L’électrification en France progresse, mais lentement : RTE a mis en ligne, le 17 juillet 2026, un tableau de bord public pour suivre, secteur par secteur, le recul des énergies fossiles. Fin 2024, le pays n’en était encore qu’à 27 % d’électricité dans sa consommation finale, loin derrière le gaz, le fioul et les carburants. De quoi éclairer les arbitrages des propriétaires qui hésitent entre pompe à chaleur, chaudière au gaz et véhicule électrique.
Les faits : un nouvel outil RTE pour piloter la sortie des fossiles
Le 17 juillet 2026, RTE a mis en ligne un nouvel outil pour suivre l’électrification en France, présenté dans un communiqué publié ce même jour sur son site. Le gestionnaire du réseau de transport d’électricité précise que cet outil doit permettre de mesurer les progrès vers la sortie des énergies fossiles, un enjeu clé pour le climat, la souveraineté de notre pays et la transition du mix énergétique.
Le communiqué du 17 juillet ne détaille toutefois pas lui-même d’indicateurs chiffrés : les données mobilisées dans cet article proviennent d’une source RTE distincte, le volet Électrification des usages du Bilan électrique 2025 mis en ligne sur le portail Analyses et données. Elle permet de dresser un état des lieux précis : en 2024, les énergies fossiles représentaient environ 56 % de la consommation en France métropolitaine, tandis que l’électricité ne comptait que pour 27 %.
Les écarts entre secteurs restent marqués. Les transports demeurent le parent pauvre de l’électrification, avec une part des fossiles atteignant près de 90 % de la consommation du secteur. À l’inverse, le bâtiment affiche un socle électrique déjà installé : le taux d’électrification s’élève à 34 % pour les logements et à 55 % pour les bâtiments tertiaires.
- 2024 : 27 % d’électricité dans la consommation finale, contre 56 % de fossiles (France métropolitaine)
- Trajectoire visée : 34 % en 2030 puis 38 % en 2035, selon la Programmation pluriannuelle de l’énergie
- Bâtiments : 34 % d’électricité pour les logements, 55 % pour le tertiaire
- Véhicules électriques : part de marché proche de 20 % en 2025, contre 16,8 % en 2024
- Industrie : part de l’électricité passée de 32 % en 1990 à 36 % en 2024
| Secteur | Part d’électricité dans la consommation (2024) |
|---|---|
| Logements | 34 % |
| Bâtiments tertiaires | 55 % |
| Industrie | 36 % |
Mise en perspective : une trajectoire lente depuis 1970
Ce basculement vers l’électricité ne date pas d’hier, mais il avance à petits pas. Le taux d’électrification de l’économie française est passé d’environ 10 % en 1970 à 26 % en 2010. Depuis cette date, le taux d’électrification de l’économie a maintenu une relative stabilité, avant de remonter très légèrement pour atteindre 27 % en 2024. La Programmation pluriannuelle de l’énergie, publiée en février 2026, fixe désormais une trajectoire plus ambitieuse : la part d’électricité dans la consommation d’énergie finale atteindrait 34 % en 2030 puis 38 % en 2035.
Le plan gouvernemental d’électrification, présenté en avril 2026, affiche un objectif parallèle mais formulé à partir d’une autre année de référence : selon le ministère de la Transition écologique, la part des énergies fossiles dans notre consommation doit passer d’environ 60 % en 2023 à 40 % en 2030 et moins de 30 % en 2035, la part électrique montant en miroir jusqu’à 38 % en 2035. On peut consulter le dossier de presse du plan d’électrification publié en avril 2026, qui détaille secteur par secteur les moyens mobilisés.
Côté industrie, la bascule reste plus lente encore : la part de l’électricité dans la consommation finale du secteur industriel n’a que légèrement progressé au cours des 25 dernières années, passant de 32 % en 1990 à 36 % en 2024. Le mouvement s’accélère toutefois sur les nouveaux projets : au 1er novembre 2025, environ 30 GW de droits d’accès au réseau étaient déjà attribués, dont 14 GW de datacenters, 9,5 GW pour des unités de production d’hydrogène et 6,5 GW pour des projets d’électrification de sites industriels. Pour absorber cette vague de demande, RTE a annoncé tripler son investissement dans l’électrification d’ici 2030, un effort qui vient compléter la réforme de l’EU ETS qui pousse elle aussi l’industrie française vers l’électrique.
Impact concret : ce que ça change selon votre profil
Vous chauffez encore au gaz ou au fioul
Rassurez-vous, vous êtes loin d’être un cas isolé : le chauffage résidentiel restait couvert à 47 % par les énergies fossiles en 2024, quand l’électricité ne couvre quant à elle que 19 % des besoins de chauffage dans le résidentiel. Les pompes à chaleur progressent mais restent minoritaires : elles étaient le système de chauffage principal d’environ 10 % des résidences principales en 2024, pour une consommation qui a dépassé les 10 TWh dès 2023.
Le marché a toutefois marqué le pas : l’année 2024 avait marqué un recul significatif des ventes de pompes à chaleur avec environ un million d’unités vendues, et en 2025, les ventes de pompes à chaleur sont restées stables par rapport à l’année précédente. Pour comparer les options avant de vous décider, notre comparatif chiffré entre pompe à chaleur et chaudière à granulés détaille les coûts réels à l’achat et à l’usage.
