La flexibilité électrique des bâtiments tertiaires n’est plus une promesse mais une réalité mesurée Découvrez aussi les cas d’exemption méconnus du décret tertiaire. : selon les résultats publiés par RTE, la 3e saison du concours CUBE Flex démontre que la flexibilité électrique régulière dans les bâtiments tertiaires permet de réduire les consommations aux heures de pointe de prix de 10 % en moyenne, tous les jours de l’année. Un résultat obtenu sans investissement lourd, simplement en pilotant différemment le chauffage et la climatisation.
Les faits
Selon le communiqué de RTE, 66 bâtiments participants (principalement des bureaux) ont pris part à la 3e saison du concours CUBE Flex, organisée par A4MT avec RTE, Enedis et le soutien du ministère de la Transition écologique — voir aussi la rentabilité d’une géothermie en bâtiment tertiaire.. Le suivi de cette performance passe par la plateforme officielle, où corriger une déclaration erronée après la date limite reste mal documenté pour les campagnes récentes. Ces résultats ont été confirmés le même jour par un communiqué distinct d’Enedis, qui reprend la même flexibilité électrique régulière permettant de réduire les consommations aux heures de pointe de prix de 10 % en moyenne, tous les jours de l’année. Autre enjeu contractuel du tertiaire : qui paie l’audit énergétique du bail vert entre bailleur et locataire.
Le principe technique repose sur l’inertie thermique des bâtiments : il s’agit d’anticiper le chauffage et la climatisation de deux à trois heures, puis de mettre le bâtiment en réduit, l’inertie thermique — standard sur la majorité du parc tertiaire — correspondant justement à la durée des pointes de prix. Résultat, les bâtiments les plus engagés réalisent -10 % de consommation aux heures de pointe (7h-10h et 17h-20h) tous les jours ouvrés, sans dégradation du confort ni de la performance énergétique.
Sur les journées les plus tendues pour le réseau, les gains grimpent encore : -15 % lors des jours de pointe hivernaux avec un ajustement du confort discuté en amont avec les occupants, jusqu’à -30 % pour les meilleurs bâtiments sur ces journées. Un mécanisme qui fonctionne aussi l’été, avec près de 10 % de réduction des consommations aux pointes du matin grâce à l’anticipation des besoins et au free-cooling.
En valeur absolue, RTE chiffre également la puissance appelée par les bâtiments participants lors des pointes de prix : CUBE Flex saison 3 a permis d’observer une puissance maximale de 40 W/m² en moyenne pour les bureaux tout électriques, contre 25 W/m² pour les autres bâtiments. Ce gisement tertiaire s’ajoute à celui déjà mobilisé côté logements : 8 à 10 GW de consommation résidentielle (ballons d’eau chaude, électroménager…) sont déjà programmés en heures creuses, en fin de soirée, illustrant que la flexibilité électrique se construit aujourd’hui sur plusieurs segments de consommation en parallèle.
Mise en perspective
CUBE Flex n’est pas un coup d’essai : le retour d’expérience de RTE rappelle que dans le secteur tertiaire, qui représente 28 % de la consommation française, le concours CUBE Flex lancé par RTE en 2022 avait déjà permis d’identifier un potentiel de modulation des bâtiments tertiaires estimé à 10 % de leur consommation. La saison 3 vient donc confirmer, à plus grande échelle, un potentiel déjà pressenti quatre ans plus tôt. Ce mouvement de fond se traduit aussi du côté des dispositifs certifiés : en France, l’effacement électrique certifié dépasse déjà 10 GW de capacité, un socle sur lequel la flexibilité tertiaire mesurée par CUBE Flex vient s’ajouter.
Ce potentiel de flexibilité tertiaire s’inscrit dans un contexte réglementaire plus large. Le dispositif Éco Énergie Tertiaire impose déjà à l’ensemble du parc la réduction des consommations d’énergie finale de l’ensemble du parc tertiaire d’au moins -40 % en 2030, -50 % en 2040, -60 % en 2050 (par rapport à 2010), tandis que le décret BACS impose aux gestionnaires de bâtiments tertiaires de s’équiper avant le 1er janvier 2027 afin de réduire leur consommation d’énergie et de contribuer ainsi aux objectifs nationaux de sobriété — une échéance qui rend la flexibilité mesurée par CUBE Flex d’autant plus accessible techniquement pour un nombre croissant de bâtiments.
Impact concret pour les gestionnaires de bâtiments tertiaires
Au-delà de la seule réduction de consommation aux heures de pointe, RTE souligne un gain financier accessible à une large part des participants : une baisse supplémentaire de 5 % de la consommation annuelle est mesurée pour les bâtiments déjà performants et engagés dans une démarche de sobriété, avec une puissance souscrite optimisée accessible à près de 60 % des participants. Un levier d’économies qui s’ajoute à celui déjà identifié par les démarches de gestion technique du bâtiment (GTB).
Le palmarès de cette 3e saison illustre l’ampleur du potentiel pour les organisations les plus engagées : dans la catégorie « Masters » (flexibilité régulière sur 12 mois), le podium or revient à la SCPI Accimmo Pierre pour ses bâtiments Palatin II et III, avec 16,8 % de flexibilité. Côté trophées, La Poste Immobilier remporte le Trophée Bouclier de la flexibilité régulière avec 15 % d’économies en moyenne, un niveau de performance qui dépasse largement la moyenne de 10 % observée sur l’ensemble des participants.
Point de vigilance pour les gestionnaires de parcs équipés de bornes de recharge : sur certains sites, les infrastructures de recharge pour véhicules électriques représentent jusqu’à 77 % de la puissance appelée aux heures de pointe, ce qui en fait un levier de flexibilité à part entière — et un point d’attention dans le dimensionnement électrique global du bâtiment, à mettre en regard des objectifs nationaux de flexibilité électrique à horizon PPE3.
Perspectives
Le calendrier réglementaire va mécaniquement élargir le vivier de bâtiments capables de reproduire ces performances : le décret BACS impose aux gestionnaires de bâtiments tertiaires de s’équiper avant le 1er janvier 2027, une échéance à laquelle RTE associe un potentiel concret pour le réseau, puisque ce plan de déploiement permettra de bénéficier de 2,5 GW, pendant 2 à 3 heures, de flexibilités quotidiennes les matins d’hiver.
À plus long terme, RTE anticipe un rôle croissant de cette flexibilité tertiaire dans l’équilibre du réseau national : les études de RTE montrent qu’elle peut, à elle seule, couvrir environ 40 % (soit plus de 35 GWh/jour) des besoins totaux de flexibilités croissants dès 2030. De quoi transformer un exercice de pilotage énergétique en un actif stratégique pour les gestionnaires de patrimoine tertiaire, à mesure que les échéances du décret tertiaire et du dispositif BACS se rapprochent.
Questions fréquentes
Comment fonctionne le mécanisme de flexibilité électrique testé par CUBE Flex ?
Il consiste à anticiper le chauffage et la climatisation de deux à trois heures avant les heures de pointe, puis à mettre le bâtiment en réduit, en s’appuyant sur l’inertie thermique du bâtiment, sans dégrader le confort des occupants.
Quels résultats a obtenus la 3e saison de CUBE Flex ?
66 bâtiments, principalement des bureaux, ont participé et la flexibilité électrique régulière a permis de réduire les consommations aux heures de pointe de prix de 10 % en moyenne, tous les jours de l’année, avec des pointes à -30 % pour les meilleurs bâtiments lors des jours de pointe hivernaux.
Qui organise le concours CUBE Flex ?
Le concours est organisé par A4MT avec RTE, Enedis et le soutien du ministère de la Transition écologique.

