse directement sur cette décision. Les logements classés F et G constituent la cible prioritaire des politiques publiques de rénovation du parc de logements, et la loi Climat et Résilience rend obligatoire la réalisation d’un DPE pour tous les bâtiments d’habitation collective, à l’échelle du bâtiment, selon un calendrier échelonné. Point souvent ignoré des héritiers en copropriété : l’audit énergétique obligatoire à la vente s’applique aussi aux immeubles collectifs en monopropriété, y compris lorsqu’ils appartiennent à un ensemble de propriétaires en indivision. L’indivision successorale n’échappe donc pas à cette obligation dès qu’une vente est engagée.
Nous vous recommandons de consulter notre guide complet de la rénovation énergétique pour situer ce cas particulier dans l’ensemble des obligations qui pèsent sur les propriétaires, et de vérifier comment la performance énergétique pèse sur la valeur et la liquidité du bien avant que les indivisaires ne tranchent. Pour décrypter concrètement l’étiquette du logement hérité, apprendre à lire chaque poste du diagnostic aide à hiérarchiser les priorités avant même de consulter un professionnel.
Le calendrier qui contraint la décision des indivisaires
En pratique, les héritiers indivisaires n’ont pas un délai illimité pour arbitrer. Plusieurs échéances réglementaires viennent contraindre, tour à tour, la location et la vente du logement hérité. Nous les avons classées ci-dessous par ordre chronologique.
| Échéance | Ce qui change | Ce que ça implique pour l’indivision |
|---|---|---|
| 24 août 2022 | Gel des loyers des logements classés F ou G pour les baux signés, renouvelés ou reconduits depuis cette date | Un bien loué reste soumis à ce gel tant que sa classe n’évolue pas |
| 1er avril 2023 | Audit énergétique obligatoire à la vente pour les classes F et G | Le dossier de vente doit intégrer l’audit avant signature |
| 2025 | Interdiction de mise en location des logements classés G | Un bien G hérité ne peut plus être reloué en l’état |
| 1er janvier 2025 | Audit énergétique obligatoire à la vente pour la classe E ; DPE réalisés entre le 1er janvier 2018 et le 30 juin 2021 invalidés | Un DPE ancien détenu par la succession doit être vérifié avant toute démarche |
| 2028 | Interdiction de mise en location des logements classés F | La fenêtre pour louer un bien F sans travaux se referme |
| 2034 | Interdiction de mise en location des logements classés E ; audit énergétique obligatoire à la vente pour la classe D | Échéance à anticiper dès la décision de conserver le bien |
Concrètement, dès qu’une vente est engagée, l’audit énergétique devient une pièce obligatoire du dossier de vente pour les classes F, G puis E, et son coût comme ses délais doivent être anticipés collectivement par les indivisaires avant même de fixer un prix. Le détail complet de ce calendrier réglementaire est publié par le ministère de la Transition écologique sur sa fiche dédiée à l’audit énergétique réglementaire.
Vendre en l’état, rénover avant de vendre ou conserver et louer
Face à un logement F ou G hérité, les indivisaires ont concrètement trois options. Le tableau suivant résume les diagnostics et les contraintes propres à chacune, à partir des seules obligations réellement tracées à ce jour.
| Scénario | Diagnostics et obligations à prévoir | Point de vigilance pour l’indivision |
|---|---|---|
| Vendre en l’état | DPE intégré au dossier de diagnostic technique annexé à l’avant-contrat ; audit énergétique obligatoire si le logement est classé F ou G, ou classé E depuis le 1er janvier 2025 | La vente se décide à l’unanimité des indivisaires ; à défaut, ceux qui réunissent au moins deux tiers des droits peuvent la faire autoriser par le tribunal |
| Rénover avant de vendre | MaPrimeRénov’ reste la principale aide de l’État pour la rénovation énergétique, mais son octroi n’est pas automatique | Les travaux engagent l’indivision : mieux vaut un accord écrit avant de solliciter les aides |
| Conserver et louer | DPE valable dix ans depuis le 1er juillet 2021 à vérifier ; gel du loyer en vigueur pour les classes F et G | Le bien doit rester conforme au calendrier d’interdiction de location classe par classe |
Vendre en l’état reste souvent la solution la plus rapide pour clore une indivision, mais elle suppose le respect des obligations d’information de l’acquéreur imposées au vendeur, que les indivisaires endossent collectivement.
Rénover avant de vendre suppose de bâtir une stratégie de travaux adaptée au budget de l’indivision ; c’est l’option qui préserve le mieux la valeur et la liquidité future du bien face au calendrier d’interdiction de location, en pratique au prix d’un accord préalable plus long à obtenir entre héritiers.
Conserver et louer implique de vérifier, classe par classe, ce qu’il faut anticiper avant l’interdiction de mise en location, et de tenir compte du gel des loyers déjà en vigueur sur les classes F et G : un choix qui n’a de sens que si l’indivision est prête à financer les travaux à terme.
Fiscalité de la succession et aides à la rénovation
La classe énergétique n’est pas le seul paramètre de la décision : la fiscalité de la succession elle-même pèse souvent davantage. L’abattement personnel applicable à un enfant, un père ou une mère s’élève à 100 000 euros, et au-delà, la part taxable comprise entre 15 932 € et 552 324 € est imposée à 20 % dans le barème des droits de succession en ligne directe. Le barème complet est publié par la direction générale des finances publiques sur sa fiche de calcul des droits de succession. En pratique, ce sont ces montants, plus que la classe DPE, qui déterminent souvent la capacité de l’indivision à financer des travaux plutôt qu’une vente rapide.