Le gouvernement mise justement sur cet équipement pour accélérer le mouvement : le plan d’électrification vise 1 000 000 de pompes à chaleur installées en 2030. Pour s’y retrouver dans le fonctionnement de la technologie, notre guide complet sur la pompe à chaleur reste la référence, tandis que la filière du chauffage biomasse rappelle qu’elle a, elle aussi, réclamé son propre plan face au tout-PAC porté par les pouvoirs publics.
Vous roulez encore au thermique
Côté automobile, la bascule est plus nette : en 2025, les ventes de véhicules particuliers tout-électriques ont dépassé les 330 000 unités, soit le volume le plus élevé jamais atteint en France. Leur part de marché a augmenté pour atteindre près de 20 %, contre 16,8 % en 2024 — autrement dit, en 2025, un véhicule particulier vendu sur cinq était un véhicule tout-électrique.
Le parc reste néanmoins majoritairement thermique : le pays compte près de 43 millions de véhicules légers au total, un stock qui se renouvelle lentement. Sur le réseau, la consommation électrique liée à la recharge des véhicules particuliers a représenté de l’ordre de 4 TWh en 2025, en hausse de 33 % par rapport à l’année précédente, portée par un maillage de recharge en expansion : le parc de bornes publiques a progressé de 20 % pour atteindre 185 500 bornes. Avant de passer le cap, mieux vaut anticiper le côté pratique : notre article sur comment adapter votre installation électrique pour recharger votre véhicule électrique détaille les travaux à prévoir côté compteur et tableau électrique.
L’argument économique joue en faveur du passage à l’électrique pour les gros rouleurs : selon le dossier de presse gouvernemental, pour un ménage modeste qui roule beaucoup, le gain entre la facture d’électricité et celle de l’essence atteint de 800 à 1 500 euros par an, de quoi rentabiliser le surcoût à l’achat en moins d’un an.
Vous êtes en copropriété ou bailleur
Les bâtiments collectifs affichent un taux d’électrification déjà nettement supérieur au logement individuel moyen : il s’élève à 34 % pour les logements et à 55 % pour les bâtiments tertiaires. Une partie de ce socle est ancienne : environ un tiers des logements (32 % en 2020) sont aujourd’hui équipés d’un chauffage électrique joule, un mode de chauffage direct distinct des pompes à chaleur.
Sur le terrain, le raccordement des nouveaux équipements électriques (bornes de recharge, pompes à chaleur, panneaux solaires) mobilise directement les gestionnaires de réseau : Enedis a ainsi raccordé un nombre record de foyers supplémentaires en 2025 dans le cadre de cette deuxième vague d’électrification, un rythme qui devrait s’intensifier avec les ambitions détaillées dans notre guide complet sur les énergies du futur.
Perspectives : les prochaines échéances
Le calendrier des prochains mois reste chargé. Le plan d’électrification du gouvernement, daté d’avril 2026, comporte 22 mesures ciblant les transports, le bâtiment, l’industrie et l’artisanat. L’argument de fond est autant budgétaire qu’écologique : la facture énergétique de la France s’élève à 57,8 milliards d’euros en 2024 et, plus largement, les importations de pétrole et de gaz coûtent à la France plus de 60 milliards d’euros par an.
Le gouvernement met aussi en avant l’appareil productif national : l’électrification des usages représente aujourd’hui 600 000 emplois en France, répartis dans les industries qui fabriquent pompes à chaleur, bornes de recharge ou équipements industriels. Pour suivre l’ampleur des investissements côté réseau, notre article sur RTE qui triple son investissement annuel dans l’électrification d’ici 2030 détaille le plan d’action du gestionnaire de réseau, tandis que côté industrie lourde, la réforme de l’EU ETS accélère aussi la décarbonation par l’électrique.
Le nouveau tableau de bord de RTE permettra en tout cas de suivre, année après année, si les objectifs affichés — 34 % d’électricité en 2030, 38 % en 2035 — sont tenus, secteur par secteur, des logements à l’industrie en passant par les transports.
Questions fréquentes
Qu’est-ce que le nouvel outil de RTE sur l’électrification ?
Il s’agit d’un tableau de bord public mis en ligne le 17 juillet 2026 par RTE, destiné à mesurer les progrès vers la sortie des énergies fossiles, un enjeu clé pour le climat, la souveraineté de notre pays et la transition du mix énergétique.
Quelle est la part de l’électricité dans la consommation d’énergie en France ?
En 2024, les énergies fossiles représentaient environ 56 % de la consommation en France métropolitaine, contre 27 % pour l’électricité. La Programmation pluriannuelle de l’énergie vise 34 % en 2030 puis 38 % en 2035.
Combien de pompes à chaleur le plan gouvernemental prévoit-il d’ici 2030 ?
Le plan d’électrification vise 1 000 000 de pompes à chaleur installées en 2030, alors qu’elles équipent aujourd’hui environ 10 % des résidences principales comme système de chauffage principal.