Côté rénovation, MaPrimeRénov’ reste la principale aide financière de l’État pour la rénovation énergétique des logements et s’adresse à tous les propriétaires, occupants comme bailleurs, en maison individuelle comme en appartement : les indivisaires héritiers qui occupent ou louent le bien peuvent donc, en principe, y prétendre. Pour une rénovation d’ampleur associant plusieurs types de travaux complémentaires, l’aide correspond à un pourcentage du montant des travaux. Nous vous recommandons toutefois la prudence : l’octroi des aides de l’Anah n’est pas automatique, l’Agence tenant compte de l’intérêt du projet et de l’enveloppe budgétaire disponible à la date de la demande. Ne bâtissez jamais un plan de financement de l’indivision sur une aide qui n’est pas encore instruite.
Les démarches, étape par étape, pour décider en indivision
- Vérifier la validité du DPE déjà en possession de la succession : les DPE réalisés depuis le 1er juillet 2021 sont valables dix ans, mais ceux réalisés entre le 1er janvier 2018 et le 30 juin 2021 ne sont plus valables depuis le 1er janvier 2025 et doivent être refaits avant toute vente ou location.
- Réunir les indivisaires pour arbitrer entre les trois scénarios : les décisions sur le bien indivis se prennent à l’unanimité ou à la majorité des deux tiers selon leur nature — et la vente relève des actes les plus importants, donc de l’unanimité, sachant que la majorité des deux tiers des droits indivis et celle des héritiers comptés en nombre peuvent diverger selon la répartition des parts. Les règles applicables sont détaillées par la fiche service-public.fr consacrée à l’indivision successorale.
- En cas de vente, préparer le dossier de diagnostic technique et, si la classe l’impose, l’audit énergétique obligatoire depuis le 1er avril 2023 pour les classes F et G. Il est utile d’y associer, lorsque le bien s’y prête, les diagnostics complémentaires comme celui de l’amiante avant travaux, et d’anticiper le recours à un bureau d’études pour réaliser l’audit.
- En cas de location poursuivie, vérifier la classe du logement au regard du calendrier d’interdiction et du gel des loyers déjà en vigueur pour les classes F et G.
- En cas de rénovation envisagée, solliciter les aides mobilisables puis présenter aux indivisaires un plan de financement écrit avant d’engager les travaux.
- Anticiper la fiscalité de la succession — abattement et barème applicables en ligne directe — avant le partage définitif, pour ne pas la découvrir au moment de signer.
Ce que vous y gagnez à anticiper plutôt que subir
Anticiper le sort d’un logement F ou G hérité évite trois écueils fréquents. D’abord, un blocage locatif : découvrir après coup que le logement classé G ne peut plus être mis en location depuis 2025 alors que l’indivision comptait sur ce revenu locatif fragilise tout le plan de financement de la succession. Ensuite, un blocage de vente : engager une négociation avec un acquéreur sans avoir anticipé l’audit énergétique obligatoire depuis le 1er avril 2023 pour les classes F et G retarde la signature et fragilise la position des indivisaires. Enfin, une fiscalité mal anticipée : ignorer l’abattement de 100 000 euros applicable en ligne directe jusqu’au dernier moment prive parfois l’indivision d’arbitrages plus favorables.
En pratique, une indivision qui hiérarchise ses priorités dès l’ouverture de la succession — validité du DPE, calendrier de location, règles de majorité, puis fiscalité — arrive au notaire avec un dossier complet, plutôt que de découvrir une contrainte au pire moment. Pour aller plus loin si la voie de la rénovation est retenue, exploiter le DPE pour prioriser les postes de travaux évite de disperser le budget de l’indivision.
Questions fréquentes
Le partage successoral déclenche-t-il un nouveau DPE ?
Non. Les fiches officielles font du DPE une pièce du dossier de diagnostic technique déclenché par la vente ou la location du logement, pas par le partage entre héritiers.
Peut-on encore louer un logement classé G en 2026 ?
Non : le calendrier d’interdiction de location vise les logements classés G à compter de 2025.
Jusqu’à quand un logement classé F peut-il être loué ?
Jusqu’en 2028 : pour un bail signé, renouvelé ou tacitement reconduit entre 2028 et 2033, seuls les logements classés A à E pourront être loués.
Quand l’audit énergétique devient-il obligatoire pour vendre un logement F ou G ?
Depuis le 1er avril 2023 pour les logements classés F ou G, puis depuis le 1er janvier 2025 pour la classe E.
Comment les héritiers indivisaires décident-ils de vendre ou de rénover ?
Les décisions sur le bien indivis se prennent à l’unanimité ou à la majorité des deux tiers, selon leur nature : la vente est un acte majeur qui exige l’unanimité, quand la gestion courante se règle à la majorité. Si l’accord unanime est hors d’atteinte, des indivisaires réunissant au moins deux tiers des droits peuvent demander au tribunal d’autoriser la vente.
Quel est l’abattement applicable à un enfant qui hérite en ligne directe ?
Il est de 100 000 euros pour un enfant, un père ou une mère.
Le loyer d’un logement F ou G peut-il être révisé ?
Non : la révision du loyer est interdite depuis le 24 août 2022 pour les baux concernant un logement classé F ou G.
Les aides MaPrimeRénov’ sont-elles garanties pour une indivision successorale ?
Non : l’octroi des aides de l’Anah n’est pas automatique et dépend de l’enveloppe budgétaire disponible à la date de la demande.
Sources officielles
- Ministère de la Transition écologique — Diagnostic de performance énergétique (DPE)
- Ministère de la Transition écologique — Audit énergétique réglementaire
- Service-public.fr — L’indivision successorale
- Impots.gouv.fr (DGFiP) — Calcul des droits de succession

